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Core in Fronte : Le nouveau mouvement nationaliste dans le droit fil de la lutte historique du peuple corse


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 21 Janvier 2018 à 23:49 | Modifié le Lundi 22 Janvier 2018 - 22:04


Le congrès constitutif du nouveau mouvement nationaliste, Core in Fronte, s’est tenu, dimanche après-midi, à l’université de Corti en présence de près de 250 militants. La démarche d’ouverture, issue des élections territoriales, et initiée notamment par U Rinnovu, en sommeil pour l’occasion, et des militants de l’ex-Soffiu Novu, a fait une entrée remarquée sur la scène politique en engrangeant près de 8000 voix, soit plus de 6,5% des suffrages, ne ratant le seuil du 2nd tour que de 370 voix. Désireux de capitaliser sur ce succès et le socle politique ainsi constitué, Core in Fronte se structure, met en place une direction provisoire et présente une motion d’orientation générale dans le droit fil du projet électoral basé sur les fondamentaux de la revendication patriotique et la défense des droits sociaux. Explications croisées, pour Corse Net Infos, des deux co-leaders de la démarche, Paul-Félix Benedetti, leader de l’ex-Rinnovu, et Jean-Baptiste Arena, maire de Patrimoniu.


Le bureau provisoire de Core in Fronte.
Le bureau provisoire de Core in Fronte.
- Pourquoi avez-vous décidé de structurer la démarche Core in Fronte ?
- Jean-Baptiste Arena : Tout naturellement pour pérenniser le travail effectué depuis septembre dernier à travers la plateforme électorale Core in Fronte et un engagement militant qui, pour certains, dure depuis une cinquantaine d’années. Core in Fronte est composé des militants d’U Rinnovu, mais pas seulement. Beaucoup de militants nationalistes, qui ont fait la campagne de Core in Fronte, ne sont pas issus des rangs du Rinnovu. Après le résultat des élections territoriales, nous avons décidé de mettre toutes ces volontés en synergie et de structurer la démarche en un mouvement politique. L’objectif est d’ancrer la double démarche politique et sociétale avec, bien sûr, un enjeu électoral, mais tout en travaillant à côté de notre peuple.
 
- Qu’avez-vous décidé exactement lors de ce Congrès ?
- Paul-Félix Benedetti : Nous avons acté la disparition du Rinnovu, l’avènement d’un nouveau mouvement politique Core in Fronte avec une direction collégiale provisoire, issue de toutes les composantes constitutives et de toutes les bonnes volontés qui ont été contributeurs de la démarche. Elle s’enrichira, demain, de ceux qui ont déjà annoncé qu’ils rejoindraient la démarche et de ceux qui y viendront. Nous préparons une Assemblée générale en juin, qui sera, du point de vue du fonctionnement, l’élément constitutif formel de Core in Fronte avec la désignation d’un Exécutif et d’un organe dirigeant. Mais dès à présent, nous allons communiquer, agir, peser, proposer, contester au nom de Core in Fronte qui est ancré dans le paysage politique corse pour de nombreuses années.
 
- Avec la mise en sommeil du Rinnovu, est-ce une nouvelle aventure qui commence ?
- Paul-Félix Benedetti : L’aventure a commencé dans le cadre de la création de la liste Core in Fronte. Elle a été validée par l’excellent résultat de 8000 voix. Cette structuration est la confirmation d’un engagement de campagne. Nous avions annoncé qu’avec toutes les personnes qui ont rejoint la démarche, en étant présentes sur la liste ou à titre d’adhésion politique comme contributeurs de ce magnifique résultat, nous organiserions un courant politique autour d’un mouvement Core in Fronte. Le but est de permettre à chacun de se sentir le créateur de cette force politique en repartant, bien sûr, sur les fondamentaux de la revendication patriotique, mais en s’ancrant dans la modernité avec la volonté de remettre les militants au centre du projet politique, de donner à la Corse un outil technique et politique à la hauteur des enjeux.
 
- C’est-à-dire ?
- Jean-Baptiste Arena : Cette structure politique a une double vocation : d’abord accompagner les futures démarches électorales, notamment les prochaines municipales et les prochaines territoriales, mais aussi rester proche de notre peuple, relayer ses attentes, que ce soit au niveau de la problématique du foncier, de la problématique agricole intimement liée à celle du foncier, de la problématique des transports, des problématiques sociales et sociétales. On ne peut pas accepter qu’aujourd’hui, 80 000 Corses vivent sous le seuil européen de pauvreté. Dans tous ces domaines, Core in Fronte sera, dans les semaines à-venir, sur le terrain. Nous allons mettre en place un maillage associatif de militants pour structurer les rughjone de Corse, plus particulièrement les régions où nous avons été électoralement plus faibles.
 
- Paul-Félix Benedetti : Nous sommes animés de deux volontés fortes. La première, bien entendu, est d’obtenir une souveraineté pleine et entière pour la Corse en deux étapes. Une immédiate dans le cadre de la mandature du président Macron avec l’obtention d’un statut équivalent à celui de la Sardaigne, à savoir des pouvoirs législatifs de plein droit sur tous les champs de compétences nécessaires à l’organisation d’un territoire. Donc, un statut d’île autonome associé, dans un premier temps, à sa tutelle française. Dans un deuxième temps, nous voulons un rattachement direct à l’Europe. Donc, un statut de souveraineté à l’égal de celui de l’île de Malte. Pour cela, nous demandons, après dix ans de mise en œuvre de politiques nouvelles que permettront de mener les compétences de niveau autonomie, la tenue d’un référendum de validation.

- La seconde volonté est-elle d’ordre sociétale ?
- Paul-Félix Benedetti : Oui ! Ce qui nous importe, c’est la manière de mener la politique et les personnes pour lesquelles on veut mener les politiques les plus fortes. Pour nous, c’est obligatoirement une politique sociale, pour lutter contre les inégalités, stopper cette spirale de la dépossession et de l’asphyxie économique, l’asphyxie de la Corse de l’intérieur au profit de la Corse du Littoral, et toutes ces logiques affairistes qui sont autant internationales que locales. Quelques familles sont en train de tout racheter, de tout monopoliser au prétexte qu’elles ont de l’argent pendant qu’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté ! Dans ces conditions, il faut promouvoir un modèle d’organisation de la société, adapté aux enjeux, plus égalitaire, plus respectueux du droit des hommes et du droit des territoires. Il faudrait une double répartition, à la fois, spatiale, économique et interne aux populations pour arrêter ce modèle international qui veut qu’un riche devient plus riche et un pauvre, plus pauvre. Nous devons avoir la force de créer un contre-modèle novateur à l’égal du modèle républicain de Paoli, alors que le monde entier était régi par des monarchies et des pouvoirs tyranniques.
 
- Serez-vous présents en tant que Core in Fronte aux prochaines municipales ?
- Jean-Baptiste Arena : Oui ! Core in Fronte a vocation à présenter une liste dès le premier tour de toutes les futures échéances électorales, qu’elles soient municipales, territoriales et peut-être même européennes. Dès les Municipales, nous serons présents dans de nombreuses communes de Corse, notamment dans les grosses communes, mais pas seulement !
 
- Paul-Félix Benedetti : Dans la logique des dernières Territoriales, nous prendrons des dispositions pour avoir une ossature Core In Fronte dans les villes à scrutin proportionnel, donc les villes de plus de 3000 habitants, notamment Bastia et Ajaccio. Les municipales sont des élections locales avec une promiscuité, un cadre politique différent de celui d’une élection territoriale. Nous regarderons, dans les conseils municipaux à scrutin uninominal, s’il y a la possibilité d’associer nos militants, surtout ceux qui le sont déjà, à des démarches villageoises avec des logiques de gestion quotidienne de municipalités, notamment dans le rural. Tout en sachant que nous y rentrerons sans rien renier, ni de notre engagement politique, ni de notre idéal.
 
- Comment vous positionnez-vous par rapport à la majorité territoriale ?
- Jean-Baptiste Arena : Notre position est simple. La plupart des élus et des militants de la majorité territoriale sont nos amis. Depuis des décennies, nous avons partagé ensemble les luttes du mouvement national, nous en partagerons d’autres demain. Ceci dit, il est clair qu’il y a certains points en suspens sur lesquels il faudra discuter dans les mois à-venir. Nous accompagnerons toutes les démarches quand nous les penserons légitimes pour notre terre et notre peuple. Nous serons là pour accompagner l’Exécutif en termes de travail sur le terrain et nous serons à leurs côtés dans le rapport de forces engagé avec l’Etat. Mais, nous saurons être critiques quand il faudra l’être. Et surtout, nous resterons vigilants !
 
- Paul-Félix Benedetti : Nous sommes dans la majorité politique ! Nous sommes, nous aussi, des patriotes. Nous avons contribué à l’avènement d’une conscience collective des Corses qui a permis au courant patriotique d’être, aujourd’hui, majoritaire. Par le fait du scrutin, nous ne sommes pas élus à l’Assemblée de Corse, nous ne sommes pas associés à la gouvernance. Dans ces conditions-là, nous gardons toute notre liberté d’action, d’approbation et de contestation sur des éléments qui nous paraîtront importants. Mais, nous restons fidèles à cette ligne de conduite directrice qui veut que nous sommes, historiquement, issus de la même famille.
 
- Avez-vous eu des contacts depuis l'élection ?
- Paul-Félix Benedetti : Non ! Pour le moment, nous n’avons eu aucun contact. Nous avons écouté le discours d’investiture de Gilles Simeoni qui a annoncé qu’il va œuvrer à associer les composantes patriotiques à ses prises de décisions. Nous en avons pris bonne note. Nous verrons sous quelle forme, il veut le faire, sous quelle proposition… Nous espérons qu’il n’y aura pas de laps de temps de silence aussi long que pendant la période 2015-2017 où il n’y a eu aucun contact !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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