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Récolte en chute libre : l'abeille et le miel corse en sursis


Pierre-Manuel Pescetti le Dimanche 17 Octobre 2021 à 21:01

Cette année encore, la récolte des 160 apiculteurs de l'AOP Miel de Corse n'a pas été miraculeuse. Malgré l'augmentation du nombre de ruches et d'apiculteurs, la production baisse. Une situation qui inquiète les professionnels de la filière et fait l'objet d'études scientifiques et techniques depuis le début de l'année pour comprendre le phénomène et le solutionner.



Plus les années passent et plus les abeilles corses ont du mal à produire du miel. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Plus les années passent et plus les abeilles corses ont du mal à produire du miel. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti


« Catastrophique ! » Denis Casalta, apiculteur et président de l’AOP Miel de Corse, ne mâche pas ses mots. S’il trouve parfois des nuances en fonction des microrégions, il est formel : en général, la récolte de miel corse est mauvaise en 2021.

Sécheresse, cynips, floraison insuffisante, changement climatique, parasites, qualité de l’air. L’abeille corse et la filière apicole sont en danger et les causes sont tout aussi nombreuses qu’énigmatiques.

Vingt kilos pour vivre

L’année dernière, la récolte du miel de printemps a été désastreuse. 70 % des apiculteurs en AOP ont récolté … 0 kilos. Aucun surplus n’a pu être extrait. La situation met en grand danger les professionnels du secteur. « Les études montrent qu’il faut qu’une ruche produise au minimum 19 kilos de miel par an pour être rentable. À partir de 20 kilos, l’apiculteur peut commencer à se verser un salaire », précise Denis Casalta. Cette année, la moyenne était plutôt située entre 0 et 10 kilos par ruche là où auparavant elle pouvait atteindre 40 kilos certaines années.
« Ça devient utopique de s’installer pour un jeune »

De quoi décourager les plus téméraires. « Je ne vois pas comment maintenir une exploitation qui ne produit pas de miel », se questionne Denis Casalta. L’apiculteur d’Ocana s’inquiète pour la relève et l’avenir de la filière. Comment attirer les plus jeunes dans un parcours professionnel en perdition ? Pour le président du syndicat, « ça devient utopique de s’installer pour un jeune ».

Plus de ruches mais moins de miel

« Nous voyons les miellées s’effondrer depuis 2008 et sommes passés de 360 tonnes récoltées à 240 l’année dernière », s’inquiète l’apiculteur. Le phénomène n’est pas nouveau mais empire d’années en années. Constat fait chiffres à l’appui.

Jennifer Mejean travaille au syndicat AOP miel de Corse depuis 14 ans. Chaque année elle recense la production et la voit chuter. « La dernière grosse année de production est 2015 pendant laquelle les apiculteurs ont produit 345 tonnes de miel AOP. Puis ça chute », explique-t-elle.  De 2018 à 2020, 247 tonnes ont été produites, puis 246 et enfin 240. « Ça parait peu mais il faut surtout le comparer à l’augmentation du nombre d’apiculteurs », interpelle la coordinatrice du syndicat.

En 2019, 138 apiculteurs professionnels faisaient parti de l’AOP Miel de Corse contre 146 en 2020 et 160 en 2021. La situation frôle l’absurdité : « il y a de plus en plus de ruches, de plus en plus d’apiculteurs toujours mieux formés mais la production continue de chuter », constate Denis Casalta.

Plusieurs causes parfois encore inconnues

Changement climatique, mauvaise floraison, sécheresse. Les causes sont multiples. Certaines sont connues comme le cynips. En attaquant les châtaigniers, il diminue leur floraison. Les abeilles n’ont plus de quoi butiner. Le parasite varroa destructor est également dans la ligne de mire des professionnels du miel. Ce parasite originaire d’Asie du Sud-Est est mortel pour les abeilles et se multiplie plus vite avec la chaleur. Il est pourtant présent depuis de nombreuses années et un traitement existe. Ange Bianchini, responsable technique des filières animales à l’ODARC, explique « qu’un traitement alternatif est déjà en place pour que le parasite ne s’habitue pas. Il n’est qu’une des causes de la chute de la production et de la baisse de population des abeilles corses ».

Pour faire toute la lumière sur le problème, début 2021, un Comité Scientifique et Technique Apicole (CSTA) a été mis sur pied. Il intègre plusieurs acteurs de premier plan dont l’université et l’office de l’environnement et a pour mission de réaliser des études pour quantifier et nommer les causes tout en proposant des solutions. Coanimé par l’ODARC et le syndicat AOP Miel de Corse, le CSTA base sont travail sur trois axes : le suivi des floraisons, le savoir-faire et les pratiques apicoles ainsi que la cohabitation avec d’autres types d’agricultures et les autres activités humaines.

« Peut-être faudra-t-il changer nos méthodes pour s’adapter au changement climatique et autres problématiques », s’interroge Denis Casalta.
Seule certitude, si l’abeille corse disparaît, la pollinisation deviendra impossible. Au-delà des aspects économiques et professionnels, les apiculteurs défendent avec force leur petit compagnon de travail aux stries noires et jaunes sans qui, aucune vie ne serait possible.





















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