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Parc naturel régional de Corse : La longue reconquête d’un label pour de nouvelles priorités


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 4 Juillet 2018 à 23:43 | Modifié le Vendredi 6 Juillet 2018 - 10:15


Neuf ans sans label ! Le Parc naturel régional de Corse (PNRC) a vécu presqu’une décennie sur une dérogation et sans charte. Fin juin à Paris, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a validé à la quasi-unanimité la nouvelle charte définie sur 15 ans. Elle entérine une nouvelle stratégie axée sur trois axes forts : a muntagna, i paesi, u mare. Et un nouveau cahier des charges pour la gouvernance des refuges. Explications, pour Corse Net Infos, de Petr’Anto Tomasi, conseiller territorial, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse et vice-président du Parc régional.


Lac de Ninu
Lac de Ninu
- Le parc est prêt de retrouver son label. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
- C’est une très bonne nouvelle pour tous les acteurs qui se sont mobilisés pendant près de dix ans. Le parc a perdu en 2009 un label qui valide son existence même. C’est extrêmement important ! A l’Assemblée de Corse et au Comité syndical du Parc, cette reconquête était, c’est vrai, un peu un serpent de mer : toujours repoussée. Finalement, le 20 juin, accompagné des instances du Parc et des représentants de la Collectivité de Corse (CDC), nous sommes repassés devant le CNPN pour présenter la nouvelle Charte. Notre dossier a reçu un avis favorable à l’unanimité moins une abstention. La prochaine phase est la signature du décret par le Premier ministre qui devrait intervenir dans les prochaines semaines. Le Parc sera sur les rails avec ce label qui nous engage pour les 15 ans à venir autour d’une stratégie.
 
- En quoi ce label est-il vital puisque le Parc a vécu dix ans sans ?
- Il valide la Charte du Parc qui est sa feuille de route. Sans ce label, il n’y a pas de Parc naturel régional et le syndicat mixte n’a plus de raison d’être. Il est vrai que le PNRC est resté sans label depuis près d’une décennie parce qu’il a continué à fonctionner de façon dérogatoire. Aujourd’hui, nous sortons de ce système. Les actions, qui sont fixées dans la Charte, pourront être mises en œuvre de façon sécurisée et opérationnelle et, surtout, elles seront évaluées. C’est très important et cela fait partie des engagements de la Charte. La Commission d’évaluation, qui siège au sein du PNRC, donnera une visibilité sur la mise en œuvre opérationnelle des nouvelles actions.
 
- Pourquoi le PNRC avait-il perdu son label ?
- Il y a un examen périodique. La Charte précédente était arrivée à échéance. Un certain nombre d’éléments et d’évènements, notamment de contingence politique, des erreurs de gestion au niveau de la gouvernance du Parc et des partenaires de la Collectivité, ont fait qu’entre 2009 et 2013, la nouvelle Charte n’a pu prospérer. C’est seulement à partir des années 2013-2014 et surtout à partir de 2016 avec le soutien fort de la nouvelle majorité territoriale que le Parc a mis en place une équipe pour la rédaction de la Charte. Un consensus politique s’est fait jour, cela a joué auprès du CNPN qui est chargé de donner un avis décisif sur l’obtention et la reconquête du label.
 
- Qu’est-ce qui a emporté la décision du CNPN ?
- C’est, d’abord, une remise à plat du dossier. Il faut féliciter les services du Parc pour le travail sérieux qui a été mené. Ensuite, la volonté des instances dirigeantes, tous élus confondus, depuis 2013, notamment depuis l’élection de l’actuel président du Parc, Jacques Costa, et de l’équipe qu’il a mise en place pour élaborer la nouvelle Charte. C’est un travail positif qui a été reconnu. Enfin, un soutien affirmé de la CDC, de l’Office de l’environnement (OEC) qui est le principal financeur, et, tout aussi fondamental, des communes. Cela a été souligné par le CNPN.

Forêt de Vizzavona.
Forêt de Vizzavona.
- Que représente le Parc, aujourd’hui, en Corse ?
- C’est le plus grand parc naturel régional à l’échelle des parcs régionaux français. Sur un périmètre d’études de 180 communes, 178 adhèrent aujourd’hui au Parc naturel dont 33 nouvelles communes qui rejoindront, dans les semaines à-venir, le syndicat mixte. Le Parc englobe une grande partie de l’intérieur, des territoires ruraux et de montagne, également une façade maritime. La réserve naturelle de Scandola et la réserve de biosphère labellisée par l’Unesco de la vallée du Fangu sont, toutes deux, concernée par un projet d’extension, porté conjointement par le PNRC, l’OEC et le MAB (programme Man and Biosphere).
 
- Ce label oblige-t-il les communes ?
- Le label valide une charte qui se structure autour de trois axes, trois territoires « A Muntagna, I Paesi, U Mare » - montagne, villages, plaine – avec des engagements réciproques. La Charte précise bien, pour chaque objectif opérationnel, quelle sera l’action du syndicat mixte, composé majoritairement de communes qui participent à l’élaboration de la Charte, et les actions des autres partenaires : CDC, OEC, le Comité de massif et parfois même l’Etat. En validant la Charte, les communes valident des objectifs qui les engagent.
 
- En quoi consistent exactement ces axes ?
- L’axe 1 « A Muntagna » consiste notamment en la gestion du GR20, des grands itinéraires, des estives et de la biodiversité. L’axe 2 « I Paesi » met en œuvre la vocation du Parc à participer au développement maîtrisé de l’intérieur en faisant l’équilibre entre la protection et le développement. L’axe 3 « U Mare » concerne la façade maritime. Le Parc est gestionnaire notamment de la réserve naturelle de Scandola, depuis sa création dans les années 70, et de la réserve de biosphère de la vallée du Fangu qui sont confrontées à des enjeux très importants de préservation, de reconquête de la biodiversité et de régulation de la sur-fréquentation touristique.
 
- Le changement de majorité territoriale a-t-il inauguré un changement de vision et d’objectifs ?
- Le PNRC, par nature, est un syndicat mixte. Mécaniquement, les politiques, qu’il adopte, sont concertées entre différents acteurs. Y compris lorsqu’en 2016-2017, la nouvelle mandature de la CDC a du se prononcer sur l’avant-projet de Charte, y compris quand elle n’était pas représentée à l’Exécutif du PARC, elle a contribué à l’élaboration des objectifs stratégiques et, au sein du syndicat mixte, à co-construire et faire évoluer le texte. S’il y a une part de continuité, nous arrivons aussi avec notre identité et notre volonté d’aller plus loin sur des objectifs, de façon tout à fait concertée avec la gouvernance actuelle du Parc. En même temps que la Charte, un schéma de massif a été adopté par l’Assemblée de Corse à la quasi-unanimité. Ses objectifs en matière, par exemple, de gestion et de rénovation des estives en montagne ou de l’aide qui pourrait être apportée dans le plan de rénovation des refuges du GR20, la professionnalisation de l’accueil en montagne dans ces refuges, ont été votés par l’Assemblée de Corse.
 
- Y-a-t-il des urgences ?
- Il y a une urgence relative en matière financière avec la nouvelle donne issue de la Collectivité unique et une analyse faite par le Parc sur l’évolution de la dotation de l’ancienne Collectivité territoriale (CTC). Une convention financière tripartite - CTC, OEC et PNRC –, qui fixe le partenariat financier entre les trois instances, date, elle aussi, de 2009. Depuis, il n’y a plus eu de modifications. Actuellement, un travail conjoint est mené pour évaluer les besoins du parc et à quelle hauteur la CDC et l’OEC doivent intervenir de façon pérenne dans le fonctionnement. Est, également, menée une réflexion sur un plan pluriannuels d’investissements, notamment pour assurer la rénovation des refuges ou des investissements structurants.
 
- Quelles sont les autres urgences ?
- Une deuxième urgence, encore relative, mais qui fait l’objet d’un consensus politique, est la nouvelle gouvernance des refuges du GR20. On ne peut plus rester dans la situation actuelle ! L’idée, qui a été validée, est de mettre en place, d’ici à l’année prochaine, une DSP (Délégation de service public) pour l’attribution des refuges en montagne. Nous avons souhaité, dès cette année, marqué des inflexions politiques fortes qui ont été proposées par le président du PARC avec l’accord de la majorité territoriale, et validées à l’unanimité par le Comité syndical.

- Qu’est-ce qui va changer ?
- Aujourd’hui, les refuges du PNRC sont gérés par des privés qui ont la charge, à la fois, d’assurer la restauration, d’encaisser les nuitées en lieu et place du Parc, et de les restituer au Parc, lorsque les gens ne passent pas par la centrale de réservation. Ces privés se retrouvent aussi dans la situation d’effectuer une mission d’accueil et d’information des randonneurs sur la montagne, les randonnées et l’environnement de leur refuge. L’idée est de professionnaliser l’accueil en montagne, de distinguer l’activité commerciale pure d’une fonction d’accueil, d’information et d’explication sur les politiques qui sont menées par le Parc et ses partenaires. Nous avons, dès cette année, mis en place un système intermédiaire.
 
- C’est-à-dire ?
- Premier élément important : le vote par le Comité syndical d’un nouveau cahier des charges pour les gardiens de refuge en matière d’accueil, de restauration, de promotion des circuits courts et de connaissance du milieu. Deuxième élément : le mode d’attribution des refuges à travers une Commission réunissant, à la fois, le Parc, des élus territoriaux et les maires des communes concernées. Troisième élément : une expérimentation importante sur trois refuges : Ortu di u Piobbu, Carrozzu et Prati. Notre volonté est de généraliser ce système sur la totalité des refuges dans les années qui viennent. Nous expérimentons un dispositif de complémentarité avec, à la fois, des gardiens privés qui effectuent, à titre principal, une activité commerciale, la mission de restauration et de vente d’un certain nombre de produits, et des agents du PNRC. Ceux-ci ont la charge d’encaisser directement les nuitées au bénéfice du syndicat mixte et, surtout, d’assurer la mission d’information, de conseil, de renseignement sur l’environnement, la climatologie, le patrimoine naturel et culturel, sur toutes les politiques menées par le PNRC et par la Corse pour la gestion de sa montagne. Ce dispositif, pour nous, fondamental, sera généralisé.
 
- Comment ?
- Nous sommes en train de réfléchir à un schéma de formation, à la fois, pour les agents du PNRC qui se rendent en montagne et doivent avoir toutes les clés en main pour effectuer convenablement et valoriser leur mission, et pour les gardiens privés qui, bien qu’ils seront recentrés sur des missions plus commerciales, bénéficieront ainsi d’un accompagnement. Ce sont un état d’esprit et des valeurs inscrites dans la Charte. Nous devons fonctionner, non par opposition, mais par complémentarité.
 
- Un parc naturel est-ce rentable ?
- Oui ! Ce qui est certain c’est qu’aujourd’hui, le PNRC a vocation à optimiser ses recettes pour aller plus loin dans les politiques et alléger l’effort de la puissance publique. C’est l’un des buts de ce nouveau schéma, qui entend, ainsi, rationnaliser les missions. On peut concevoir qu’il est très compliqué pour un gardien de refuge d’avoir, en même temps, à préparer un repas, vendre des boissons, renseigner les randonneurs, procéder à l’encaissement des nuitées et des refuges… sur des créneaux horaires qui sont parfois très resserrés. Une autre clientèle touristique est apparue sur le GR20 singulièrement, et sur d’autres sentiers de randonnée. Elle doit participer à financer les politiques de la Collectivité concernant le PNRC en matière de préservation et de valorisation de ces espaces. Nous avons dit au moment du débat d’orientations budgétaires 2018 que nous pensions qu’il y avait des marges de progression importantes au niveau des recettes, notamment sur la gestion des itinéraires en rationnalisant notre mode de gouvernance et notre mode de gestion. Nous donnons rendez-vous au prochain compte administratif, qui sera examiné en juin 2019, pour le vérifier.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Petr’Anto Tomasi, conseiller territorial, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse et vice-président du Parc régional. Crédit photo M.L.
Petr’Anto Tomasi, conseiller territorial, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse et vice-président du Parc régional. Crédit photo M.L.



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