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Rencontre entre Gilles Simeoni et Jean Castex : Rien de nouveau, l’inquiétude demeure


Nicole Mari le Jeudi 28 Octobre 2021 à 18:48

Lors de la session de l’Assemblée de Corse, jeudi matin, le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, a dévoilé le contenu de sa rencontre, la veille à Paris, avec le Premier ministre, Jean Castex. Une rencontre, qui fait suite à un précédent entretien en septembre avec le Président de la République, et qui est présentée par l’Etat comme s’inscrivant dans la préparation d’une venue du Premier ministre en Corse d’ici à la fin de l’année. Gilles Simeoni a redit les mêmes attentes récurrentes de la Corse, Jean Castex s’est contenté de prendre note. Rien de nouveau ! L’inquiétude demeure.



Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.

Une nouvelle rencontre, pourquoi ? C’est la question que l’on ne peut s’empêcher de se poser en écoutant le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, relater devant les conseillers de l’Assemblée de Corse, sa rencontre de la veille avec le Premier ministre, Jean Castex. Une discussion, comme il y en a eu tant depuis 2017, et qui se conclut sur un « Je prends note ! ». Que ce soit l’actuel locataire de Matignon ou son prédécesseur, l’attitude est la même : une écoute qui s’affiche comme attentive, mais qui ne solde rien et ne propose même pas un début d’avancée. Personne n’ignore que toute décision est dans la main de l’Elysée. Alors pourquoi cette rencontre ? Elle fait immédiatement suite à un entretien entre le président de l’Exécutif corse et le président de la République, qui s’est tenue en marge de la rencontre avec les présidents de région en septembre dernier. Elle est présentée comme une préparation de la venue de Jean Castex dans l’île avant la fin de l’année. Une venue probable, mais pas certaine, et que le gouvernement voudrait réussir, distillant, depuis l’été dernier, à travers les déclarations d’élus LREM en vacances sur le sol corse, sa volonté d’avancer sur certains sujets. 

Des raisons troubles
Une volonté qui ne transparaît guère dans l’attitude du représentant de l’Etat dans l’île qui, elle, n’a pas vraiment changé d’un iota envers le pouvoir nationaliste, malgré un adoucissement de forme. Pas plus que dans la réaction gouvernementale aux dernières demandes des parlementaires insulaires qui continuent de se heurter à une fin de non recevoir. Les dernières en date concernent la responsabilité de l’Etat dans le contentieux de la Corsica Ferries, le refus de rapprochement de Pierre Alessandri, en violation totale de la loi, ou encore la lutte contre la spéculation foncière et immobilière. De quoi donc laisser plutôt dubitatif ! Surtout qu’on ne comprend pas bien pourquoi ce gouvernement ultra jacobin changerait, d’un coup, son logiciel envers la Corse et pour quelle raison, la question corse, dont l’existence même était niée jusqu’à présent, deviendrait d’actualité ! A moins de considérer qu’à quelques mois des élections présidentielles et surtout législatives, d’autres motifs entrent en jeu. Le parti présidentiel, qui n’a aucune assise en région et n’en a gagné aucune lors des territoriales de juin dernier, est en recherche d’alliés. Les Nationalistes, qui ont raflé deux tiers des suffrages dans l’île avec un taux de participation à faire pâlir d’envie les autres territoires, se retrouvent, dans cette optique, très courtisés. Ce n’est pas pour autant qu’ils seront écoutés !

Gilles Simeoni, Paul-Félix Benedetti et Nanette Maupertuis. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni, Paul-Félix Benedetti et Nanette Maupertuis. Photo Michel Luccioni.
Une solution politique
« Cette réunion était prévue dès le lendemain des élections territoriales, elle est d’ordinaire la règle », explique avec circonspection le président de l’Exécutif corse. « Je n’en ai pas fait écho parce que, par expérience, je sais que la divulgation en amont ne fait que paralyser les échanges que l’on peut avoir ». La fuite émane de toute apparence du gouvernement qui poursuit sa stratégie de communication pas si positive qu’il le voudrait. Qu’a-dit Gilles Simeoni ? « Rien d’autre que ce que j’avais déjà exposé au Président de la République et au Premier Ministre et que ce que je dis sans discontinuer depuis décembre 2015, fidèle aux engagements que j’ai pris devant les Corses en 2015, 2017 et 2021. Il n’y a rien d’innovant. J’ai, de nouveau, affirmé notre volonté de dialogue, qui n’a jamais failli, et l’espoir que ce mandat sera celui de la construction partagée d’une solution politique, ce qui passe par des gestes de nature politique, institutionnelle, économique et sociale ». L’important, ajoute-t-il, est de poser un cadre. Il précise que, sans énumérer tous les problématiques, il en a exposé un certain nombre : « La première, comme toujours, est celle du rapprochement des prisonniers. De ce point de vue, j’ai été très clair : cette question doit être réglée au plus vite, selon les modalités que nous avons votées ensemble. Une deuxième urgence concerne le paiement des 80 millions d’euros à la Corsica Ferries, et les problèmes qui en découlent : le principe même du service public maritime qui est aujourd’hui battu en brèche par la Commission européenne ». L’Etat n’a pas répondu à la question. La ministre Jacqueline Gourault a annoncé, ce jeudi matin, à l’Assemblée nationale que l’Etat était disposé à demander un étalement du paiement de l’amende, mais pas de payer tout ou partie de la somme.  « Ce n’est pas envisageable ! J’espère que ce n’est que le début des discussions », renchérit le président Simeoni qui ne démord pas de ses positions. 

L’enjeu de la visite
D’autres points ont été rapidement évoqués : la question du PTIC, de l’énergie, des déchets, de la place de la Corse dans la Méditerranée... « Nous avons besoin de savoir si l’Etat partage notre analyse et va nous accompagner dans la politique en faveur du maritime, de l’énergie, de la langue, de la montagne,… ». Pour Gilles Simeoni, la venue du Premier ministre en Corse n’a de sens que si elle est l’occasion d’ouvrir un nouveau cycle des relations entre la Corse et Paris. « Nous devons trouver les voies d’un dialogue très large qui doit inclure toutes les forces nationalistes, mais aussi toutes les forces politiques de l’île. La question, que j’ai posée, sans obtenir de réponse : « Avez-vous la volonté politique de tourner la page de 50 ans de conflit et d’ouvrir un nouveau cycle avec la Corse ? Nous restons persuadés qu’il y a un peuple et qu’il a des droits, qu’il doit trouver les voies d’exercer ses droits. En ce qui nous concerne, ils ne peuvent s’exercer que dans un statut d’autonomie. Le Premier Ministre devra dire : si oui ou non l’Etat veut s’inscrire dans le recherche d’une solution politique. C’est pour moi l’enjeu fondamental de cette visite ».

Une forte inquiétude
C’est peu dire que l’absence totale de réponse du Premier ministre à chacun des sujets évoqués est une déception pour l’Exécutif, il est aussi une source d’inquiétude et d’incompréhension. La présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, l’exprime sans détour : « Je suis assez déçue. La discussion a eu lieu et doit continuer. Mais la façon dont on traite la représentation démocratique en Corse est très singulière et très problématique et ne laisse pas présager des échanges fructueux. J’espère que cela va changer, que ce ne sera pas un vœu pieux et que les réponses seront à la hauteur des attentes de la jeunesse et de ce peuple ». L’inquiétude également de Core in Fronte qui avoue aussi sa perplexité sur la question des prisonniers : « Est-on de la part du gouvernement sur des positions de blocage, sur de la langue du bois ? Le Premier ministre va-t-il nous écouter ? On ne l’a pas interpellé, comme il le dit, mais on l’a sollicité. Accepte-t-il de nous recevoir ? Allons-nous être obligé de l’invectiver ou pourrons-nous porter le problème avec sérieux. Quel est votre sentiment, Mr le président ? », interroge Paul-Félix Benedetti. « J’ai parlé au Premier ministre avec ma nationalité et avec mon cœur », répond Gilles Simeoni. « Je lui ai dit ce que nous sommes et d’où nous venons ensemble, ce qu’il s’est passé dans cette île depuis deux siècles. Les drames et les injustices en Corse ne se résument pas au 6 février 1998. La Corse a prouvé par ses votes qu’elle aspire à la justice et à une solution politique ». Une solution, martèle-t-il, qui « ne laisse aucun problème, ni personne de coté. Sans quoi, on ne s’en sortira pas ! ». Si pour lui, le temps n’est plus aux atermoiements ou aux faux-semblants, il se montre plutôt pessimiste : « Je suis inquiet comme vous, parce que je vois où nous sommes en train d’aller, et sur quel chemin funeste, si l’Etat ne répond pas à cette question politique ». Il appelle l’Assemblée à œuvrer ensemble.

Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Jean-Martin Mondoloni. Photo Michel Luccioni.
Contribuer à la solution
L’opposition de droite estime, pour sa part, « de bon augure » cette entrevue avec le premier ministre. « La discrétion à bien des égards peut être un gage d’efficacité », déclare Jean-Martin Mondoloni. « Sur le fond, nous faisons face à l’amplitude océanique des problèmes qui minent notre collectivité. De quoi s’agit-il ? De faire suite aux délibérations votées ici à l’unanimité. Quand il y a consensus, il faut pouvoir trouver un écho ». Il revient sur les séquences d’urgence, notamment le contentieux maritime : « Nous avons toujours dit qu’il fallait ouvrir une discussion sur une mise au pot pour sortir de cette difficulté qui va plomber toutes les politiques sectorielles. Pas par optimisme béat, pas parce que nous serions des suppôts de l’État, comme nous sommes si souvent caricaturés à l’extrême. Nous voulons croire qu’étaler la dette est un premier signal au support duquel il faudra discuter. Mais ce n’est pas recevable en l’état ! Soit on considère qu’on est pleinement responsable et on doit l’assumer pleinement. Soit nous sommes co-responsables et il y a une piste à explorer. Nous voulons l’explorer ensemble ». Le ton est plus prudent concernant la solution politique. « On ne peut pas nier qu’il y a un problème politique. S’il y a bien une chose que nous avons en partage, c’est de délivrer une promesse d’avenir qui soit recevable pour les jeunes Corses. Nous voulons contribuer à une solution qui installe de façon pérenne des relations avec l’État non plus conflictuelles, mais fertiles au bénéfice de la Corse ». Il réaffirme la volonté de son groupe de concourir à l’émergence d’une solution. « Nous voulons contribuer lorsque des discussions s’ouvriront, sur le registre de l’humanité, du droit, des séquences matérielles et économiques, qui ne peuvent pas être minorées. Et sur le registre politique, à faire en sorte qu’avec l’État, nous arrêtions d’être solidaires devant l’échec, qu’une page se tourne afin qu’à l’avenir, nous soyons solidaires devant la réussite ».

N.M.





















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