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Transports maritimes : La Corse et la Région Sud font front commun pour lutter contre la pollution de l’air


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 6 Septembre 2019 à 19:09

Les fumées des bateaux à quai menacent de plus en plus la santé des habitants des villes portuaires. Pour lutter contre cette pollution de l’air et apaiser la grogne grandissante des populations, la Corse et la région PACA ont annoncé, jeudi matin à Marseille, un plan d’action commun concernant notamment l’électrification progressive de tous les navires à quai dans les trois grands ports de Marseille, Toulon et Nice, mais aussi Bastia et Aiacciu, d’ici à 2025. Un dispositif Zéro fumées, mais aussi une synergie en matière de scrubbers, de bateaux GNL et hydrogène, de zone ECA en Méditerranée… et une avancée majeure pour des transports maritimes plus propres, un air plus sain et un environnement protégé. Explications, pour Corse Net infos, de Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse (CdC).




Transports maritimes : La Corse et la Région Sud font front commun pour lutter contre la pollution de l’air
- Pourquoi avoir présenté votre feuille de route sur la transition écologique maritime à Marseille en même temps que Renaud Muselier, président de la région PACA ?
- Le Conseil exécutif de Corse avait prévu de présenter son programme en faveur de la transition écologique dans les transports maritimes dans le courant de ce mois. Lorsque j'ai appris que la Région Sud présentait son propre plan "Escale zéro Fumée" le 5 septembre à Marseille, je me suis rapproché du Président Muselier avec lequel j’entretiens des relations fortes au plan personnel, et nourries au plan institutionnel. Nous avons dressé le constat partagé de l'intérêt commun qu'il pouvait y avoir à communiquer et surtout agir ensemble. Renaud Muselier m'a, donc, proposé d'être associé à l'important événement médiatique de jeudi qui réunissait notamment Christian Estrosi, président de la Métropole Nice Côte d'Azur, Hubert Falco, président de la Métropole Provence Toulon, Mme Borne, ministre de la Transition écologique, M. Djebbari, secrétaire d'Etat aux Transports, ainsi que les compagnies membres d'Armateurs de France et de nombreux acteurs majeurs du transport maritime à Marseille, en Corse et en Méditerranée. Je lui en suis bien sûr reconnaissant, car ce moment, indépendamment de son retentissement médiatique, est fondateur d'une vision stratégique et d'une méthode radicalement nouvelle dans la mise en œuvre de la transition écologique dans le secteur maritime, qui véhicule des enjeux majeurs en Méditerranée. 
 
- C’est-à-dire ?
- Dans le protocole que nous avons signé avec François De Rugy, le 4 juillet, et qui a été confirmé, nous avions intégré la question de l’autonomie énergétique sur les transports, qu’ils soient routiers avec le développement de l’électrique ou maritimes. Le fait de travailler ensemble avec Renaud Muselier, d’associer nos efforts et de renforcer la synergie entre la Collectivité de Corse, la région Sud et les compagnies maritimes va donner à nos démarches, hier séparées, une dimension beaucoup plus forte. En mutualisant et connectant nos initiatives, nous nous donnons les moyens d'une vision globale qui permet des économies d’échelle et une efficacité renforcée pour porter ensemble des propositions face à l’Etat et à l’Europe.

Gilles Simeoni.
Gilles Simeoni.
- La région Sud va investir 30 millions € pour la mise en place du dispositif Zéro fumée et l’électrification des ports à quai. Quel est le coût pour la Corse ?
- Renaud Muselier parle d’une enveloppe globale. L’objet, aujourd’hui, pour nous, n’était pas de donner des chiffres, mais de définir une synergie et un cadre communs. Pour une raison simple : notre investissement intègre d’autres éléments, comme par exemple l’installation des scrubbers sur les navires dans le cadre de la Délégation de service public (DSP). Les scrubbers sont des filtres que l’on met sur les cheminées pour nettoyer les fumées des particules de soufre, comme l’exige la convention Marpol qui limite les émissions de soufre à 0,5 % en 2020. Le plan de Renaud Muselier prévoit d’octroyer des aides directes pour équiper les navires alors qu’en Corse, notre exigence de diminution des particules peut être, indirectement, financée dans le cadre de la DSP. Nous ne pouvons pas anticiper la proposition que feront les compagnies qui soumissionnent. L’idée est d’harmoniser nos positions pour ne pas financer deux fois le même équipement.
 
- Concernant l’électrification des ports à quai, qu’en est-il pour les ports corses ?
- L’électrification des navires à quai est un enjeu majeur dans les villes portuaires. La pollution générée par un bateau dont les moteurs tournent est l’équivalent de la pollution causée par 250 à 300 voitures. Bastia et Aiacciu ont un port en pleine ville, Marseille près des Quartiers Nord, on ne peut pas continuer comme cela à mettre en danger la santé des populations. On ne peut pas imaginer non plus que dans 3 ou 4 ans, un bateau parte de Marseille, où il serait alimenté à quai à l’électricité, arrive en Corse et reste 8 heures à quai en faisant tourner ses moteurs diesel. Pour Bastia, techniquement, l’électrification à quai ne pose pas de problème. Le coût est estimé à 2 millions €. A Aiacciu, les contraintes techniques sont importantes. 
 
- Dans ce cas, qu’allez-vous faire ?
- Nous comptons sur un amendement qui sera examiné dans le cadre du projet de loi sur la mobilité. Il vise à faire prendre en charge, à hauteur de 75% par EDF, ce type d’infrastructure. Il est, donc, important pour la Corse et pour la région Sud de porter ensemble ce projet pour mieux peser sur la politique de lutte contre la pollution qui va se déployer notamment sur la façade méditerranéenne. Nous l’avons acté, aujourd’hui, avec Renaud Muselier, mais aussi Christian Estrosi et Hubert Falco. Je retournerai, ensuite, devant les acteurs corses - les municipalités, les Chambres de commerce, les collectifs… - pour présenter cette feuille de route et leur donner les éléments qui concernent la Corse. J’ajoute que cette politique est basée sur la transversalité et que nous la déploierons avec la présidente de l’office des transports, Vanina Borromei, présente à mes côtés à Marseille, et les présidents de l’office de l’environnement et de l’agence de l’urbanisme.

- Qu’avez-vous acté d’autre ?
- Pour faire évoluer la flotte sur le moyen terme, la Corse dispose de l’instrument de la continuité territoriale. Cela représente, tous les ans, près de 89 millions € dont une partie est consacrée aux exigences en matière de développement durable. Nous devons obtenir de l’Europe la possibilité pour les compagnies maritimes de défiscaliser en partie leurs investissements sur le GNL (Gaz naturel liquéfié) afin de les inciter à investir. Nous aurons plus de chances d’obtenir des appuis et des financements européens si nous faisons cette demande à l’échelle de la région Sud, de la Corse, voire du Maghreb avec qui les liaisons maritimes sont également denses. 
 
- Envisagez-vous de discuter ensemble avec les compagnies maritimes ?
- Oui ! Les trois ports – Marseille, Nice et Toulon - totalisent 95 % du fret et 2/3 des passagers des liaisons maritimes de la Corse. L’essentiel du trafic maritime est assuré par les trois compagnies – Corsica Ferries, Corsica Linea et La Méridionale - qui se positionnent historiquement sur la DSP. Nous avons, donc, intérêt à faire évoluer en même temps l’ensemble du système portuaire et à discuter de façon concertée avec les compagnies pour les inciter à évoluer dans le bon sens. Ce sera d’autant plus convaincant pour l’Etat en termes de dispositifs fiscaux ou pour l’Europe en matière de soutien par des programmes spécifiques. C’est cette vision politique-là et cette logique de mutualisation que nous avons actées aujourd’hui ensemble pour la première fois. Nous allons la décliner sur une stratégie de court, moyen et long terme.
 
- C’est-à-dire ?
- Par exemple, les compagnies vont à moyen terme renouveler leur flotte et ont vocation à passer au GNL. Nous devons trouver des synergies pour accélérer la transition, définir les systèmes de financement et le calendrier… et même aller plus loin sur le transport par hydrogène. Comment mobiliser la recherche pour créer des prototypes avec des énergies nouvelles renouvelables qu’on produirait nous-mêmes dans un système autosuffisant ? C'est un challenge motivant que de chercher à positionner l'aire euro-méditerranéenne comme un territoire de coopération et d'innovation.
 
- Est-ce aussi une façon de rompre l’isolement dans lequel vous enferme le gouvernement ?
- C'est en tout cas une façon de démontrer que notre vision et notre projet politiques sont aux antipodes d'une logique de repli ou d'enfermement. L'accueil chaleureux, que nous ont réservé nos hôtes, et particulièrement le Président Muselier, puissance invitante, et les Présidents Estrosi et Falco, démontre que les convergences sont larges et fécondes. Tous les Présidents des régions de France et de nombreux élus locaux, portent une vision authentiquement décentralisatrice. Bien sûr, en ce qui nous concerne, nous voulons aller plus loin, avec une autonomie de plein droit et de plein exercice. Reste que nous avons la conviction partagée, avec Renaud Muselier, que la région Sud pour lui, la Collectivité de Corse pour moi, doivent exercer pleinement leurs compétences et qu'une coopération ouvre des pistes d'action efficaces. Il faut, donc, qu’au niveau de tous ces programmes - qu’il s’agisse de l’électrification, du durcissement de la réglementation en matière d’émission de substances polluantes ou encore de renouvellement de la flotte puisque ce sont les mêmes armateurs qui interviennent – nous parlions, chaque fois que possible, ensemble pour construire un système vertueux. 
 
- Quel est le deuxième niveau ?
- La vision méditerranéenne à laquelle je crois profondément. J’ai redit à Marseille qu’aujourd’hui, l’horizon méditerranéen est une utopie créatrice, un projet prometteur et salvateur, aux plans politique, économique et culturel. Et aussi, évidement en matière de transition écologique, de développent durable ou de lutte contre la pollution. La Méditerranée est une mer fermée et très exposée, on ne peut pas penser des politiques à l’échelle d’une région, d’une île ou d’une simple façade maritime. Cela serait voué à l'échec ! Enfin, Le troisième volet est notre volonté d’être très efficaces dans les réponses du quotidien. Par exemple : dans les villes portuaires en Corse et ailleurs, les gens s'organisent en collectif pour dénoncer les nuisances générées par  les bateaux de croisière, les bateaux de plaisance, les ferries et le trafic fret/passagers : ils respirent un air pollué, ils ne peuvent plus étendre leur linge, les vitres des appartements sont sales… Les grands changements de modèle passent aussi par des démonstrations concrètes. Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’agir pour changer cette situation. Nous devons le faire vite, et ensemble !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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