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​Municipales - À la tête d'une union de gauche, Charlotte Cesari veut « remettre les Ajacciens au cœur des décisions »


Patrice Paquier Lorenzi le Mardi 13 Janvier 2026 à 20:42

Enseignante de philosophie, engagée dans le monde associatif et le milieu carcéral, Charlotte Cesari a été désignée candidate de la gauche pour les élections municipales de mars 2026 à Ajaccio. Non encartée, elle incarne une volonté de rassemblement et de renouveau. Pour CNI, elle revient sur son parcours, son engagement politique et les grandes orientations de son projet pour la ville.



​Municipales - À la tête d'une union de gauche, Charlotte Cesari veut « remettre les Ajacciens au cœur des décisions »

(photo Paule Santoni)
(photo Paule Santoni)
- Vous avez été désignée pour représenter la gauche lors des élections municipales d’Ajaccio. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
- Je suis enseignante de philosophie. En parallèle de mon métier, je suis engagée depuis plusieurs années dans le monde associatif et également dans le milieu carcéral. Ce sont des engagements très concrets, ancrés dans le quotidien, qui nourrissent ma vision de la société et de la politique.

- Quel est le sens de votre engagement ?
- Mon engagement à gauche fait partie de mes pratiques quotidiennes, de mes choix, de mes valeurs. En revanche, je ne suis pas encartée dans un parti. Je n’étais d’ailleurs pas présente lors des toutes premières réunions de l’été dernier, car il s’agissait de réunions internes aux partis. De ces discussions est née une volonté commune : celle de proposer une personne non encartée pour représenter la gauche. On parle parfois de « société civile », même si ce terme est imparfait, car les militants sont évidemment des citoyens. L’idée était surtout de désigner une personne capable de rassembler. On m’a confié cette responsabilité, que j’ai acceptée avec beaucoup d’enthousiasme.

- Avec quelles forces politiques travaillez-vous aujourd’hui ?
- Je discute et je travaille avec le Parti socialiste, le Parti communiste et le mouvement Corse Debout, qui représente notamment François Ruffin en Corse. Les discussions sont toujours en cours avec d’autres composantes de la gauche, et nous devrions en savoir plus très rapidement.

- Pourquoi, selon vous, votre nom s’est-il imposé ?
- Il y a clairement une volonté de renouveau, à Ajaccio comme au niveau insulaire. Je pense que ce sont mes engagements, ma manière de travailler, et surtout ma volonté de me remettre en question et de faire les choses collectivement, qui ont conduit à cette proposition de candidature.

- La gauche est parfois décrite comme étant en perte de vitesse à Ajaccio. Partagez-vous ce constat ?
- Je ne parlerais pas de perte de vitesse. Les résultats électoraux récents ne sont effectivement pas ceux d’autrefois, mais l’alternance politique fait partie du jeu démocratique. Les partis se renouvellent, les oppositions aussi. Notre rôle est de faire entendre la voix des électeurs de gauche, qui sont parfois résignés et tentés par l’abstention. Or l’abstention est un choix politique. Nous voulons redonner envie d’aller voter et porter un programme capable de convaincre.

- Ajaccio est souvent présentée comme une ville de droite, marquée par une progression de l’extrême droite. Comment l’expliquez-vous ?
- Nous vivons dans une société en difficulté, à la fois sur le plan économique et culturel. Les médias jouent aussi un rôle important dans la diffusion d’informations parfois anxiogènes. Les électeurs se tournent alors vers des solutions qu’ils pensent nouvelles ou rassurantes. Nous, nous ne sommes pas là pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais pour les convaincre que nous sommes une alternative crédible, avec des réponses sociales et culturelles aux difficultés qu’ils rencontrent.

- Quel regard portez-vous sur le bilan de la majorité municipale sortante ?
- Évidemment, notre point de vue est différent, sinon nous ne nous présenterions pas. Cela dit, je ne suis pas dans une logique de dénigrement systématique. Il y a eu des initiatives intéressantes. Mais nous pensons qu’il faut aujourd’hui remettre les Ajacciens au cœur du sujet, notamment à travers davantage de démocratie locale, plus de réunions publiques et une réelle implication des habitants dans les décisions, qu’elles concernent le logement, l’économie ou la culture. Les difficultés du centre-ville sont également un problème récurrent avec des problématiques liées au logement, au stationnement et au pouvoir d’achat. Nous avons construit un programme pour y répondre de manière globale et cohérente.

- Quels sont les grands axes de ce programme ?
- Nous avons trois axes principaux. Le premier, central, concerne le logement. Si nous sommes élus, nous mettrons en place un moratoire afin d’ouvrir une discussion approfondie sur les locations saisonnières, qui posent un véritable problème à Ajaccio. Nous voulons remettre au cœur des priorités les logements sociaux, intermédiaires et les logements pour les actifs. Aujourd’hui, la ville est trop exposée à la spéculation et au tourisme, et nous voulons lutter fermement contre cela. Le deuxième axe concerne la culture et le bien-vivre. Il existe un manque de propositions culturelles à Ajaccio, et une concentration excessive sur l’hyper-centre. Nous souhaitons créer des maisons de la culture dans les quartiers, afin de rendre l’offre accessible à tous et de favoriser les échanges entre les habitants. Enfin, le troisième axe porte sur le bien commun : l’environnement, la qualité de vie, le golfe d’Ajaccio. Nous voulons développer des projets comme des jardins partagés ou des « jardins du savoir » dans les quartiers, pour créer du lien intergénérationnel, encourager le dialogue et l’éducation à l’environnement, et valoriser l’identité ajaccienne.

- Concernant la régulation du logement, faut-il aller plus loin que ce qui existe déjà ?
- Oui, il faut aller plus loin. Sans nier ce qui a déjà été fait, nous pensons qu’il est nécessaire de flécher des logements dans l’hyper-centre pour les Ajacciens. Nous voulons des logements réservés aux actifs, du logement social et intermédiaire, un plafonnement des loyers et une régulation encore plus stricte des locations de type Airbnb.

- Un dernier mot ?
- Notre démarche est ouverte. J’invite toutes les Ajacciennes et tous les Ajacciens qui souhaitent s’engager à nous rejoindre. Il s’agit évidemment de représenter des partis politiques essentiels à la démocratie, mais aussi de donner toute leur place à des citoyens engagés, non encartés, qui partagent nos valeurs de gauche et notre vision pour Ajaccio.