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Centres commerciaux : Comment limiter leur développement effréné en Corse ?


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 15 Janvier 2018 à 21:49 | Modifié le Lundi 15 Janvier 2018 - 22:23


Et si les centres commerciaux devenaient l’un des enjeux principaux de la nouvelle Collectivité de Corse ? C’est la question que pose Antonia Luciani, militante de Femu a Corsica, ancienne élue de l’Assemblée de Corse, actuellement Vice-Présidente de la Fondation Coppieters, fondation politique européenne affiliée à l’Alliance Libre Européenne. Après une première publication traitant de l'ouverture de l'Atrium et plus généralement des conséquences de la multiplication des centres commerciaux en Corse, elle complète son analyse en traçant des pistes de travail pour la Collectivité unique. Elle explique, à Corse Net Infos, qu’il est urgent de prendre ce dossier brûlant à bras-le-corps et de créer une Commission territoriale et un Schéma directeur d’urbanisme commercial pour le gérer.


Antonia Luciani, militante de Femu a Corsica, Vice-Présidente de la Fondation Coppieters, fondation politique européenne affiliée à l’Alliance Libre Européenne (ALE).
Antonia Luciani, militante de Femu a Corsica, Vice-Présidente de la Fondation Coppieters, fondation politique européenne affiliée à l’Alliance Libre Européenne (ALE).
- Pourquoi revenir sur le sujet des centres commerciaux ?
- Ces dernières semaines ont été marquées par le traitement d’un sujet de plus en plus préoccupant en Corse mais aussi pour de nombreuses villes françaises : celui de la maitrise du développement des grandes surfaces en périphérie des centres urbains. Après l’inauguration de l’Atrium, les péripéties concernant l’ouverture du Leclerc, la décision favorable de la CDAC (Commission départementale d’aménagement commercial) pour l’ouverture d’un Drive à Sarrola-Carcopino… mais aussi, après la une du journal Libération qui demande s’il ne faut pas interdire les zones commerciales, ou encore le magazine de France 5 “C dans l’air“ qui consacre une de ses émissions à la question du petit commerce et de l’impact des centres commerciaux pour les villes moyennes … la question se pose.
 
- En quoi les grandes surfaces peuvent-elles devenir, comme vous le suggérez, l’un des enjeux principaux de la Collectivité de Corse déjà confrontée à des défis majeurs ?
- Même si les questions liées à la précarité, aux déchets, à la coofficalité et à l’autonomie ne sont toujours pas réglées, il appartient à cette nouvelle mandature de se pencher sur la problématique de l’aménagement commercial. Cette question s’est, d’ailleurs, invitée au débat en pleine campagne électorale. Les prises de position du président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, qui a indiqué que ce modèle de la grande distribution « ne convient pas aux intérêts de la Corse », laissent à penser que la seule façon de mieux maitriser l’aménagement commercial est de mettre la nouvelle Collectivité unique au cœur du processus décisionnel et programmatique.
 
- De quelle façon ?
- Si nous voulons collectivement changer notre modèle de développement et que nous souhaitons que nos lieux de sociabilité et de convivialité ne se réduisent pas à des parkings et des grandes surfaces, alors nous devrons nous en donner les moyens. Il faudra que nous soyons capables - citoyens, élus, porteurs de projets, architectes, urbanistes, économistes, opérateurs du secteur des transports et de la distribution -, de proposer un modèle durable et en adéquation avec nos besoins réels et nos aspirations futures. 
 
- Le modèle de la grande distribution est partout en crise, sauf en Corse. Comment expliquez-vous cette évolution à contre-courant ?
- Effectivement ! Ce modèle est en pleine crise internationale, mais en plein essor en Corse, cherchez l’erreur ! Les cartes ci-après montrent que les zones commerciales autorisées sont plus importantes en Corse-du-Sud qu’en Haute-Corse, et même que deux communes de Corse-du-Sud, Purti Vechju et Sarrula è Carcupinu, cumulent, à elles-seules, plus que la totalité des m2 des zones commerciales ouvertes sur toute la Haute-Corse. Ces éléments démontrent un manque de réflexion à l’échelle régionale, une impossibilité pour la puissance publique de réguler ou maitriser les demandes, et surtout une incapacité chronique à planifier la localisation et l’ampleur du développement des zones commerciales.
 
- Que faut-il faire selon vous ?
- Il faut plaider pour que la Collectivité de Corse ne soit plus seulement un organe de consultation pour l’aménagement commercial. La création de la Collectivité unique a, entre autres, pour objectif : une simplification administrative et un meilleur traitement des missions à l’échelle régionale. Pourtant, l’Etat n’a pas prévu dans les décrets que les CDAC deviennent une seule entité régionale. Ceci est d’autant plus étonnant que, bien avant la création de la Collectivité unique, il est apparu judicieux au législateur de faire en sorte que des commissions départementales deviennent territoriales. C’est le cas des anciennes CDCEA (Commissions départementales de consommation des espaces agricoles) qui sont devenues, après la loi d’avenir pour l’agriculture, une commission territoriale : la CTEPENAF (Commission territoriale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers) dont la présidence est assurée conjointement par le Préfet et le Président du Conseil Exécutif, alors que les commissions d’aménagement commercial ne sont présidées que par le Préfet. Faire en sorte que la Collectivité unique gère le dossier des zones commerciales, à travers une seule Commission territoriale, est une priorité politique majeure !

- La composition des CDAC ne pose-t-elle pas aussi problème ?
- Absolument ! La composition de ces CDAC est, à n’en pas douter, le principal point faible - ou point fort, selon le point de vue -  du processus décisionnel de l’aménagement commercial. En effet, comment expliquer, par exemple, qu’une personnalité qualifiée en paysagiste ait autant de poids, au moment du vote, que la Collectivité territoriale, l’intercommunalité ou la principale ville de la zone impactée par le projet ? Comment expliquer à la population que des projets voient le jour alors même que les principales collectivités en charge du développement émettent un avis défavorable ? La création d’une Commission territoriale permettrait au Président de l’Exécutif de co-présider, avec le Préfet, cette Commission afin de donner sa juste place à la puissance publique territoriale. Plus globalement, c’est le poids de la future Collectivité de Corse qui doit être renforcé, car elle est le garant de l’intérêt général. Elle a, pour compétence, l’aménagement du territoire et l’aménagement commercial, et, pour mission, de faire appliquer et respecter son document de planification et de développement : le PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse).
 
- Comment peut-elle intervenir à travers le PADDUC ?
- Elle peut, via le PADDUC, revoir les critères d’autorisation des Commissions d’aménagement commercial. Aujourd’hui, les critères utilisés par les CDAC pour autoriser les centres commerciaux sont les mêmes que sur le continent (article L752-6 du Code du commerce). Ils demandent notamment que les projets soient compatibles avec les Schémas de cohérence territoriale (SCOT) et/ou les Plan locaux d’urbanisme (PLU) intercommunaux, des documents de planification à l’échelle infrarégionale. Or, la Corse à la double particularité de n’être dotée d’aucun document intermédiaire de type SCOT et PLU. En revanche, elle est la seule région dotée d’un PADDUC, document stratégique approuvé en 2015 dont les grandes orientations et les cartographies, notamment des Espaces stratégiques agricoles (ESA) devraient leur être opposables. Autrement dit, aucun projet de zone commerciale ne devrait pouvoir être autorisé sans être compatible avec les orientations du PADDUC. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas !
 
- Faut-il, donc, renforcer les contrôles ?
- Il faut renforcer la vigilance dans les communes qui n’ont pas de document d’urbanisme ou de documents adaptés. Comme en témoigne le cas de Purti Vechju, qui, bien qu’ayant eu son document d’urbanisme annulé depuis 2011, a vu environ 22 300 m2 de surfaces commerciales autorisées entre 2011 et 2016. Il y a aussi le cas devenu emblématique de Sarrula è Carcupinu, dont on peut douter que la seule Carte communale - document d’urbanisme simplifié utilisé généralement par des communes rurales sans développement urbain majeur - soit à la hauteur des enjeux ! De ce fait, sans respect du document de planification régionale et en l’absence de documents d’urbanisme locaux en vigueur ou adaptés, les autorisations se multiplient jusqu’à atteindre 90% de taux d’avis favorable.
 
- Peut-on parler d’un flou normatif ?
- Oui ! C’est dans ce flou législatif et normatif que se perpétue ce qui est presque devenu une tradition, à savoir autoriser quasi-systématiquement les demandes d’ouverture de zones commerciales en périphérie des centres urbains, sur des terres à fortes potentialités agricoles, et/ou concentrées sur le littoral. Cela engendre, de surcroit, d’importantes contraintes d’aménagement pour la circulation routière, une désertification des centres urbains et des difficultés pour le petit commerce qui y perdure.
 
- Que préconisez-vous ?
- Il faut mettre urgemment tous les acteurs autour de la table. Au même titre que les métropoles de Lyon, Nantes ou Grenoble, la Collectivité de Corse pourrait, si elle veut dépasser le simple stade de l’incantation, se doter d’un document de cadrage : un Schéma directeur d’urbanisme commercial qui pose les principes du développement commercial. En associant les acteurs publics et parapublics - communes, aménageurs, chambres consulaires... - et les acteurs privés - commerces indépendants, associations et fédérations professionnelles, enseignes commerciales, promoteurs immobiliers, investisseurs -, ce Schéma permettrait de prévoir l’implantation et le développement des fonctions commerciales, de maitriser le rythme et l’intensité du développement des surfaces commerciales, et d’organiser les logiques d'évolution des différentes polarités commerciales. Il faciliterait le dialogue entre puissance publique et porteurs de projets, et permettrait à la Corse de se doter de conditions claires et partagées pour la validation des projets.
 
- Les compétences de la nouvelle collectivité sont-elles suffisantes pour régler le problème ?
-  Le cas de l’aménagement commercial démontre à quel point la Collectivité unique n’est pas un aboutissement. C’est une étape intermédiaire vers l’autonomie pleine et entière qui, elle seule, nous permettra de légiférer et de nous doter des instances les plus adaptées pour maitriser notre destin et construire pacifiquement l’avenir économique, social et culturel que nous aurons pleinement choisi dans l’intérêt du peuple corse. 
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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