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ACA : Fabrice Begeorgi, dernier sourire avant départ


le Samedi 15 Août 2015 à 22:28 | Modifié le Dimanche 16 Août 2015 - 01:40


Il n'a pas fait beaucoup de bruit, ni beaucoup d'éclats, mais il a joué, tout simplement. Loin des strass et des paillettes, le Martégal a séduit les plus fidèles des Acéistes. L'ACA ne compte plus sur lui, mais le défenseur gauche n'est pas du genre rancunier. Après six saisons en blanc et rouge, il nous livre sa dernière interview, avec sa sympathie naturelle. Bilan et retour sur expérience, avec "Begeo".


Ultimu surrisu di u difensori, nanzi di piddà u mari...(Ritrattu : O. Castel)
Ultimu surrisu di u difensori, nanzi di piddà u mari...(Ritrattu : O. Castel)
73 Rencontres en blanc et rouge, pas de buts, mais un passage remarqué, quoi qu'on en pense. Arrivé à Aiacciu du sud de la France à 23 ans, le jeune Fabrice ne comptait pas y trouver le faste et l'opulence. Il a tout de même trouvé la Ligue 1, au bout de sa première saison, mais surtout des gens, des amis, "une seconde famille" dit-il. L'aventure s'arrête un peu brutalement pour lui, mais elle aura été sa plus belle, et surtout sa plus riche, sportivement comme humainement. Begeorgi est amoureux d'Aiacciu et des Aiaccini. Il s'en va pour mieux revenir...

CNI : Fabrice, commençons par « ce qui fâche », dis-nous pourquoi tu pars de l’AC Aiacciu, après 6 saisons de contrat ?
 
F.B. : Tout simplement parce que le coach ne compte plus sur moi. Il m’avait dit que le club recruterait un arrière gauche titulaire, et que si je n’étais pas d’accord pour être remplaçant, il fallait que je parte pour trouver du temps de jeu. Je ne me voyais pas remplaçant… C’est vrai que la saison dernière, on a galéré, mais malgré tout j’ai réussi à faire 25 matchs dans la saison, je pensais avoir un peu plus de confiance que ça. Mais ce sont eux les décideurs et pas moi.
 
CNI : Tu penses que c’est le nouveau projet qui leur a fait prendre la décision ?
 
F.B. : Je ne sais pas quel est leur projet, je ne rentre pas dedans de toute façon. Ils m’ont dit à la fin de saison dernière qu’ils cherchaient un arrière gauche, mais je m’attendais plutôt à un arrière gauche confirmé… Après, le joueur n’y est pour rien bien sûr. Je ne comprends pas pourquoi on ne compte pas sur moi, après tout ce que j’ai fait pour ce club, et ce club je l’aime ! Je  pense avoir mouillé le maillot et m’être défoncé à chaque match, même si je sais que je ne suis pas un grand joueur.
 
CNI : Ton engagement sur le terrain, c’est ton identité, et c’est ce qui t’a fait gagner la sympathie des gens ici…
 
-Oui, je joue comme je sais jouer. Ce qui m'a rassuré au début, c’est le discours du Président (A. Orsoni à l’époque), qui m’a  dit dès mon arrivée que lorsqu’on signe ici, on est tous Corses, peut importe d’où on vient. En plus de ce que j’avais vu en jouant contre les  corses (avec les jeunes puis la réserve de l’OM ndlr.), je savais que les gens ici aimaient ça. J’ai voulu rendre au club la confiance qu’il me donnait. Et puis notre logo c’est un Ours, et un Ours c’est pas gentil ! 

Prima staghjoni, prima riescita

CNI : Tu arrives en 2010, à l’époque tu jouais à Istres, et Olivier Pantaloni te contacte. Quel est le projet qu’il te présente ?
 
F.B. : Olivier me contacte directement, et me dit qu’on part pour jouer un maintien facile. Je me suis retrouvé arrière gauche, parce qu’il y avait des suspendus et des blessés, alors que je jouais milieu avant. Et au final, j’ai fait toute la saison titulaire, et en plus on est montés en Ligue 1 !
 
CNI : A l’époque, pas mal de joueurs disaient avoir fait la meilleure saison de leur carrière avec l’ACA, c’était aussi ton cas ?
 
F.B. : Ah oui, pareil, une des plus complètes en tout cas. Ce qui a dynamité les joueurs, c’est l’arrivée de Jo (Cavalli) au mois de Novembre, il nous distribuait des caviars ! Ça a rajouté un plus à l’équipe et on est montés…
 
CNI : Par contre toi tu loupes le match de la montée à Nîmes !
 
F.B. : Oui, je me blesse contre Istres, le match d’avant, à Timizzolu (2-0 ndlr). Mais j’ai fait le déplacement !

"A ghjenti c... cum'è tè!"

F. Begeorgi incù u so cumpari Antoine, è a so Mehari, davantu à u so caffè favuritu (O.C.)
F. Begeorgi incù u so cumpari Antoine, è a so Mehari, davantu à u so caffè favuritu (O.C.)
CNI : Ça faisait une saison que tu étais là, et les gens te décrivaient déjà comme quelqu’un de simple, de très intégré et plus accessible que d’autres joueurs…
 
F.B. : Je me suis intégré à un club, et à une ville aussi. Les gens sont comme nous, pardon pour l’expression mais, ils ch… et marchent comme toi ! L’important c’est qu’ils soient là dans les victoires comme dans les défaites, et je comprends aussi quand ils sont en colère. Mais pas quand ils sont dans l’excès comme l’an dernier par exemple. Il faut comprendre qu’on est des êtres humains aussi...
 
CNI : L’année où l’ACA monte en L1, après cette saison pleine, on imagine que tu te sens bien, mais tu arrives à te blesser à la 4e journée…
 
F.B. : Je n’avais jamais joué en Ligue 1 avant, et j’avais encore plus envie de tout donner. Le but était de te maintenir, en faisant les meilleurs matchs possibles, et même gagner des matchs en étant moins bons. C’était faire plaisir au public, et se faire plaisir à nous aussi. Je joue les deux premiers matchs titulaires au début de saison, puis je me fais les ligaments croisés à Auxerre. J’en ai eu pour six mois, j’ai dû regarder la saison de loin… J’avais déjà eu cette blessure en 2007.
 
CNI : Ça t’a freiné ?
 
F.B. : Oui et puis ça m’a fait cogiter surtout, parce que j’ai eu l’impression que l’on m’enlevait la récompense de la saison dernière…Qu’on m’a privé d’une année fantastique. C’est très, très dur de revenir. Mais bon, je m’en foutais, l’important c’était qu’on soit maintenus. Le club est plus important que moi, et je comptais bien revenir avec une bonne préparation. A cette époque, j’étais complètement intégré, j’avais déjà beaucoup d’amis, je sortais avec une fille d’ici, et j’avais en plus un entraîneur qui me faisait jouer et la confiance de mon club…que demande le peuple !
 
CNI : Ensuite, il y a le départ d’Olivier Pantaloni après la première saison en Ligue 1, et Alex Dupont arrive. Ça ne se passe pas très bien avec lui ...
 
F.B. : Dupont, le problème c’est qu’il m’a pris pour un con. Il m’a dit qu’il comptait sur moi au début, alors que c’était pas vrai, d'ailleurs il ne m’a même pas fait jouer un match amical. J’avais des clubs qui me suivaient en plus. Au final, je me suis disputé avec lui, et j’ai fait quatre mois au placard. C’est dommage, parce que je le connaissais pas, et j’aurai préféré qu’il soit franc. J’ai vu la saison depuis les tribunes, et ensuite j’ai joué le maintien en CFA2. Ça faisait bizarre parce que dans ce championnat, certains de tes adversaires n’en n’ont rien à foutre du football et y vont pour te faire mal. Mais j’ai joué avec des jeunes super sympathiques, et on a fait des déplacements mémorables ! 

"Odiu u mezu di u ghjocaballò..."

J38, ACA - Arles, 11a minuta. Feritu, F. Begeorgi sorta. Ghjera u so ultimu scontru incù l'ACA. (O.C.)
J38, ACA - Arles, 11a minuta. Feritu, F. Begeorgi sorta. Ghjera u so ultimu scontru incù l'ACA. (O.C.)
CNI : Tes collègues les plus proches au club c’était qui ?
 
F.B. : L’équipe changeait souvent, mais chaque année je m’entendais toujours bien avec certains, et surtout avec les gardiens. Mon collègue de chambre la première année c’était Lolo Bernardi, ensuite Richard Socrier, et depuis deux ans, Antho Scribe. Je pense que je m’entends bien avec les goals parce qu’ils sont à part.
 
CNI : Toi aussi tu te sens à part ?
 
F.B. : Oui, je me sens différent. Je déteste le milieu du foot, cette mentalité… je me l’anguis d’arrêter le foot juste pour ça ! Ce n’est pas sain comme le rugby. Après ce qui est bien, c’est le stade qui se lève sur un but, les gamins qui te regardent…même si je pense qu’ils te voient pas en entier ! Certains joueurs ne savent pas la chance qu’ils ont que les petits ne les voient pas en entier. Il faut leur montrer le meilleur exemple possible, et je pars toujours du principe qu’il faut aller voir les supporters même quand tu perds. Certains se tapent cinq-cent et six-cent bornes pour te voir perdre et tu vas pas les voir ? Tu imagines ? Après donner des maillots tout le temps, on peut pas, parce qu’on les paie, mais si j’étais Ibrahimovic, j’en donnerai à tous les matchs !
 
CNI : Et la période Emon vient ensuite, avec un cycle retour moins compliqué pour toi…
 
F.B. : Emon c’était différent, parce que je le connaissais de Marseille. Il m’a repris un peu dans le groupe, et je me suis défoncé comme je savais le faire. La fin de saison était assez stressante c’est vrai, on se maintient au goal-average, grâce à Caen qui ne  gagne pas, et en perdant 2-0 contre Nice. Après, vu qu’on a pas le budget du PSG, j’aurai signé pour une 17e place même pendant dix-quinze ans !
 
CNI : La saison 2013-2014, tu fais la préparation sous l’ère Ravanelli, qui ne compte pas sur toi non-plus, et au final tu es prêté à Uzès-Pont-Du-Gard (National). C’était une bonne expérience à ce moment-là ?
 
F.B. : Ça s’est très mal passé. Quand je suis arrivé il y avait un petit club bien structuré, puis un repreneur est arrivé, sans mettre d’argent, et on a eu 4 entraîneurs en six mois. On a même pas été payés pendant cette période, et on a dû aller aux Prud’hommes. On finit derniers, bref….mais je regardais ce qui se passait ici. Voir Ajaccio qui descend ça a été dur, mais pas étonnant. Avec Ravanelli, on avait le sentiment qu’on pouvait réussir, mais au final on n’y arrivait jamais. Et on pouvait rien dire, il fallait fermer sa gueule et travailler. Et heureusement qu’il nous a pas mis des médecins italiens…
 
CNI : Christian Bracconi t’a fait confiance par la suite ?
 
F.B. : Personnellement je savais que je devais regagner ma place en revenant. Je le connaissais déjà Christian, on est arrivés en même temps en 2010, il m’avait fait travailler en séances vidéo lorsque j’étais passé arrière-gauche. Ça m’avait permis de bien progresser. 

CNI : Puis il est parti à son tour, et Olivier est revenu en Novembre. Tu n’as pas, pour autant, retrouvé ton statut ?
 
F.B. : Entre temps, Titi (Debès) a redynamisé tout le monde avec ses discours, et on gagné 3 matchs sur 4 pendant son intérim, puis Olivier est arrivé. J’étais en concurrence avec Paul Babiloni, mais je pense que c’était le meilleur qui jouait. Après il s’est blessé, et j’étais le seul gaucher donc j’ai enchaîné les matchs. Je ne pensais pas du tout à partir. Je pensais surtout que j’allais faire partie des plans du club l’année suivante (il lui reste un an de contrat ndlr).

CNI : Comment tu as accueilli ce choix ?

F.B. : Je ne comprends pas ce choix d’un point de vue sportif. Après, ce sont les choix d’un coach et d’un président, et je respecte ces choix sans soucis. Mais on peut pas demander à un joueur de s’investir à fond quand on sait qu’on va pas le garder. C’était déjà tout prêt dans sa tête, mais Je lui en veux même pas, je m’en fous maintenant. Va savoir aussi ce qui se passe avec les agents, dans le club…
 
CNI : L’ACA restera tout de même ta plus belle expérience ?
 
F.B. : Oui, mais je pensais pas finir sur une déception. Je pense que j’avais des choses à apporter encore, je voulais finir sur une bonne saison…On finira en réserve ! J’ai essayé de prospecter ailleurs, mais je n’ai aucune proposition pour l’instant. J’aimerai bien essayer l’étranger, voir un petit peu ce qu’il s’y passe. J’étais parti en Allemagne en 2008 (Koblenz puis la réserve du Werder Brême ndlr), j’y retourne de suite si on m’appelle. C’est un championnat très différent, les gens respirent le foot. La France a 10 ans de retard sur l’Allemagne, que ce soit dans les infrastructures où chez les supporters.
 
Ce qui me retient :

Tous mes amis, et mon meilleur ami / Ma deuxième famille est ici / L’appartement que j’ai acheté ici (« Je reviendrais toujours ! » ) / Les moments extraordinaires / La montée en Ligue 1 / La convivialité d'ici / La farandole sur le bus à impériale / Les stages à Anglet / Certaines victoires / La communion avec le public / Et tellement d’autres choses à dire !
 
Ce qui ne me retient pas :

Certaines personnes au club / Le fait qu’on ne me désire plus / Ma blessure / Les personnes qui ont changé
"Spergu pudè purtà a me Mehari incù me !" (Ritrattu O.C.)
"Spergu pudè purtà a me Mehari incù me !" (Ritrattu O.C.)




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