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Calvi : Emouvante cérémonie pour le centenaire de la tragédie du "Balkan"


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Dimanche 26 Août 2018 à 17:01 | Modifié le Lundi 27 Août 2018 - 00:09


Courrier vapeur affrété par la Compagnie maritime Fraissinet, le "Balkan" avec plus de 500 passagers à bord a été torpillé le 16 août 1918 à 1h35 du matin par un sous-marin allemand alors qu'il se trouvait à 8 milles au large de Calvi. Il y a eu 102 survivants mais près de 400 femmes, enfants, hommes civils et militaires ont perdu la vie. La ville de Calvi et la Confrérie Saint-Erasme de Calvi ont commémoré le 100e anniversaire de cette tragédie qui restera la catastrophe la plus importante jamais enregistrée sur les lignes de Corse.


Calvi : Emouvante cérémonie pour le centenaire de la tragédie du "Balkan"
« Aux enfants, femmes et hommes, civils et militaires, au nombre d'environ 400, morts et disparus, embarqués sur le vapeur « Balkan », courrier de Corse torpillé au large de cette position, dans la nuit du 15 au 16 août 1918. Afin que nul ne les oublie ».
Cette plaque apposée le 11 novembre 1999, au pied d'une stèle et d'une statue en pierre, œuvre de l'artiste norvégien Svein Knudsen offerte à la Ville de Calvi, rappelle ce drame, le plus atroce que la Cité "Semper fidélis"  ait eu à connaître.

En présence de plusieurs descendants des victimes
Ce dimanche 26 août 2018, à l'initiative de la Ville de Calvi et de la Confrérie Saint-Erasme, ce centenaire a été marqué par une messe solennelle présidée en l'église Sainte-Marie Majeure par l'Abbé Ange Michel Valery, en présence de nombreux fidèles et des autorités, au premier rang desquelles Ange Santini, maire de Calvi, Jérôme Seguy, sous-préfet de Calvi, le Colonel Christophe Passerat de la Chapelle, chef de corps du 2e REP de Calvi, le chef d'escadron Paul de Carvalho, commandant la Compagnie de gendarmerie de Calvi, Jean-Louis Delpoux, adjoint au maire de Calvi, conseiller territorial de Corse, Marie Luciani et Françoise Sévéon, adjointes au maire de Calvi... On notait aussi la présence de plusieurs descendants des victimes, venus des quatre coins de l'île, mais aussi du continent.
Au terme de la messe, tous se retrouvaient à la Stèle où les confrères de Saint Erasme et les autorités ont déposé deux gerbes de fleurs, avant que les confrères n'entonnent le Libera me et invitent à la prière et au recueillement. A l'issue et avant de convier les participants, Ange Santini rappelait le devoir de mémoire et soulignait que, chaque année, le jour de la fête des morts, les confrères de Saint Erasme venaient se recueillir au pied de cette stèle.
Nul n'a oublié que c'est le regretté Louis Emmanuelli, conseil municipal de Calvi qui, en 1999, s'était vu confier par le maire Ange Santini la réalisation des recherches sur ce drame et que c'est Gilles Brun, présent ce matin qui s'est occupé de la réalisation de cette stèle qui permet aujourd'hui de se recueillir et avoir une pensée pour les victimes de cette catastrophe du BALKAN qui, avec environ 400 disparus, est la plus importante jamais enregistrée sur les lignes de Corse.
Pour la petite histoire, on notera aussi que la  pierre qui a servi pour cette stèle a été à l'époque taillée par Follana sur le chantier de la citadelle.
 
Le rappel de ce drame qui a fait environ 400 victimes
Le navire à vapeur BALKAN a quitté Marseille pour Bastia le 15 août 1918 sous les ordres du commandant Giorgi, avec environ 450 passagers dont 300 permissionnaires et 150 civils, hommes, femmes et enfants. L'équipage était composé de 32 hommes. Il prenait la mer en même temps que le PELION, courrier d'Ajaccio, escortés du contre-torpilleur BOREE. Au large de Toulon, le BOREE est remplacé par un autre navire de guerre.
A 22h00, nuit noire et mer calme. Le PELION et son escorte quittent le BALKAN et font route plus au Sud, vers Ajaccio. Celui-ci poursuit seul vers Bastia.

A 1h35, à 8 milles au large de Calvi, le matelot de veille aperçoit sur tribord un sous-marin en surface, qui se confond avec les flots, et le signale immédiatement au commandant Giorgi qui est sur la passerelle. Presque aussitôt, une torpille frappe le navire par le travers du grand mât arrière, entre les cales 3 et 4. L'antenne radio tombe et l'officier radio, Armand Gavini, ne peut envoyer aucun message. De toute façon, le drame est très rapide. Les passagers affluent sur le pont du BALKAN qui gîte très fortement sur tribord. Moins d'une minute après l'explosion de la torpille, le BALKAN se dresse verticalement et s'enfonce dans les flots comme une flèche, entraînant équipage et passagers.

La disparition est si rapide qu'aucun moyen de sauvetage n'a pu être mis en action. A la surface de la mer flottent néanmoins sept radeaux qui se sont détachés du navire et sur lesquels s'entassent les malheureux qui ont pu surnager. Mais il faut lutter pour sa survie, et des scènes tragiques se produisent. Quelques minutes plus tard, il y a seulement 102 survivants sur ces radeaux, qui peuvent voir dans le lointain le feu de la pointe Revellata. Parmi eux douze hommes d'équipage, dont un seul officier, le second mécanicien Pierre Anfriani. Il va prendre la direction des opérations, relier les radeaux entre eux et, à l'aide de morceaux de planches en guise d'avirons, tenter de gagner la côte. Les malheureux vont ramer toute la nuit, aucun navire n'étant en vue.
 
Vers 10h00 du matin, ils ne sont plus qu'à 3 milles de la côte lorsque deux hydravions qui patrouillent entre Calvi et l'Ile Rousse les aperçoivent. L'un d'eux se pose, tandis que l'autre va chercher du secours. Quelque temps plus tard, une vedette arrive de Calvi et recueille les 102 rescapés. Selon le site d'Yves, le sous-marin torpilleur était l'UB 48 du KL Wolfgang Steinbauer.
 
Les témoignages

Hervé Vigouroux, petit-fils de Pierre Vigouroux, pilote de l'hydravion qui a donné l'alerte et qui était sur les secours : « Nous sommes venus en famille pour commémorer le centenaire de cette tragédie. Mon grand-père, Pierre Vigouroux, était pilote à la base aéronavale qui était implantée là où se trouve aujourd'hui le Centre Amphibie du 2e REP de Calvi et qui avait pour mission de surveiller les sous marins ennemis. C'est lui qui, le matin du drame, est allé avec son hydravion au large de Calvi pour participer aux opérations de secours. Mon grand-père, décédé à l'âge de 79 ans, n'aimait pas trop parler de ce drame qui l'avait profondément affecté. Par la suite, il a quitté l'aéronavale et a terminé sa carrière en qualité de chef d'escale Air-France à Ajaccio. Il était important pour nous d'être là aujourd'hui pour ce centenaire. Nous sommes liés à la famille Emmanuelli de Calvi. Je suis dentiste à Nice et c'est nous qui avons hérité de la maison familiale à Corbara ».
 
Paulo Emmanuelli : «  Pour moi, c'est beaucoup d'émotion et ce, pour plusieurs raisons. Il y a bien entendu ce drame qui reste là ancré et que nous ne devons pas oublier, en mémoire de ces 400 personnes qui ont perdu la vie. Et puis, il y a le souvenir de mon frère Louis qui a beaucoup donné pour que l'on n'oublie pas toutes ces victimes. Aujourd'hui, si il était toujours parmi nous, il serait fier que ce devoir de mémoire soit bien présent. En 1986, avec lui, notre bateau avait chaviré dans la baie de Calvi et nous avions eu le réflexe de nous accrocher au bateau et d'attendre les secours plutôt que de nager. Notre grand-père nous avait dit que nous avions bien fait, avant de nous raconter que plusieurs naufragés du « Balkan » s'étaient noyés parce qu'ils avaient tenté de nager ».
 
Dominique Bianconi, présente elle aussi en famille à cette cérémonie, s'est exprimée sur les réseaux sociaux, sur lesquels elle disait notamment : «  Le 16 août 1918, mon grand-père est mort parce qu’il voulait rejoindre sa femme qui était sur le point d’accoucher de leur deuxième enfant. Et il est né six jours plus tard, ce fils, mon père… De mon grand-père que reste-t-il ? Le portrait, bien sûr : « u ritrattu nant’a muraglia hè una vera calamità », si bien décrit par I fratelli Vincenti, ses médailles, des documents officiels usés par le temps, et une petite boîte en fer, rouillée, qui contient les cartes et les lettres qu’il a adressées à ma grand-mère tout au long de ces mois, de ces longs mois d’incertitude… Voilà à quoi se résume la vie d’un jeune homme de 28 ans… Et puis, il y a le souvenir, le souvenir d’une tragédie qui se perpétue de génération en génération, le souvenir des souvenirs de ceux qui l’ont connu, le souvenir des 48 heures de prostration que nous décrivait ma grand-mère avant qu’elle n’accepte l’inacceptable, et l’idée que les restes de mon grand-père sont étroitement mêlés, au point qu’ils participent de sa substance, à cette mer Méditerranée dans laquelle j’aime me baigner. Et je ne peux m’empêcher de penser que la douleur devant la mort, particulièrement devant la mort sans corps et sans sépulture, est un sentiment que tout le monde éprouve ou peut comprendre, et qu’il existe de l’autre côté de la Méditerranée, une femme, une mère, une fille, une sœur, un père un fils, un frère, qui pleure et qui rassemble les souvenirs misérables de celui qui a disparu en mer, et qui apprend à vivre, embrassé à l’absence ».
 





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