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​« Si la situation perdure, elle pourrait finir par mettre les patients en danger » : les médecins de l’hôpital d’Ajaccio tirent la sonnette d'alarme


Patrice Paquier Lorenzi le Jeudi 5 Mars 2026 à 21:16

Réunis en commission médicale d’établissement (CME) extraordinaire ce jeudi soir, les 42 médecins du centre hospitalier d’Ajaccio ont exprimé leur soutien au mouvement des urgences et alerté sur les conséquences du conflit des brancardiers qui durent depuis près d'un mois. À l’unanimité, ils demandent aux autorités compétentes de trouver rapidement une issue à la crise pour éviter que la situation n’impacte la prise en charge des patients.



Les 42 médecins du centre hospitalier d’Ajaccio se sont réunis ce jeudi soir lors d’une commission médicale d’établissement (CME) extraordinaire. Convoquée par le président de la CME, le Dr Laurent Serpin, chef du service de réanimation, cette réunion visait à faire le point sur les tensions qui traversent actuellement l’établissement, notamment le mouvement social aux urgences et la grève des brancardiers qui dure depuis près d’un mois. Une réunion qui s’est déroulée en l’absence de Jean-Luc Pesce, le directeur du CH mais en présence de Julien Cariou, le directeur adjoint « chargé de gérer les affaires courantes », et peu disert à l’issue de la CME.
 
À l’issue des échanges, deux motions ont été adoptées à l’unanimité. La première apporte un soutien clair aux équipes des urgences, « engagées dans un mouvement pour alerter sur les difficultés de fonctionnement du service, en particulier la saturation liée au manque de lits d’aval pour hospitaliser les patients » explique le président de la CME. Les médecins précisent toutefois « que ce mouvement ne remet pas en cause la continuité des soins mais vise au contraire à améliorer les conditions de prise en charge ».

Soutien unanime au mouvement des urgences

Pour le Dr Laurent Serpin, « il était important que les équipes puissent venir exposer directement leurs difficultés à l’ensemble de la communauté médicale ». Les représentants des urgences, accompagnés notamment d’infirmiers, ont ainsi détaillé les problèmes rencontrés au quotidien, en particulier la question des lits d’aval, « c’est-à-dire la capacité à hospitaliser ou orienter les patients une fois leur prise en charge aux urgences terminée». « Le sujet principal aujourd’hui, c’est la vague à laquelle les urgences sont confrontées. « C’est peut-être l’occasion de réussir à construire quelque chose que nous n’avons pas réussi à faire depuis quarante ans ».

Nombre insuffisant de lits en soins médicaux et de réadaptation, retard à l’hôpital de Castelluccio, épidémie de grippe plus importante qu’attendu - particulièrement chez les personnes âgée -, avec un vaccin moins efficace que l’année précédente font partie des divers facteurs amenant à cette situation. « Toute la communauté médicale soutient désormais les urgences », souligne le Dr Laurent Serpin. « Les équipes continuent de travailler avec intelligence. Leur objectif est d’améliorer l’organisation et la qualité des soins. » La CME souhaite désormais être pleinement associée aux réunions menées avec l’Agence régionale de santé (ARS) et les différents partenaires afin de trouver des solutions durables.

« Les brancardiers sont en grève, il y a forcément une raison. Mais nous ne sommes pas juges »

La seconde motion concerne le conflit des brancardiers. Les médecins disent ne pas vouloir se prononcer sur les responsabilités dans ce différend social, mais s’inquiètent des conséquences du blocage administratif qui en découle. Selon eux, « l’absence de fonctionnement normal des services supports empêche actuellement certains recrutements de médecins, remplaçants ou intérimaires ».

Sur ce point, les médecins ont tenu à préciser qu’ils ne souhaitent pas prendre position sur les responsabilités dans ce conflit social. « Les brancardiers sont en grève, il y a forcément une raison. Mais nous ne sommes pas juges », explique le Dr Serpin. La communauté médicale rappelle également que le droit de grève est légitime et que les syndicats exercent leur rôle. En revanche, les médecins s’inquiètent des conséquences indirectes du blocage administratif. Selon eux, certaines fonctions support ne peuvent plus fonctionner normalement, ce qui empêche notamment de finaliser des recrutements de médecins, d’organiser des remplacements ou de faire appel à des intérimaires.

Pour l’instant, assure le président de la CME, la qualité de la prise en charge des patients reste optimale et le conflit n’a pas encore eu d’impact sur les soins. Mais la situation pourrait évoluer rapidement si les recrutements restent bloqués. « Si rien ne se débloque, nous risquons de manquer de médecins dans les semaines qui viennent », prévient-il.

« Il faut régler ce conflit »

Dans ce contexte, les médecins lancent un appel clair aux autorités. Ils demandent aux instances décisionnaires — notamment l’Agence régionale de santé, la préfecture et les responsables institutionnels — « de trouver rapidement une solution permettant de sortir de la crise ». « Nous ne savons pas d’où vient la faute et ce n’est pas notre rôle de le déterminer », insiste le Dr Serpin. « Mais il faut régler ce conflit. » 

Pour la communauté médicale, l’enjeu est avant tout de permettre à l’hôpital de fonctionner normalement afin de garantir durablement la qualité et la sécurité des soins. « Nous tirons la sonnette d’alarme », conclut le président de la CME. « Si la situation perdure, elle pourrait finir par mettre les patients en danger. »

Les 42 médecins du centre hospitalier d’Ajaccio espèrent donc une sortie de crise rapide afin de pouvoir se concentrer pleinement sur leur mission principale : soigner les patients.