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Vie chère : François Filoni veut la gratuité des transports collectifs dans le Grand Ajaccio


Patrice Paquier Lorenzi le Dimanche 26 Avril 2026 à 17:00

À Ajaccio, le responsable du Rassemblement national en Corse, François Filoni, a détaillé ses propositions face à l’explosion des prix du carburant (+44 %). Entre gratuité des transports dans le Grand Ajaccio et baisse nationale de la TVA, il entend répondre à une crise qu’il juge « sociale autant qu’économique », chiffres à l’appui.



Dans un contexte marqué par la guerre entre l’Iran et les États-Unis et ses répercussions sur les marchés énergétiques, François Filoni, le chef de file du RN en Corse a dressé un constat chiffré de la situation corse lors d’une conférence de presse à l’Hôtel Campo dell’Oro à Ajaccio. « Ici, le pouvoir d’achat n’est pas une abstraction », a-t-il insisté, évoquant une île où la dépendance à la voiture reste massive.

Les données avancées traduisent l’ampleur du phénomène : en Corse, 18,1 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté et, fait plus marquant encore, 12 % des actifs occupés sont eux-mêmes pauvres. Dans ce contexte, la hausse des carburants agit comme un accélérateur de précarité.
À Ajaccio, le gasoil s’affiche autour de 2,22 euros le litre en moyenne, tandis que le sans-plomb approche 1,95 euro dans les stations les moins chères. « Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des arbitrages quotidiens », souligne-t-il, évoquant des familles contraintes de choisir entre faire le plein ou faire leurs courses.

Autre indicateur marquant selon lui : le temps de trajet domicile-travail. En Corse, il atteint en moyenne 78 minutes, contre 33 minutes sur le continent. « Cela signifie que la voiture est une obligation structurelle », martèle François Filoni. Dans ce contexte, l’élu ajaccien avance deux propositions centrales.

Gratuité des transports à Ajaccio ? « Un coût de 500 000 euros pour la CAPA « selon François Filoni

La première, à l’échelle locale : la gratuité des transports collectifs dans le Grand Ajaccio. Une mesure qu’il proposera lundi à la CAPA lors de la séance du conseil communautaire dédiée au vote du budget. Le coût est estimé à 500 000 euros, un montant qu’il relativise en le replaçant dans les équilibres budgétaires. Le budget transport de la CAPA s’élève à environ 11 millions d’euros, dont près de 10 millions proviennent du versement mobilité payé par les entreprises, et seulement 1 million des recettes usagers. « L’effort réel pour la collectivité est donc limité », avance-t-il.

Il met également en avant des économies possibles : le coût du contrôle des titres de transport est évalué à environ 700 000 euros. « En réorganisant le système, on peut absorber une grande partie de la mesure », estime-t-il. Mais l’enjeu dépasse la seule aide immédiate. Aujourd’hui, seuls 2 % des Corses utilisent les transports collectifs, contre 13 % au niveau national. « On est dans un système qui ne fonctionne pas. La gratuité peut être un déclencheur », explique-t-il, en espérant une hausse de la fréquentation et une réduction de la pression sur le réseau routier.

La seconde proposition s’inscrit au niveau national : une baisse de la TVA sur les carburants, de 20 % à 5,5 %. François Filoni rappelle qu’en France, la fiscalité représente environ 60 % du prix d’un litre de carburant. « Sur un plein, plus de la moitié part en taxes », souligne-t-il. Il insiste également sur l’effet mécanique de la hausse des prix : lorsque le litre augmente de 50 centimes, la TVA collectée par l’État augmente elle aussi. « Ce sont des recettes supplémentaires. La question est de savoir si on les rend aux Français ou non », pose-t-il.

Enfin, il pointe une anomalie propre à la Corse : malgré une TVA réduite à 13 % et des allègements sur la fiscalité énergétique, le carburant devrait théoriquement être jusqu’à 17 centimes moins cher que sur le continent. « Or, ce n’est pas le cas », affirme-t-il, dénonçant les effets d’un marché en situation de quasi-monopole. Dans ce contexte, il plaide pour une intervention de l’État, en s’appuyant sur les dispositions du code du commerce permettant d’encadrer les prix en cas de concurrence insuffisante, comme cela se fait dans certains territoires ultramarins. Des propositions déjà évoquées par le collectif de Frédéric Poletti mais qui restent lettres mortes à ce jour.