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​Municipales. Pour Véronique Pietri, « Alata ne doit pas devenir une banlieue-dortoir »


Patrice Paquier Lorenzi le Mardi 24 Février 2026 à 19:00

Ancienne conseillère municipale à Alata aux côtés d’Etienne Ferrandi, le maire sortant, Veronique Pietri a quitté ses mandats en décembre dernier, et a officiellement présenté sa candidature dans la foulée, à la tête de la liste "Alata, Tarra Viva". Conseillère territoriale du groupe Core in Fronte à l’Assemblée de Corse, elle regrette la perte d’identité de la commune d’Alata et souhaite une révision du PLU afin de garantir une « urbanisation maitrisée ».



(Photo : Paule Santoni)
(Photo : Paule Santoni)
Avant de démissionner en décembre dernier, vous siégiez au conseil municipal aux côtés d'Etienne Ferrandi. Pourquoi avez-vous quitté l'équipe du maire sortant ?
J’ai été élue conseillère municipale pendant trois mandats avec le maire, et j’ai été toujours très impliquée. J’étais très fière de défendre mon hameau et de travailler pour ma commune, mais petit à petit le dynamisme du début a laissé la place à une méthode de gouvernance beaucoup plus centralisée autour du maire. Malgré ma présence toujours assidue, je n’étais plus du tout sollicitée ni écoutée. En décembre dernier, en effet, j’ai quitté le conseil municipal d’Alata, j’ai mis fin à mon mandat. Cette décision n’avait pas été médiatisée à l’époque, par respect pour l’institution et pour l’engagement que j’ai toujours eu au service de la commune. Je suis partie pour rester fidèle à mes convictions, à l’idée que je me fais du mandat de conseiller municipal dans lequel tout doit se faire en concertation avec les autres élus, mais aussi avec les administrés. Ce n’était pas ma vision de la démocratie. Mais surtout je voulais rester fidèle à l’attachement à ma terre. Je ne pouvais plus cautionner une politique qui tourne le dos à ce que nous sommes, une commune à la fois rurale, historique et vivante. J’ai ensuite été sollicitée par de nombreuses personnes qui faisaient ce même constat d’abandon de la commune, de perte d’identité et qui avaient cette volonté d’apporter une alternative pour Alata.

Que reprochez-vous à la vision du développement de la commune du maire sortant ?
D’abord, je citerai le village d’Alata, qui est un lieu chargé d’histoire, un lieu qui devrait porter notre mémoire, notre identité, notre fierté. Pourtant, quand on le traverse aujourd’hui, que voit-on ? Un manque d’entretien, une place qui ne joue pas son rôle de centralité, des espaces à l’abandon. Et le problème est qu’il est à l’image de toute la commune. En plus de cette situation de négligence, il faut citer aussi ce manque de vision pour la commune. On avance sans cap clair, avec comme seuls leviers de développement l’urbanisation et la fiscalité, sans cadre, sans anticipation. Cela va à l’encontre de notre vision de la commune qui ne doit pas être une périphérie de la ville, une banlieue-dortoir. Partout où nous allons à la rencontre des Alatais, les mêmes problèmes sont soulevés, l’abandon, les besoins structurels comme pour l’assainissement, les dossiers à porter devant la CAPA, la mobilité. Nous voulons répondre à tous ces sujets et faire avancer notre commune.

Quel est votre programme et quels sont vos projets si vous êtes élue ?
Nous avons décidé d’être candidats à ces élections parce que notre commune est en train de perdre quelque chose d’essentiel. Pas seulement de la cohérence dans l’aménagement ou des services. Elle perd son âme. Celle de ses « Paisoli », de ses quartiers, de ses familles, de ses liens humains. Nous voulons une urbanisation maîtrisée, pensée pour nos familles, pour permettre à nos enfants de vivre ici. La révision du PLU est un cap important à franchir. Une mise en conformité avec le PADDUC, les nouvelles règles pour les dotations de la CDC, nous avons aussi une vision bien concrète des sujets et du travail à effectuer.
 
Comment reconnecter la partie village à l’autre versant, du côté de Trova notamment ?
C’est très simple, nous voulons déjà, relier physiquement le versant de Trova au village, en réouvrant le chemin de Ranuchjetu vers Sant’Andria. Autrefois, il permettait les échanges, les liens familiaux. Le dispositif de la CAPA, « Sentiers du patrimoine » permet de le faire, en rénovant le petit patrimoine bâti présent. J’avais essayé de le porter mais sans résultat, sans prise en compte du maire, et nous sommes aujourd’hui pratiquement la seule commune à ne pas avoir mis en valeur son territoire grâce à ce sentier. Ensuite, les deux écoles, aujourd’hui complètement isolées, pourraient être en communication constante. En reliant les enfants, nous gagnerions déjà cette bataille du lien à renouer. Bien qu’il y ait toujours eu deux réalités un peu différentes sur les deux versants, il y avait une certaine unité que nous voulons retrouver. Mais ce lien doit être retissé partout, dans chaque « paisolu », autour des fontaines, fours, places à rénover sans attendre leur disparition.

Un dernier mot pour les Alatais ?
Nous voulons leur dire que notre candidature est un engagement réfléchi et fort. Nous connaissons notre commune, ses forces et ses fragilités. Nous ne sommes pas dans la nostalgie, nous sommes lucides et déterminés. Alata est une terre d’histoire, de paysages, d’agriculture, de hameaux. Elle attire parce qu’elle porte des valeurs fortes de transmission, de solidarité, de simplicité. Certains sont nés ici, d’autres ont choisi d’y vivre justement pour cela. Nous voulons redonner un cap et préparer l’avenir sans renier son âme. Nous portons un espoir construit sur le travail, la cohérence et la responsabilité. A eux désormais de décider du chemin que prendra notre commune.

La liste "Alata, Tarra Viva"