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Raymond Ceccaldi, président des Restos du Cœur : De la fonction publique à l’humanitaire


Rédigé par José Fanchi le Jeudi 13 Décembre 2018 à 17:03 | Modifié le Jeudi 13 Décembre 2018 - 17:02


Donner un coup de pouce aux plus démunis tout au long de l’année mais surtout pendant la période la plus critique, à savoir de décembre à mars. En Corse, plus de 4 000 personnes ont ainsi bénéficié de l'aide des Restos du cœur, qui ont distribué près de 500 000 repas. La campagne d’hiver vient de commencer. Le point avec Raymond Ceccaldi, le nouveau président


Le nouveau président des restaurants du coeur de Corse-du-Sud,Raymond Ceccaldi
Le nouveau président des restaurants du coeur de Corse-du-Sud,Raymond Ceccaldi
Lait, boîtes de conserve, pâtes, yaourts, frigos, congélateurs, les étagères sont pleines et les bénévoles vaquent à leurs occupations. La grande salle ressemble à une ruche où chacun s’affaire. Dans le petit matin frisquet, la salle a fait le plein. Le café est servi et réchauffe le cœur. Comme chaque hiver, les centres des Restos vont ouvrir quotidiennement ou plusieurs fois par semaine et distribuer des denrées aux familles en difficulté.


L’idée d’un mec était bonne…
« Quand il y a des excédents de nourriture et qu’on les détruit pour maintenir les prix sur le marché, on pourrait les récupérer et on essaierait de faire une grande cantine pour donner à manger à tous ceux qui ont faim. J’ai une petite idée comme ça, si des fois il y a des marques qui m'entendent, s'il y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer à faire à Paris et puis qu'on étalerait dans les grandes villes de France, nous on est prêts à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto qui aurait comme ambition au départ de servir 2 000 à 3 000 repas par jour gratuitement … »
Cette réflexion est de Coluche, mais au préalable, c’est Balavoine qui lance l’idée en 1983. Sans résultat. Deux années plus tard, Coluche en remet une couche et cette fois les « Resto du Cœur » sont créés. Le parrain ? Balavoine bien sûr !
En 1985/1986,  plus de 8,5 millions de repas sont distribués par 5 000 bénévoles à travers la France. 
33 ans plus tard, lors de la campagne d’hiver, [ 136 millions de repas sont distribués par plus de 70 000 bénévoles [] à 900 000 bénéficiaires à travers 2 000 centres d’accueil.
Que de chemin parcouru. Que d’élan du cœur distribué à foison à travers cette France qui se cache, privée du strict nécessaire et qui bien souvent rase les murs pour ne pas susciter la pitié ! Mais la faim est tenace et fini toujours par supporter le regard de l’autre. C’est bien mieux ainsi. Et ça marche. Le projet de 85 tient parfaitement la route… []


Les phases de la vie
Depuis peu, Raymond Ceccaldi a pris le relais d’Isabelle Torre, cette dynamique femme de terrain qui a administré l’association de Corse-du-Sud avec rigueur et détermination. Elle a assuré la présidence et apporté autant d’aide que d’amour au cours de ces dernières années. Elle vient de céder le relais à Raymond Ceccaldi, lui-même membre des Restos depuis quelques années. Il entend poursuivre cette mission dans la même voie, vers le même succès auprès des plus démunis.


- Pourquoi avoir accepté de prendre la barre ?
« C’est une des phases de ma vie et celles-ci se développent avec l’âge. Lorsque nous avons pris notre retraite avec mon épouse, il y a une dizaine d’années, nous avions déjà décidé de consacrer un peu de notre temps à d’autres. Au départ c’était une idée de ma femme de venir participer au travail des Restos du Cœur. Elle est décédée entre temps et j’ai tout simplement pris sa place. Lorsque je suis arrivé, j’ai été très surpris. Je ne m’attendais pas à trouver une aussi solide organisation. Je m’imaginais dans le monde de Coluche, un comptoir et la distribution de vivre. J’ai vu une grosse organisation, beaucoup de monde qui travaillait avec sérieux et méticulosité, des structures bien en place, et je me suis intégré dans cette organisation. J’ai commencé par apprendre, regarder, écouter, agir et en quelques années, j’ai beaucoup appris, raison pour laquelle, cette année, on m’a proposé ce poste de responsable. »


- Votre analyse ?
« Je connais parfaitement tous les rouages, je me suis bien intégré et je me fais régulièrement cette réflexion de savoir que la misère, tout le monde en parle. Les chiffres sont là pour le montrer, que la Corse est la région la plus pauvre, et je me rends compte au fil des mois et des années que la misère est bel et bien là, on la voit, on la touche de près, et l’on se rend aussitôt compte que cette misère c’est autre chose que des chiffres. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants. Il n’y a pas un cas qui ressemble à un autre. Il n’y pas un pauvre qui ressemble à un autre pauvre. Je m’aperçois qu’aux Restos du Cœur, on se débrouille pour traiter tout le monde de façon équitable. C’est là que j’ai véritablement découvert la structure  qui est nationale et déclinée au plan local. On prend la misère telle qu’elle est et non pas telle qu’elle est décrite. »


Ce sont des accidentés de la vie…
Raymond Ceccaldi traverse la grande salle d’accueil, salue les uns, s’entretient avec d’autres, glisse un mot à l’oreille de ce vieil homme digne, on comprend facilement qu’il s’est totalement investi dans sa mission et se sent très à l’aise dans ses nouvelles fonctions, jusqu’à encourager les plus discrets, ce qui n’osent pas encore franchir le pas pour venir chercher ce qui est offert avec le cœur.
- Il existe encore beaucoup de personnes qui hésitent à franchir le pas ?
« Malheureusement oui ! La plupart des gens sont des accidentés de la vie, des cas particuliers pour lesquels ce n’est jamais facile de venir demander quelque chose. La démarche est difficile. Ils viennent ici parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement, ils sont contraints. C’est la raison pour laquelle les Restos sont basés sur l’accueil, le conseil, mieux les connaître, les traiter. Il faut leur faciliter la vie. »


- La fréquentation augmente toujours autant ?
« Nous avons ouvert la saison il y a peu. Lors des quinze premiers jours, à Ajaccio, 291 familles sont venues pour s’inscrire, ce qui représente environ 4260 repas servis, mais ce n’est que le tout début de l’hiver. Ce chiffre va certainement augmenter à 450 familles au minimum, légèrement plus que l’an dernier, mais il faut compter aussi avec l’ensemble du département et l’intérieur. »


- Certains parviennent à s’en sortir ?
« Aux Restos du Cœur, qu’il s’agisse des bénévoles ou des bénéficiaires, tout le monde  s’inscrit tous les ans. Lorsque la saison est terminée, tout est effacé. Les bénévoles, pas de problème, on se connait tous et tout se passe le plus normalement du monde. On retrouve tous les ans une partie des bénéficiaires de la saison précédente, mais pas tous. Certains s’en sortent, c’est vrai, d’autres s’en vont ailleurs, changent de statut, trouvent du travail et marquent une pause. Les chiffres évoluent certes, mais pas forcément avec les mêmes. Certains en revanche fréquentent les Restos depuis une bonne quinzaine d’années. C’est une minorité et on sait que pour ceux-là, l’insertion professionnelle c’est terminé. Il ne faut pas oublier que la moitié de nos bénéficiaires ont moins de 25 ans et une année sur l’autre, ils arrivent à se débrouiller, à trouver un emploi… »

- Votre bilan après trois années au sein de l’association ?
«Le bilan est que la société va mal, il y a beaucoup de misère mais aussi et surtout beaucoup de solidarité qui se met en place grâce aux bénévoles qui donnent le meilleur d’eux-mêmes. Cette année, nous allons dépasser la centaine de bénévoles et je trouve cela réconfortant. Après trois années passées sur place et sur le terrain, je me suis rendu compte que beaucoup d’entre nous s’investissement pleinement et le travail se fait dans les meilleures conditions. Il faut savoir qu’aux Restos, aujourd’hui ça fonctionne très bien. Sur les deux jours de distribution, le mardi et le jeudi, nous accueillons de plus en plus de familles et cela se déroule fort bien, tout est en place, chacun à sa tâche et la distribution de la part des grandes surfaces se déroule selon des critères bien établis. On ne peut que s’en féliciter. »
Raymond Ceccaldi est un actif, comme il l’a été dans la fonction publique à ses débuts, dans le privé ensuite, dans la bureautique et à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Corse-du-Sud. Il a mené sa carrière avec excellence et poursuivi dans l’humanitaire comme il s’était juré de le faire, en accord avec son épouse aujourd’hui disparue. Plein d’usage et raison.
J. F
 





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