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Pascal Bèfre, Grand Maître de la GLTSO, en visite à Bastia : “La franc-maçonnerie, c'est essayer de rendre la société meilleure”


Léana Serve le Vendredi 12 Juin 2026 à 07:55

À l'occasion de la création d'une nouvelle loge maçonnique à Bastia, Pascal Bèfre, Grand Maître de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra depuis son élection au mois d’avril, est en déplacement en Corse cette semaine. Entre transmission, engagement citoyen et quête de sens, il revient sur les valeurs portées par son obédience, l'ancrage historique de la franc-maçonnerie sur l'île et l'intérêt croissant que suscite encore aujourd'hui cette démarche auprès de nouvelles générations.



Pascal Bèfre, Grand Maître de la GLTSO, en visite à Bastia : “La franc-maçonnerie, c'est essayer de rendre la société meilleure”

Vous venez à Bastia pour la création d’une nouvelle loge maçonnique au sein de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. Qu’est-ce que cette obédience ?

La Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra existe depuis 1958. Nous sommes une scission de la Grande Loge Nationale Française, qui existe toujours, et nous sommes aujourd’hui 4 200 hommes, pour 248 loges. Il y a une liberté de penser totale, mais nous ne parlons ni de politique ni de religion, parce que l’obédience a été créée pour que les frères puissent se rencontrer et arrêter de parler de politique et de religion. Mais même si on ne parle pas de politique, nous sommes très investis dans la société, parce que quand on entre en maçonnerie, c'est quand même pour améliorer la société, essayer de la rendre meilleure et de lui rendre ce que la maçonnerie nous a donné, c’est-à-dire des valeurs d'écoute notamment, parce que de nos jours, on s'entend mais on ne s'écoute pas vraiment. On essaie aussi de ne pas être dans le jugement, et d’être modérés dans notre vision des choses. Et d’ailleurs, vous remarquerez qu’il n'y a pas le mot « national » ou « français » dans le nom, parce que nos fondateurs voulaient qu'il y ait une vision universelle et que nous soyons un refuge pour tous ceux qui voulaient travailler avec nous, sans exclusion.
 

Qu’est-ce qui a motivé l’implantation d’une nouvelle loge à Bastia ?

Nous avons des frères un peu partout, nous avons notamment des loges à Bastia, et des frères ont voulu créer une nouvelle loge pour se développer. Il y a eu une proposition qui a été votée lors du convent, c’est-à-dire l'assemblée générale de l'association qui a lieu une fois par an, et comme elle a été votée, je viens à Bastia pour la consacrer. Nous avons huit loges en Corse, et il s’agit de la neuvième.
 

Quelle est aujourd’hui la place de la franc-maçonnerie en Corse ?

La Corse est une terre de maçonnerie depuis toujours. Il faut savoir que Pascal Paoli était franc-maçon, il avait des notions d’égalité, de liberté, de tolérance qui se sont retrouvées dans sa Constitution, qui a ensuite inspiré la Constitution américaine. La nation corse est une nation vraiment empreinte de l'esprit maçonnique, et je trouve ça passionnant parce qu’il y a une identité et une culture extrêmement fortes, et une ouverture d’esprit qui m’a toujours épaté. Vraiment, les valeurs maçonniques sont toujours présentes.
 

Que signifie être franc-maçon en 2026 ? Que viennent chercher les membres aujourd’hui en rejoignant la franc-maçonnerie ?

En général, ils viennent chercher le fait de donner du sens à leur vie. Très souvent, ils sont dans une solitude, et ils viennent chercher le fait de travailler avec un groupe. Et le sens, c'est d'essayer justement d'avoir un impact différent peut-être autour de soi en travaillant sur soi et avec les valeurs que l'on transmet par différents rites. Ça a un impact par exemple dans leur investissement, soit en politique, soit dans des associations, etc. Ils viennent vraiment pour essayer de se transformer et de faire bouger les choses aussi. Et ceux qui entrent par curiosité finissent par partir d’eux-mêmes à un moment donné.
 

De manière plus personnelle, qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager dans la franc-maçonnerie et qu’est-ce que cela vous apporte au quotidien ?

J'ai toujours voulu être franc-maçon, du plus loin que je me souvienne. Ça m'a toujours attiré, et je suis rentré il y a 34 ans. Ce qui m'a toujours attiré, c'est ce côté du travail en commun et ce travail de spiritualité. C'est là que je me suis vraiment épanoui, parce qu'au-delà des hommes, on pouvait se permettre de dire ce qu'on pensait, et en face, ils pouvaient se permettre de nous dire qu’on faisait fausse route pour telle et telle raison. Ils vous donnaient des chemins, par leur expérience, que vous pouviez prendre pour progresser vous-même. C'est ça qui m'a toujours intéressé. Ça m'a permis d'aller plus loin.
 

Votre obédience évoque des principes comme la bienfaisance ou l’exemplarité. Comment cela se traduit-il concrètement dans la vie d’une loge ?

À partir du moment où vous travaillez sur la spiritualité, vous avez un sens de ce que vous devez à l'autre. Vous reconnaissez que la personne en face, c'est déjà votre frère ou votre sœur, mais on vous explique aussi dans les loges que vous devez porter parmi les autres hommes les vertus dont vous avez promis de donner l'exemple. C'est notamment le fait d’aller vers les autres, vers les plus démunis, on a un devoir vis-à-vis d'eux. Dans la loge, on s’occupe des anciens, on ne les laisse pas tomber, c'est très important. Quand il y a des problèmes au niveau des familles, on les aide, parfois financièrement. Par exemple, nous avons un frère qui est décédé il n'y a pas longtemps, sa femme ne pouvait pas assumer les études des trois enfants, alors on prend en charge les études des trois enfants jusqu'à ce qu'ils aient leur diplôme. Un autre exemple, vous voyez un sans abri dans la rue, vous pouvez aller le voir, lui adresser un peu la parole, ça lui permet de croire un petit peu plus en la société, en l'être humain, et ça permet de lui redonner un petit peu d'espoir.
 

Vous évoquez aussi l’instruction, l’éducation et la formation du citoyen. Quel rôle la franc-maçonnerie peut-elle jouer dans cette perspective ?

Il y a un échec au niveau du sentiment citoyen, alors que c'est quand même fondamental. En maçonnerie, on est capable de s'écouter sans vision politique derrière, avec toutes les obédiences qui sont là pour travailler en commun. Ça permet de différencier cette diversité de points de vue qui nous enrichit au lieu de nous diviser, et c'est ça qu’on veut mettre en place. On parle du citoyen en 2040-2050 parce que ça correspond à quelqu'un qui va entrer à l'école et qui va en sortir dans 20 ans. Comment faire pour qu'il se sente citoyen ? Qu'est-ce qui fait qu'il aura ce sentiment d'appartenir à une communauté ? Et à partir de là, on essaie de redonner la fierté d'être dans cette communauté. On s'est aperçu, par exemple, que beaucoup de jeunes qui sont placés en prison ou dans des foyers de rétention, ne sont pas du tout contre cette notion de citoyenneté. Quand on leur en parle, ils disent que ça leur permettrait d’entrer dans une communauté, d'être reconnus par les gens. Plus vous êtes instruit, plus vous avez une liberté de penser. Ça donne des directions et ça permet d’être un peu moins perdu, et c’est ce qu’on porte.
 

Dans un contexte où les jeunes s’engagent différemment, la franc-maçonnerie attire-t-elle encore les jeunes générations ?

Oui, complètement ! Il y a des jeunes qu'on ne voyait pas avant qui viennent nous rejoindre, la moyenne d’âge commence à baisser. C’est vrai que c’est parfois compliqué de vraiment s'investir intellectuellement quand vous avez votre travail, votre couple, mais malgré ça, les jeunes viennent nous voir. C’est aussi parce qu’on a développé des réseaux sociaux, on a beaucoup aux jeunes et on explique l'intérêt en 2026 de rejoindre nos rangs. C'est justement de sortir de ce communautarisme et d'essayer de prendre du recul, de voir les autres différemment et de créer des ponts au lieu de créer des murs. C'est pour ça que c'est quand même fondamental, parce qu'il faut essayer à tout prix de lutter contre cette violence et le fait que certains se sentent rejetés. Il y a de grosses démarches vers nous, et les femmes, même si elles ne viennent pas chez nous, sont aussi très demandeuses.