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Transports maritimes : Avis de tempête sur les ports de Porto Vecchio et de Propriano ?


Nicole Mari le Jeudi 9 Janvier 2020 à 15:27

L’Assemblée de Corse examinait, jeudi, en début de session, le houleux dossier de délégation de service public (DSP) de transport maritime sur les lignes entre Marseille et les ports de Portivechju et de Prupià. L’appel d’offres, lancé l’an dernier, ayant été jugé infructueux, l’Exécutif propose de le relancer en mettant en place une procédure d’urgence de trois mois pour assurer le relais. L’opposition, vent debout, a exprimé son incompréhension et, surtout, ses inquiétudes par rapport à l’impact sur la saison touristique dans l’Extrême-Sud et au manque de visibilité qui en découle pour les professionnels.



Port de commerce de Pruprià. Photo Michel Luccioni.
Port de commerce de Pruprià. Photo Michel Luccioni.
Session après session, le dossier du transport maritime continue - sans mauvais jeu de mots - de faire des vagues à l’Assemblée de Corse. Après les turbulences sur la création de la compagnie régionale en novembre dernier, c’est au tour de la délégation de service public (DSP) de transport maritime entre Marseille et les ports de Portivechju et de Prupià qui était, jeudi matin, sur la sellette. Rappelons que la DSP conclue avec le groupement Corsica Linéa-La Méridionale sur ces deux dessertes est arrivée à terme le 30 septembre 2019. Deux conventions ont été conclues pour une période transitoire à échéance du 31 janvier 2020. L’appel d’offres sur ces lignes ayant été jugé infructueux et classé sans suite, la présidente de l’Office des transports (OTC) et conseillère exécutive, Vanina Borromei, propose de relancer de nouvelles consultations pour une exploitation à partir du 1er mai prochain. Le problème est de combler le trou de trois mois entre ces deux dates. « Une procédure d’urgence est mise en œuvre. Nous allons solliciter les trois candidats qui se sont positionnés pour négocier avec eux un service sur la période allant du 1er février au 30 avril, le temps de nous permettre de relancer l’appel d’offres pour 6 mois. Il courra à partir du 1er mai dans l’attente de la SEMOP qui commencera le 1er janvier 2021 », indique-t-elle. Le troisième candidat étant Corsica Ferries.
 
De nouveaux besoins
L’argument invoqué pour cette période transitoire est la nécessité d'intégrer l’évolution des besoins, à savoir un nouveau besoin sur Portivechju de plus de 54 000 places pour les passagers et de +54% en fret, qui n’est pas pris en compte par la DSP actuelle. Ainsi qu’à l’inverse, la baisse de 30% des besoins en fret sur Prupià. « Il importe de répondre pleinement aux besoins nouvellement identifiés. Attribuer aujourd’hui les lots aurait pour conséquence de ne pas satisfaire à ces besoins et de fragiliser juridiquement les garanties de compensation de ce service. Ces arguments justifient le reclassement de la procédure et la relance d’une nouvelle procédure sur ces lots et sur la base de cette nouvelle analyse », précise Vanina Borromei. L’intérêt général est sa priorité, comme elle l’explique en vidéo à Corse Net Infos :


Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Crac, Boum, Hue
La longue plaidoirie, assez technique, de la présidente de l’OTC ne convainc pas l’opposition, qui, dans un chœur unanime, refuse de suivre l’Exécutif sur ce terrain-là. C’est le groupe Per L’Avvene qui ouvre le feu par la voix de son président, Jean-Martin Mondoloni : « Il faudra que vous nous prouviez que cela fait sens ». Il pose quatre questions sur quatre points saillants. « La première relève du principe de la curiosité : si chaque fois qu’on est alerté par un nouveau besoin, on doit déclarer infructueux un appel d’offres, où va-t-on ? ». Et d’ironiser : « Si vous étiez alerté sur un nouveau besoin à Ajaccio et à Bastia, reviendrez-vous sur la DSP en cours ? ». La deuxième question concerne l’éviction systématique de Corsica Ferries : « Dans le triptyque bleu-rouge-jaune, le jaune ne fonctionne jamais dans vos histoires, alors que la compagnie se positionne sur Porto Vecchio. Seriez-vous sujet à des problèmes de daltonisme sur la couleur jaune ? ». La troisième question porte sur la fréquence des procédures : « Du jamais vu dans cette assemblée ! Qu’est-ce qu’on fait pour le printemps ? On recommence ! ». Quatrième et dernière interrogation sur le sujet des économies : « Nous vous avons souvent félicités, mais c’est par concordance des temps que l’OTC a pu gérer des économies. 5,4 millions € HT pour 3 mois sur chacune des lignes, alors que les jaunes proposent 7,6 millions € sur l’année ! Où sont les économies dont la majorité nationaliste a jusqu’ici revendiqué la paternité ? ». Le groupe de droite, totalement opposé aux SEMOP, craint que « les réponses ne fixent les concours d’un modèle qui va faire Crac Boum Hue. Crac, parce que vous êtes à la limite d’un exercice qui ne passera pas l’obstacle des contentieux. Boum, parce que, conséquence des recours, tout ça finira par nous éclater à la figure financièrement. Hue, parce que ça ne fait avancer personne, ni la Corse, ni les transports, ni la Collectivité ».

Jean-Charles Orsucci. Photo Michel Luccioni.
Jean-Charles Orsucci. Photo Michel Luccioni.
Inquiétudes touristiques
Des questions, le groupe Andà Per Dumane s’en pose tout autant. Son président Jean Charles Orsucci prévient, d’emblée : « Nous ne pouvons pas soutenir l’Exécutif sur ce rapport ». Sa controverse concerne principalement l’impact de ces conventions provisoires et de l’incertitude qu’elles génèrent sur la saison touristique à venir et, de fait, sur l’économie de la Corse. « Défendre les entreprises, c’est défendre l’intérêt général. Aucune d’entre-elles aujourd’hui n’est en mesure de commercialiser des places de bateaux sur ces deux ports pour la saison 2020. C’est grave ! ». Faisant référence à la grève en cours à la Méridionale, il affirme : Nous sommes aux cotés de l’Exécutif pour éviter un nouveau conflit social ». Et l’invite « Au nom de l’intérêt général, à passer une convention avec La Méridionale pour sauver la saison 2020 et mettre en vente des billets dès maintenant ». S’il est pleinement conscient du risque contentieux, pour lui, le jeu en vaut la chandelle. « Pour avoir une saison touristique 2020 acceptable, qui est capitale pour nos territoires du Sud, nous devons prendre ce risque-là. La probabilité que ce nouvel appel d’offres débouche sur les mêmes résultats que l’ancien est telle qu’il faut prendre ce risque ».

François-Xavier Ceccoli. Photo Michel Luccioni.
François-Xavier Ceccoli. Photo Michel Luccioni.
Risques de déboires
Le risque juridique est, à l’inverse, la principale préoccupation de François-Xavier Ceccoli, élu du groupe La Corse dans la République. Il ne cache pas son inquiétude : « Ce que vous nous proposez s’assimile à un non-choix qui obéit à des pressions syndicales qui engagent, certes, le bien-être des personnels des compagnies, mais aussi la Corse en termes de passagers et de fret et fait resurgir le spectre de pénalités inévitables ». Ni son incompréhension : « Quand vous lancez une procédure, vous le faites en l’état des éléments que vous connaissez, il faut entre 6 mois et un an pour la mettre en œuvre et aboutir à un résultat. Qui pourrait vous faire le moindre grief si les choses ont changé dans ce laps de temps ? Au vu d’éléments susceptibles de n’être pas fondés, vous annulez la consultation. C’est très dangereux ! ». Pour lui, cette manière de faire peut interpeller en matière d’éthique : « On ouvre une boite de Pandore qui va amener sur chaque consultation un soupçon de probité, ensuite le risque de contentieux et enfin, le risque d’être condamné. Il y a de fortes chances que des condamnations suivent. Tout cela nous semble bien risqué ». Dernier point : l’enjeu financier. « Votre proposition va coûter beaucoup plus cher que laisser l'actuelle consultation aboutir et fonctionner ». Pour lui, rien ne justifie d’aller sur « un chemin nouveau qui risque de nous réserver de gros déboires ».
 
Un service assuré
La présidente de l’OTC tente de déminer le terrain et balaie les inquiétudes sur la période estivale : « Nous ferons tout le nécessaire pour que le service soit assuré ». Comme elle l'assure, à CNI, en vidéo :

Le dossier a été adopté avec les seules voix de la majorité territoriale, les deux groupes de droite ont voté contre, le groupe macroniste s’est abstenu.
Quoiqu’il en soit, l’année 2020 s’annonce très dense en matière de service public maritime. Outre la procédure d’urgence sur les lignes de Portivechju et de Prupià, les retours d’appels d’offres sur la création de la SEMOP, la société fondatrice de la future compagnie régionale, sont attendus le 14 février, leur divulgation en juillet prochain. Le contrat de concession devrait être attribué dans la foulée, pour une entrée en fonction au 1er janvier 2021. A partir de là, Vanina Borromei promet : « une période plus stable pour les transports maritimes ». Affaire à suivre...
 
N.M.


















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