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Plage de Lava : faute de sauveteurs, la baignade ne sera plus surveillée cet été


Patrice Paquier Lorenzi le Dimanche 5 Juillet 2026 à 11:35

C'est une situation inédite depuis plus de vingt ans. La commune d'Appietto a annoncé que la plage de Lava ne bénéficierait d'aucun dispositif de surveillance durant l'été 2026. En cause : le retrait du SIS de Corse-du-Sud, qui refuse de renouveler la convention après les incidents survenus l'été dernier entre certains exploitants d'activités nautiques et les sapeurs-pompiers. Malgré plusieurs mois de recherches, aucune solution alternative n'a pu être trouvée.



(crédit photo : facebook du SIS 2A)
(crédit photo : facebook du SIS 2A)

Les habitués de la plage de Lava devront redoubler de prudence cet été. Dans un communiqué, la commune d'Appietto a annoncé qu'elle ne serait pas en mesure d'assurer la surveillance de la plage durant toute la saison estivale. « Pour des raisons totalement indépendantes de sa volonté, la commune ne dispose pas, pour l'été 2026, de personnels assurant la surveillance de la plage de Lava, et ce malgré ses nombreuses recherches », explique la municipalité, qui appelle les usagers « au respect strict des règles de sécurité » et leur demande de « proscrire toute baignade en cas de mauvais temps, du fait des courants pouvant être extrêmement dangereux ». À l'entrée de la plage, de grands panneaux rouges préviennent désormais les vacanciers : « Baignade non surveillée », rappelant que chacun se baigne désormais à ses risques et périls.
 

Des tensions avec certains prestataires à l'origine du retrait du SIS

Derrière cette décision se cache une situation qui s'est progressivement dégradée au cours des deux dernières saisons. Premier adjoint au maire d'Appietto, Christian Garrido explique que la commune travaillait, depuis une vingtaine d'années, avec le Service d'incendie et de secours de Corse-du-Sud (SIS 2A), qui mettait à disposition des sapeurs-pompiers spécialisés dans la surveillance des baignades. Mais les relations se sont fortement tendues avec certains bénéficiaires d'autorisations d'occupation temporaire (AOT), notamment les exploitants d'activités nautiques motorisées. « Les sauveteurs étaient là pour faire respecter les règles de sécurité, les chenaux d'accès, les limitations de vitesse des jets-skis. C'est parfois contraignant pour les professionnels, mais la sécurité des usagers reste la priorité absolue », souligne l'élu.
 

Selon lui, les désaccords ont progressivement dégénéré. « Le climat relationnel s'est dégradé au fil du temps. Il y a eu des tensions verbales, voire physiques. Les pompiers ont été amenés à signaler par écrit à leur hiérarchie qu'ils avaient été agressés verbalement dans l'exercice de leurs missions. » Face à cette situation, le SIS a informé la commune, au mois de mai, qu'il ne reconduirait pas la convention pour l'été 2026.
 

Toutes les pistes explorées, sans succès

La municipalité assure avoir immédiatement cherché une solution de remplacement. La SNSM a été sollicitée, sans succès. « Il nous a été indiqué qu'il valait peut-être mieux laisser passer une année avant de revoir le dossier », explique Christian Garrido. Parallèlement, la commune a lancé une campagne de recrutement de BNSSA (Brevets nationaux de sécurité et de sauvetage aquatique). Quelques candidatures sont bien arrivées, essentiellement de jeunes venus du continent. Mais leur recrutement s'est rapidement heurté à des difficultés d'hébergement et d'organisation. « Pour assurer correctement la surveillance de Lava, il faut trois sauveteurs présents quotidiennement et un quatrième en renfort lorsque la mer est mauvaise », précise le premier adjoint. Une réunion a également été organisée en préfecture avec l'ensemble des services concernés par les problématiques du littoral afin d'examiner les solutions possibles.
 

Une plage particulièrement exposée

Si la décision inquiète autant les élus, c'est que la plage de Lava présente des caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible. Lorsque le vent se lève, d'importants rouleaux se forment et les courants deviennent puissants, comme sur la plage de Capo di Feno. En temps normal, les sauveteurs installent un balisage, délimitent les zones de baignade et orientent les usagers vers les secteurs les plus sûrs. Ils assurent également une surveillance en mer grâce à un zodiac et interviennent régulièrement auprès des plaisanciers et des pratiquants de sports nautiques afin de faire respecter les chenaux et les limitations de vitesse. Or, cette année, aucun balisage ne sera installé.
 

À cela s'ajoute un trafic important d'embarcations motorisées et une zone de mouillage fréquentée par les bateaux de plaisance et de pêche, autant d'éléments qui renforcent les inquiétudes de la municipalité. Consciente des risques, la commune a renforcé la signalisation et multiplié les messages de prévention. Mais Christian Garrido ne cache pas son inquiétude. « Nous espérons sincèrement qu'il ne se passera rien. Si une personne est gravement blessée ou qu'un accident survient, tout le monde se tournera vers la commune. Pourtant, aujourd'hui, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. »
 

Selon l'élu, le directeur de cabinet du préfet doit prochainement se rendre sur place afin d'évaluer la situation. En attendant, les vacanciers devront composer avec une plage dépourvue de poste de secours, de sauveteurs, de balisage et de drapeaux de baignade. Une situation inédite à Lava, qui place plus que jamais la prudence et la responsabilité individuelle au cœur de la saison estivale.