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Quatre ans après le début de la guerre, Nataliya Khobta-Santoni et l'association Solidarité Corse-Ukraine continuent leurs actions pour les réfugiés


Jeanne Soury le Mardi 24 Février 2026 à 17:07

Oncologue à l’hôpital d’Ajaccio, Nataliya Khobta-Santoni soigne chaque jour des patients sur l’île. Mais depuis quatre ans, une autre réalité accompagne son quotidien : celle de la guerre dans son pays natal, l’Ukraine. Un conflit commencé le 24 février 2022 et qui, malgré le temps qui passe, continue de bouleverser des vies là-bas comme ici. Avec son association Solidarité Corse-Ukraine, elle continue son action au long cours pour venir en aide aux réfugiés et à la population restée sur place



Dimanche dernier, à Ajaccio, une marche était organisée entre la place Abbatucci à la mairie, suivie d’une minute de silence, afin de marquer les 4 ans de guerre en Ukraine (Photo via Nataliya Khobta-Santoni).
Dimanche dernier, à Ajaccio, une marche était organisée entre la place Abbatucci à la mairie, suivie d’une minute de silence, afin de marquer les 4 ans de guerre en Ukraine (Photo via Nataliya Khobta-Santoni).
Tout commence deux jours après le début de l’invasion russe. Le 26 février 2022, en comprenant que la guerre est bien réelle et qu’elle va durer, le Dr Nataliya Khobta-Santoni refuse de rester spectatrice. Bouleversée, cette Ukrainienne installée à Ajaccio, où elle travaille comme oncologue au sein de l'hôpital, tente d’alerter, de mobiliser, de trouver de l’aide. Face à l’urgence, elle décide finalement d’agir et crée l'association « Solidarité Corse-Ukraine », destinée à soutenir et accueillir les réfugiés. Une décision prise dans l’émotion, mais qui marque le début d’un engagement quotidien. « C’était le moyen pour moi de faire quelque chose pour mon pays », raconte-t-elle.

Un engagement né de l'urgence 

Dans les premières semaines, tout va très vite. Des amis basés en Europe de l’Est font la navette entre la Pologne et l’Ukraine pour transporter familles, médicaments et matériel. Les trajets s’enchaînent, les chauffeurs s’épuisent. Son mari, Ange Santoni, décide alors de participer lui aussi à ces allers-retours pour relayer les équipes. Pendant ce temps, en Corse, les premiers réfugiés arrivent. À Ajaccio, il faut trouver en urgence un toit pour des mères et leurs enfants, organiser des traductions et orienter.
 

« Dès la nuit de la Madonuccia, les premières familles sont arrivées », se souvient Nataliya Khobta-Santoni. Et les arrivées se multiplient au fil des mois. Si bien qu'au total, près de 300 femmes et enfants trouvent refuge en Corse-du-Sud et en Haute-Corse. L’association s’improvise cellule d’accueil : démarches administratives en préfecture, recherche de logements, inscriptions à l’école, collecte de vêtements et de médicaments. Pendant près de trois ans, la maison de Nataliya devient un lieu de passage permanent. On y dépose des dons, on y accueille des familles, on y organise l’aide. « C’était la maison du bonheur », dit-elle simplement.

Elle accueille même sa propre famille. Elle se souvient de sa tante, qui a vécu avec eux pendant près de six mois. « Mon mari l’a récupérée à la frontière et l’a amenée en Corse », explique-t-elle. «Mais elle était malheureuse d’avoir abandonné sa vie et a sombré en dépression, alors elle est repartie. »
 
300 réfugiés accueillis en Corse

Depuis, Nataliya reste en contact permanent avec elle et le reste de sa famille restée là-bas. Les coupures d’électricité sont fréquentes, le chauffage insuffisant et l’hiver particulièrement rude. « Cela fait deux mois qu’elle dort habillée et qu’elle vit sous six degrés dans son appartement  », raconte la médecin. « La dernière fois qu’elle a pris une vraie douche, c’était quand elle vivait chez moi, en 2023. »
 
Quatre ans après le début de la guerre, l’urgence n’a pas disparu, mais elle a changé de visage. Le nombre de réfugiés présents sur l’île fluctue : certains repartent, d’autres arrivent, notamment en fonction de la situation sécuritaire ou de la scolarité des enfants. Les plus jeunes s’adaptent souvent rapidement, apprennent la langue et trouvent leur place à l’école. « La capacité d’adaptation des enfants est énorme. Au bout de quelques mois seulement, ils parlent mieux français que moi », s’amuse la médecin. 
 
Sur l’île, la solidarité existe toujours, mais elle s’inscrit désormais dans le temps long. Les grands élans des débuts ont laissé place à une mobilisation plus discrète. Les dons sont moins nombreux, dans un contexte économique difficile, mais ils restent essentiels pour financer les transports de médicaments entre la Corse et l'Ukraine, le matériel ou l’aide directe aux familles. 
 
Quatre ans après, la solidarité continue

Pour l'oncologue ajaccienne, l’essentiel est précisément là : ne pas laisser la guerre disparaître des consciences. « Beaucoup pensent que cinq euros, ce n’est rien. Mais mis bout à bout, cela peut aider une famille à vivre pendant un mois là-bas », souligne-t-elle. Au-delà de l’aide matérielle, elle insiste surtout sur l’importance de continuer à parler de l’Ukraine, à s’informer et à soutenir ceux que la guerre a déplacés.
 
Alors que l’anniversaire du début de la guerre est commémoré ce mardi, des rassemblements ont été organisés dimanche dernier pour permettre au plus grand nombre d’y participer. À Bastia, le rendez-vous était fixé place Saint-Nicolas. À Ajaccio, une marche simple a relié la place Abbatucci à la mairie, suivie d’une minute de silence. Un symbole fort pour rappeler que le conflit n’appartient pas au passé.