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Bateaux de croisière : "Ce modèle touristique n’est pas soutenable" pour l’Exécutif corse


Nicole Mari le Jeudi 30 Juin 2022 à 20:43

La multiplication des bateaux de croisière dans les ports corses, principalement dans le port d’Ajaccio, suscite des inquiétudes qu’a relayé l’élu de Fa Populu Inseme, Romain Colonna, jeudi matin à l’Assemblée de Corse. Lors des questions orales, il a interpelé l’Exécutif corse sur les moyens de réguler ce problème. S’il privilégie la concertation avec les acteurs concernés par ce type de tourisme, le président Gilles Simeoni réaffirme que ce modèle économique n’est pas le bon et n’est pas soutenable pour la Corse.



Navire de croisière dans la baie d’Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
Navire de croisière dans la baie d’Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
« La seule ville d’Aiacciu accueille, pour cette année, pas moins de 227 escales, chiffre record qui donne le tournis aux habitants. Ce sont près de 600 000 croisiéristes attendus. Nous sommes, semble-t-il, dans ce que d’aucuns qualifieraient aisément de tourisme de masse, d’autant plus ici dans la mesure où il est concentré sur un petit territoire ». Le conseiller territorial de Fa Populu Inseme, Romain Colonna, a interpellé, jeudi matin, l’Exécutif de la Collectivité de Corse pour s’inquiéter d’un phénomène relativement nouveau : l’escale des grands bateaux de croisière dans les ports corses. « Ce phénomène, en grande partie concentré sur la ville d’Aiacciu, vient interpeller aussi bien les citoyens que les médias, des partis politiques, des associations et les élus que nous sommes », déclare-t-il. Des bateaux de croisière qu’il décrit « toujours plus nombreux, toujours plus imposants, de véritables mastodontes des mers dépassant de par leur taille des quartiers entiers des villes qui les accueillent ». Le but, précise l’élu ajaccien, n’est pas « d’opposer caricaturalement « développement économique » d’un côté et « protection de la nature » de l’autre. Un équilibre doit être trouvé. Sans nier de possibles retombées économiques pour certains commerçants, les dangers liés à ce type de tourisme croisiériste sont connus partout dans le monde, tant d’un point de vue environnemental qu’en termes d’acceptabilité sociale puisque les nuisances sont nombreuses. Dans ces conditions, le seul argument économique ne peut être retenu pour soutenir sans limite ce type d’exploitation ».

Romain Colonna. Photo Michel Luccioni.
Romain Colonna. Photo Michel Luccioni.
La pollution en prime
Romain Colonna rappelle que la polémique, qui enfle dans l’île sur ce type de tourisme, a cours dans les mêmes termes dans d’autres régions : « L’exaspération, liée à ce tourisme, ne concerne pas que la Corse. Par exemple, il y a quelques jours, l’accès au port de Marseille pour un paquebot de croisière était bloqué par un collectif d’associations. Ailleurs, depuis près d’un an, l’emblématique Venise a interdit à ces géants des mers de traverser sa lagune tant la détérioration de l’écosystème est importante et la menace pesante ». S’y ajoute, indique-t-il, un autre problème lié au temps à quai de ces géants des mers. « Certains d’entre eux restent au port tout au long de la journée et jusqu’à tard dans la soirée. Outre la pollution visuelle, puisque plus aucune vue n’est autorisée sur le golfe d’Aiacciu, outre les impacts sur l’écosystème marin et sur l’organisation sociale liée à la vie collective, nous sommes également très préoccupés par la pollution atmosphérique d’une telle activité. C’est une pollution supplémentaire avec des cheminées recrachant des fumées toxiques toute la journée et tout au long de la soirée. La santé des Corses et de nos enfants n’a pas de prix ». Il demande, donc, au Président du Conseil exécutif, « afin d’aborder sereinement cette problématique, quelles initiatives pourraient être envisagées, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, pour réguler ce phénomène sur notre île ».
 
Un modèle à rejeter
Le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, entend bien s’emparer de la problématique et tenter d’y apporter une réponse politique globale. Il débute, lui aussi, par un certain nombre de constats. Le premier est local : « Votre question est le reflet d’interrogations et de contestations qui sont nombreuses à Aiacciu. Effectivement, sur les 473 escales de croisière qu’accueillera la Corse en 2022, 227 concernent le port d’Aiacciu. C’est un phénomène fortement marqué sur la première ville de Corse ». Le second est plus général : « Il y a, aujourd’hui, dans l’ensemble du pourtour méditerranéen, un phénomène de contestation et de rejet des croisières, en tous cas lorsqu’elles concernent des unités immenses dont on voit fréquemment la présence dans la baie d’Aiacciu. Avant hier encore, il y avait deux de ces bateaux dans le port. Vous avez parlé de Venise et de Marseille, on pourrait parler de Barcelone et des Baléares. Ce mécontentement exprime aussi de vraies problématiques ». Ceci posé, le président Simeoni réaffirme clairement que « ce modèle économique n’est pas celui que nous voulons. Les croisières sur des mégabateaux, nécessairement polluants, mais au-delà de cette pollution, les types de séjours inhérents ne correspondent pas au tourisme durable que nous voulons renforcer et qui est une priorité stratégique depuis le début de notre mandature ». Il révèle qu’il a demandé à Christian Mantei, le président d’Atout France, « un rapport sur la transition la plus rapide possible du modèle touristique économique corse vers les critères les plus hauts du tourisme durable. Cette discussion sur les grands bateaux de croisière s’inclura dans la problématique globale ».

Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Une concertation
Pour autant, il ne s’agit pas pour le président de l’Exécutif de prendre des décisions unilatérales : « Même si elle est insatisfaisante, une économie s’est greffée sur ces bateaux de croisière avec des retombées. Notre idée est de créer un cadre de discussion avec la Chambre de commerce et les parties prenantes, notamment les commerçants, d’abord pour objectiver la réalité de ce qui est en train de se passer. La croisière connaît une croissance qui impose de réfléchir, notamment post-Covid ». Il indique que le pôle d’observation de l’Agence du tourisme de la Corse est en train de recueillir la totalité des données, notamment sur l’impact en termes environnementaux, de la venue de ces navires, « non seulement de façon isolée, mais également en l’intégrant dans les autres facteurs aggravants de pollution, comme la centrale au fuel du Vazziu ou le trafic automobile. Quelle est l’étude comportementale des touristes qui sont à bord de ces bateaux de croisière ? Combien dépensent-ils ? Dans quels secteurs ? Sur quels territoires ? Cela nous permettra, à mon sens, de confirmer que nous devons réorienter notre offre parce que ce modèle-là n’est pas soutenable ». 
 
La lutte contre la pollution 
Enfin, il raccroche la problématique au débat de fond qu’il a engagé sur la lutte contre toutes les pollutions. « Cela concerne aussi ces bateaux, et cela peut aller jusqu’à des mesures drastiques d’interdiction, dès lors que nous avons créé en amont les conditions de l’avertissement. Il y a également le combat pour la zone ECA qui devrait aboutir en Méditerranée en 2025. L’Assemblée de Corse avait adopté une motion sur le sujet à l’unanimité lors de la mandature précédente ». La Zone ECA est une zone maritime de contrôle strict des émissions d’oxydes de soufre et d’azote et de particules. « Il y a ce que nous pouvons imposer dans le cadre de la Délégation de service public maritime avec l’incitation environnementale concernant la nature des carburants utilisés, également l’électrification des ports sur laquelle nous travaillons de façon active avec l’Agence de l’urbanisme (AUE) et dont nous parlerons dans le cadre de la révision de la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) ». S’y ajoutent d’autres facteurs comme l’eau : « Un bateau de croisière, comme nous le voyons dans le port d’Aiacciu, se ravitaille également en eau dans des proportions de 500 m3. ce n’est pas neutre dans le contexte de sécheresse que nous connaissons ». Et Gilles Simeoni d’assurer : « Nous avons tous ces éléments bien en tête pour apporter une réponse politique forte dans le cadre d’un processus de concertation accélérée, mais vous avez compris l’état d’esprit qui est le nôtre. Nous avons la conviction que ce modèle-là n’est pas le bon ».
 
N.M.













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