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Ajaccio - Au Ricanto, les plus petits apprennent déjà à protéger le littoral


Jeanne Soury le Samedi 11 Juillet 2026 à 18:28


Vendredi matin, la plage du Ricanto s'est transformée en terrain de jeu... et en salle de classe à ciel ouvert. Armés de pinces et guidés par deux ânes, les enfants de la crèche municipale A Ciucciarella ont découvert qu'un mégot n'avait rien à faire sur le sable. Une leçon d'écocitoyenneté qui commence dès le plus jeune âge.



Ils avancent d'un pas décidé, grande pince à déchets dans les mains. Casquette bien enfoncée sur la tête pour se protéger du soleil déjà présent en cette matinée de juillet, les enfants scrutent le sable avec une concentration étonnante. À peine un mégot apparaît-il qu'il est aussitôt ramassé, sous le regard attentif des adultes.

Mais ce vendredi, les vedettes ne sont pas seulement ces petits chasseurs de déchets. Murone et Pépito attirent tous les regards. Les deux ânes, équipés de paniers de chaque côté de leur dos, suivent tranquillement le groupe. Les enfants viennent y déposer fièrement leurs trouvailles avant de repartir en quête d'un nouveau déchet. Une scène qui amuse autant qu'elle intrigue.

Cette matinée de sensibilisation est l'aboutissement de plusieurs semaines de travail menées à la crèche autour de la protection du littoral. 

Pour Anne-Christine Turck, responsable du service Littoral et Espaces naturels de la Ville d’Ajaccio, la sensibilisation doit commencer très tôt : « L'éducation se fait le plus tôt possible. Plus ils sont jeunes, plus on a de chances que le message s'ancre durablement. »

À cet âge, inutile de parler d'écosystèmes complexes. Les animations privilégient le concret. « On leur apprend d'abord à reconnaître un vrai déchet. À comprendre aussi que tout ce qui se trouve sur une plage n'est pas forcément sale. Les algues, le bois flotté ou la laisse de mer ont un rôle essentiel : ils permettent notamment le développement de la végétation et participent au bon état des plages », explique la responsable. Et la sensibilisation prend alors des airs de jeu : « Pour eux, c'est une chasse au trésor. Ils cherchent les mégots, ils sont acteurs et ils retiennent beaucoup mieux. »

Les ânes comme déclencheurs de curiosité

S'il fallait une preuve que les animaux sont de formidables médiateurs, Murone et Pépito l'ont donnée en quelques minutes. « Dès leur arrivée, il y a eu un véritable effet aimant », observe Erwan Berroche, du bureau d'études Terra d'Avenne, qui développe le nettoyage des espaces naturels avec des animaux de bât. « Bien sûr, ils peuvent transporter davantage de déchets qu'une personne. Mais leur véritable intérêt est ailleurs : ils captent l'attention. Les enfants les observent, posent des questions, s'intéressent à ce qu'ils font. À partir de là, on peut faire passer des messages qui seraient beaucoup plus difficiles à expliquer autrement. »

Et l'objectif dépasse largement cette seule matinée. « On espère qu'en rentrant chez eux, ils raconteront cette expérience à leurs parents. Si le message circule ensuite dans les familles, alors on a gagné une partie du pari », se réjouit Erwan Berroche. 

Une sensibilisation qui dépasse la plage

Pour la municipalité, cette opération est loin d'être symbolique. Elle s'inscrit dans une démarche plus large de préservation du littoral. « Les déchets abandonnés en ville finissent très souvent sur les plages, poussés par le vent ou entraînés par les eaux pluviales », rappelle Marine Schinto, adjointe en charge de la propreté urbaine et des espaces verts. « Sensibiliser les enfants, c'est investir sur les générations futures. Préserver notre littoral, c'est aussi protéger le sanctuaire Pelagos et toute la biodiversité qu'il abrite. »

Au fil de la matinée, les paniers de Murone et Pépito se sont remplis de mégots, de morceaux de plastique et d'autres déchets oubliés sur le sable. Une maigre récolte à l'échelle du littoral, mais une première leçon de citoyenneté pour ces enfants.