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Mossa Paisana demande la mise en place "d’un véritable office agricole" pour la gestion de la nouvelle PAC en Corse


MP le Lundi 23 Février 2026 à 22:11

Fin janvier, l’Assemblée de Corse adoptait une motion relative à la crise agricole et à la reconnaissance des spécificités corses, qui prévoit notamment de confier à l’ODARC la mise en oeuvre du volet corse de la prochaine PAC. Une décision qui fait réagir le syndicat Mossa Paisana, lequel dénonce un texte adopté sans concertation et alerte sur les risques d’une gestion jugée insuffisamment préparée.



Lors de la dernière session, l’Assemblée de Corse a adopté une motion portée par Paola Mosca au nom du groupe Fà Populu Inseme, relative à la crise agricole et à la reconnaissance des spécificités corses. Au travers celle-ci, l'Assemblée « demande notamment à l’État et à l’Union européenne de déléguer pleinement à l’Office de Développement Agricole et Rural de Corse la conception et la mise en œuvre du volet corse de la prochaine Politique agricole commune (…), afin de garantir la cohérence des dispositifs d’aide et d’accompagnement prenant en compte les spécificités de l’agriculture corse ». Un texte qui fait quelque peu grincer des dents du côté de Mossa Paisana. 
 
Dans un communiqué, le syndicat agricole argue en effet que si « la crise agricole que traverse la Corse exige des réponses sérieuses », « elle ne peut se résumer à une motion adoptée dans l’urgence, sans concertation réelle et sans association de ceux qui font vivre notre agriculture au quotidien ».  Assurant « partager les objectifs affichés » - et rappelant que « depuis toujours » il défend « une gestion insulaire des politiques agricoles et la récupération locale des moyens de la PAC » -  a Mossa Paisana regrette ainsi que « cette motion a été adoptée sans véritable concertation avec la profession agricole et sans consultation de la représentativité agricole issue des urnes ». « Écarter les organisations légitimées démocratiquement par les agriculteurs revient à décider pour eux, sans eux », appuie le syndicat. Et de prévenir : « une politique agricole construite sans les agriculteurs est une politique agricole vouée à l’échec ».
 
De facto, alors que cette motion entend confier à l’ODARC la gestion exclusive du volet corse de la PAC, Mossa Paisana expose de son côté que « vouloir une gestion insulaire est juste », mais considère que « prétendre pouvoir l’assumer seul aujourd’hui relève d’une dangereuse approximation ». « Les remontées du terrain sont unanimes. À ce jour, l’ODARC ne possède ni les capacités opérationnelles, ni la structure administrative, ni la sécurisation technique nécessaires pour porter seul une responsabilité aussi lourde », développe le syndicat en insistant sur le fait que « la gestion des fonds européens n’est pas un symbole politique », mais « engage financièrement toute la Corse ». « Un refus d’apurement ne serait pas un simple incident administratif, il pourrait provoquer un séisme économique pour notre île et mettre en difficulté la Collectivité de Corse elle-même. Nous refusons que le peuple corse devienne le garant d’une expérimentation institutionnelle mal préparée », affirme Mossa Paisana.
 
Disant refuser « l’autonomie d’affichage » et défendre « l’autonomie de responsabilité », le syndicat propose de son côté « la création d’un véritable office agricole insulaire, rassemblant toutes les instances représentatives du monde agricole » afin de « définir collectivement les directives de la PAC et d’élaborer un plan local de développement agricole cohérent et durable ». « La Corse n’a pas besoin d’une structure supplémentaire pour communiquer. Elle a besoin d’un outil efficace pour produire, protéger et transmettre. Demain, si la Corse obtient davantage d’autonomie, voire la pleine maîtrise de son destin institutionnel, c’est précisément par ce type d’organisation sérieuse que nous démontrerons notre capacité à gouverner avec rigueur, bonne foi et respect envers notre peuple et nos anciens », souligne encore Mossa Paisana.
 
En conséquence, le syndicat demande « la révision immédiate de la motion », « la reconnaissance de la représentativité agricole issue des urnes », « l’ouverture d’une concertation réelle avec la profession agricole » ainsi que « la mise en place d’une gouvernance partagée et sécurisée de la PAC corse ». « Les agriculteurs corses ne sont ni un décor institutionnel ni une variable politique. Ils sont la condition même de notre souveraineté », conclut Mossa Paisana.