(Photos Gérard Baldocchi )
Pour Anne Chiardiola, directrice académique de Haute-Corse, sa présence aujourd'hui ne relevait pas du symbole vide. "J'incarne l'institution, je représente le recteur, et c'est important que les élèves, que les enseignants, que la communauté voient que pour l'Éducation Nationale, se souvenir de cette catastrophe, c'est quelque chose d'important." Un message clair : Furiani n'est pas qu'une page d'histoire locale, c'est un patrimoine mémoriel que l'institution scolaire prend en charge. "Ce devoir de mémoire s'incarne dans toutes les commémorations qu'on peut faire, nationales, mais là particulièrement elles sont faites dans le local. On est vraiment sur une situation qui ne s'est vue qu'ici."
"on a le droit de dire non"
Pour Stéphane Demuynck, professeur d'EPS à la Cité scolaire de Corte, venir sur place avec ses élèves avait une valeur que le cours en classe ne peut pas remplacer. "C'est un événement qui vieillit, on en parle de moins en moins. C'est important de venir sur le lieu, se rendre compte. On a eu un petit film, on s'est remémoré les images de l'époque." Mais au-delà de l'émotion, c'est une leçon civique qu'il voulait transmettre. "On se rend compte qu'il y a eu une chaîne de dysfonctionnements. Collectivement, personne n'a osé dire non à un moment donné, alors qu'il y avait plusieurs moments où on aurait pu." Et c'est précisément ce message qu'il espère voir ses élèves retenir. "À n'importe quel moment, même pris dans un événement collectif, on a le droit de dire non. Il faut être courageux, c'est pas la facilité."
Des témoins directs face aux collégiens
C'est Josepha Guidicelli, présidente du collectif des victimes, qui est à l'origine de cette journée. "Notre objectif aujourd'hui, c'est de sensibiliser ces près de 200 collégiens à la tragédie de Furiani. On souhaitait les faire venir ici pour leur raconter l'histoire du drame, sa naissance, ses combats, mais aussi les sensibiliser à travers différents ateliers."
Au programme : un atelier sur le vécu des soignants ce soir-là à l'hôpital de Bastia, un atelier avec des joueurs et des footballeurs présents ce 5 mai, un atelier sur la prévention de la violence et un dernier avec Richard Rechtman sur l'importance du devoir de mémoire.
"Ces ateliers de témoignages rendent les choses plus concrètes. Cette jeune génération peut s'approprier davantage l'histoire du drame de Furiani." Pour Josepha Guidicelli, qui a elle-même perdu un proche ce soir-là, cette date reste personnellement difficile à vivre. "C'est une date compliquée. On est toujours assez pudiques lorsqu'on a surtout perdu quelqu'un lors de ce drame. Mon but au niveau personnel, c'est vraiment de se souvenir en hommage aux victimes. C'est un appel à la vigilance."
Au programme : un atelier sur le vécu des soignants ce soir-là à l'hôpital de Bastia, un atelier avec des joueurs et des footballeurs présents ce 5 mai, un atelier sur la prévention de la violence et un dernier avec Richard Rechtman sur l'importance du devoir de mémoire.
"Ces ateliers de témoignages rendent les choses plus concrètes. Cette jeune génération peut s'approprier davantage l'histoire du drame de Furiani." Pour Josepha Guidicelli, qui a elle-même perdu un proche ce soir-là, cette date reste personnellement difficile à vivre. "C'est une date compliquée. On est toujours assez pudiques lorsqu'on a surtout perdu quelqu'un lors de ce drame. Mon but au niveau personnel, c'est vraiment de se souvenir en hommage aux victimes. C'est un appel à la vigilance."
"On aurait dit la guerre"
Parmi les témoins présents ce jour, Mamadou Faye, ancien joueur du Sporting Club de Bastia, était sur le terrain ce soir du 5 mai 1992. "En tant que joueur, ça fait un choc, un drame, une séquence qui s'installe tout le temps." Ce soir-là, lui et ses coéquipiers n'avaient qu'une chose en tête : battre Marseille, qui représentait à l'époque, dit-il, "le Paris Saint-Germain d'aujourd'hui." Personne dans le vestiaire ne se doutait de ce qui allait se passer. "Pour la tribune, loin de nous l'idée qu'elle n'avait pas été faite dans les normes."
Quand la tribune s'est effondrée, le chaos s'est installé sur la pelouse. "Il y avait les hélicos de secours, les ambulances, les panneaux de publicité qui servaient de brancards. On aurait dit la guerre. Totale."
Voir aujourd'hui ces collégiens commémorer la catastrophe lui inspire une conviction simple : "Ça prouve qu'il y a un devoir de mémoire. Il faudrait qu'ils sachent pour pouvoir perpétuer ça, que ça ne se répète jamais dans cette île."
Quand la tribune s'est effondrée, le chaos s'est installé sur la pelouse. "Il y avait les hélicos de secours, les ambulances, les panneaux de publicité qui servaient de brancards. On aurait dit la guerre. Totale."
Voir aujourd'hui ces collégiens commémorer la catastrophe lui inspire une conviction simple : "Ça prouve qu'il y a un devoir de mémoire. Il faudrait qu'ils sachent pour pouvoir perpétuer ça, que ça ne se répète jamais dans cette île."
Le silence de vingt ans de Jean Pruneta
Jean Pruneta, journaliste radio à RCFM ce soir-là, a lui aussi un récit particulier à raconter. Ce 5 mai, il arrivait tout juste de l'étape Porto-Vecchio-Bastia du Tour de Corse automobile, dont il assurait la couverture. En arrivant au stade, la tribune nord l'a immédiatement frappé. "En étant au pied de cette tribune, au pied de ces barres de fer et de ces planches en bois qui montaient jusqu'à une douzaine de mètres, on s'est posé pas mal de questions. C'était comme si vous étiez dans une forêt avec des troncs d'arbres."
Installé aux deux derniers rangs, les plus hauts, avec ses collègues de la presse, il a senti les tremblements monter sous ses pieds au fur et à mesure que les spectateurs s'installaient. "Quand il y a 10 000 personnes qui tapent des pieds sur des planches en bois et de la ferraille, forcément ça se transmet."
Puis la tribune s'est effondrée. "Moi, j'étais en radio avec des casques, des micros. On était dans notre bulle." Ce qu'il n'a pas dit tout de suite, c'est qu'il a perdu ce soir-là deux collègues assis à sa gauche et à sa droite : Pierrot Guidicelli et Michel Vivarelli. "Je m'en sors et mes deux collègues, eux, sont décédés. Vous devez aussi aller aux enterrements de vos collègues et assumer tout ça."
Pendant vingt ans, Jean Pruneta n'en a pas parlé. Pas à sa famille, pas à ses proches. "C'était traumatisant et on n'avait aucune envie d'en reparler." Ce n'est que pour le 20e anniversaire qu'il a repris la parole publiquement.
Aujourd'hui, face aux collégiens, il leur transmet un message qui dépasse le football. "Il y a eu tellement d'erreurs, tellement de manquements, des dirigeants du club jusqu'aux autorités. Il faut que les jeunes sachent pour qu'ils soient informés. La confiance totale en l'autorité ne doit pas exister. Il faut toujours qu'il y ait un petit doute pour essayer d'éviter ce genre de choses."
Installé aux deux derniers rangs, les plus hauts, avec ses collègues de la presse, il a senti les tremblements monter sous ses pieds au fur et à mesure que les spectateurs s'installaient. "Quand il y a 10 000 personnes qui tapent des pieds sur des planches en bois et de la ferraille, forcément ça se transmet."
Puis la tribune s'est effondrée. "Moi, j'étais en radio avec des casques, des micros. On était dans notre bulle." Ce qu'il n'a pas dit tout de suite, c'est qu'il a perdu ce soir-là deux collègues assis à sa gauche et à sa droite : Pierrot Guidicelli et Michel Vivarelli. "Je m'en sors et mes deux collègues, eux, sont décédés. Vous devez aussi aller aux enterrements de vos collègues et assumer tout ça."
Pendant vingt ans, Jean Pruneta n'en a pas parlé. Pas à sa famille, pas à ses proches. "C'était traumatisant et on n'avait aucune envie d'en reparler." Ce n'est que pour le 20e anniversaire qu'il a repris la parole publiquement.
Aujourd'hui, face aux collégiens, il leur transmet un message qui dépasse le football. "Il y a eu tellement d'erreurs, tellement de manquements, des dirigeants du club jusqu'aux autorités. Il faut que les jeunes sachent pour qu'ils soient informés. La confiance totale en l'autorité ne doit pas exister. Il faut toujours qu'il y ait un petit doute pour essayer d'éviter ce genre de choses."
"Ça nous a permis de ressentir cette émotion"
À la sortie des ateliers, Julie et Leria, deux adolescentes du collège Philipe-Pescetti de Cervioni, avaient les idées claires sur ce qu'elles venaient de vivre. Toutes deux connaissaient la catastrophe de Furiani avant de venir, par leurs familles et par leurs propres recherches. Mais les ateliers leur ont apporté quelque chose de plus. "On connaissait déjà mais là on l'a su en détail", confie l'une d'elles. "Je ne savais pas vraiment la cause de la catastrophe, donc là j'ai pu le savoir. J'ai pu savoir aussi que c'était vraiment un drame qui a bouleversé toute la France."
Ce qui les a particulièrement touchées, c'est d'avoir entendu des témoins directs.
"C'est important d'avoir des témoignages de personnes qui l'ont vécu, qui l'ont ressenti et qui étaient présentes. Ça nous permet de ressentir cette émotion même si on n'était pas présentes pendant le drame."
Ce qui les a particulièrement touchées, c'est d'avoir entendu des témoins directs.
"C'est important d'avoir des témoignages de personnes qui l'ont vécu, qui l'ont ressenti et qui étaient présentes. Ça nous permet de ressentir cette émotion même si on n'était pas présentes pendant le drame."
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