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Numérique : Un projet pour huit communes du Casacconi et du hotspot très haut débit pour Campile


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 5 Août 2017 à 23:00 | Modifié le Lundi 7 Août 2017 - 05:07


C’est un évènement qui fait figure d’exemple ! Mercredi soir, à Campile, ont été inaugurés l’installation du haut débit hotspot, place de l’Eglise, et la salle attenante multimédia. L’occasion de présenter le système d’information géographique mis en place par le SIVU (Syndicat intercommunal à vocation unique) de l’Altu di Casacconi, seul syndicat de Corse à vocation numérique. Ce, en présence des élus locaux, du sous-préfet de Corte, des présidents de l’Exécutif territorial, de l’Assemblée de Corse, de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), de conseillers territoriaux, qui ont, tous, tenu à affirmer l’importance du numérique pour le développement territorial.


La place du village de Campile où a été installé le hotspot très haut débit.
La place du village de Campile où a été installé le hotspot très haut débit.
C’est presqu’un pléonasme que de dire qu’aujourd’hui le numérique est la condition sine qua non du développement économique. Et, en Corse qui accumule tellement de retards en tant de domaines, peut-être plus qu’ailleurs ! Pour les territoires de l’intérieur et du rural, cela tient, tout à la fois, de la gageure et de l’espoir. La gageure, quand on sait que de nombreuses communes n’arrivent même pas à franchir l’obstacle de la connexion au réseau de téléphonie mobile. Reléguées dans des zones grises ou blanches, elles sont oubliées, pour ne pas dire méprisées des opérateurs. Quand à la 4G ou au très haut débit très souvent vantés à grand renfort de publicités et dont le nouveau président de la République entend faire une priorité nationale pour 2020, cela tient pour certaines d’un espoir, pour l’instant, vain, mais d’un espoir tout de même tant ces territoires ne peuvent se résoudre à faire l’impasse du développement. C’est donc, pour eux, une question de survie !
 
Un retard accumulé
C’est aussi une priorité de l’Exécutif territorial et de la majorité nationaliste qui sont venus, en nombre, à Campile, à l’occasion de l’inauguration du hotspot très haut débit, pour témoigner de leur grand intérêt en la matière. « La question du numérique est intimement liée au développement économique. Nous avons, comme dans d’autres domaines, rattrapé un retard considérable. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, les 62 millions € dévolus au numérique étaient, en grande partie, sur le point d’être perdus. Nous les avons rattachés au PEI (Programme exceptionnel d’investissements), au Programme Investissements d’avenir et à des fonds communautaires. Nous avons réussi à finaliser un tour de table. Puis, nous avons engagé un dialogue très fructueux avec l’ensemble des grands opérateurs européens pour les amener à se positionner sur l’île dans une très belle compétition, importante pour notre avenir », précise Jean-Christophe Angelini, conseiller exécutif et président de l’ADEC. « L’idée est d’arriver, sur un pas de temps de 2 à 3 ans, à dérouler la fibre et les prises en FTTH (Fibre jusqu’au domicile) et à rattraper, au-delà des infrastructures, le retard accumulé sur le plan des usages. Il y a un contraste évident entre la vitalité de nos start-ups, l’innovation technologique… et l’état des infrastructures et des usages dans une île qui ne demande qu’à se développer sur ce plan là. Ce territoire de ruralité et de montagne, avec le SIVU di Casacconi, a vocation à donner l’exemple, à montrer une voie claire à l’ensemble de la Corse ».
 
Un outil de diagnostic
L’exemple, c’est le projet réalisé par le SIVU désireux d’apporter, sur le territoire de l’intercommunalité, des infrastructures pour le téléphone fixe, notamment la montée en débit, le mobile et le satellitaire permettant d’apporter des solutions adaptées aux besoins. « Le but premier est de fournir un service aux communes par l’intermédiaire d’un système d’informations géographiques en mutualisant les coûts de façon à obtenir le coût le plus infime possible pour tout le monde. On a estimé que le SIG (Système d'information géographique) était un outil de développement polyvalent qui correspondait bien à nos petites communes », explique Lionel Pasqualini, premier adjoint au maire de Campile et vice-président du SIVU. Un SIG est un système d'information conçu pour recueillir, stocker, traiter, analyser, gérer et présenter tous les types de données spatiales et géographiques. Le coût : 1000 € par commune ! L’application concrète d’un tel outil ? « C’est de reporter toutes les informations qu’on peut trouver sur le territoire, de les informatiser, de les placer sur une cartographie sous forme de couches : une couche adressage, une couche réseaux, une couche voies carrossables ou non carrossables… On peut aller à l’infini et recueillir un maximum d’informations sur le territoire donné ». Ces informations à quoi servent-elles ? « C’est un outil de diagnostic qui permet aux municipalités de prendre des décisions. Par exemple, pour refaire le réseau d’eau, l’agrandir, le modifier… ».
 
Des maisons géo-localisées
Le projet comporte deux phases : la cartographie et la signalétique. A Campile, le SIVU a présenté, aux élus et aux villageois, la cartographie. « Un système d’information géographique sera mis à disposition des communes, via un logiciel QGIS, labellisé par l’IGN (Institut national de l'information géographique et forestière) en libre accès. Ensuite, viendra la signalétique. On fournira aux communes les numéros des maisons de façon à ce qu’elles puissent les apposer dessus », ajoute Lionel Pasqualini. Huit communes sur les 13 sont concernées : Campile, Crocicchia, Monte, Olmo, Prunelli-di-Casacconi, Volpajola, Lento et Vescovato village. « Toute la phase diagnostic a été réalisée par les communes de façon à baisser le coût. Cela a demandé beaucoup de travail en amont. Les communes ont numéroté les maisons. Nous avons, ensuite, géo-localisé les entrées de maisons. C’est un moyen, par exemple, d’accélérer les secours en cas de problèmes, ou d’améliorer les services, comme la délivrance des plis et des colis. Quand on superpose les couches de voies carrossables ou non carrossables et la géolocalisation, on peut arriver à localiser une maison et à s’y rendre assez rapidement ». Le projet sera finalisé, avec le bureau d’études fin septembre, et réalisé à la fin de l’année. « Ce système peut être reproduit ailleurs puisque nous avons la compétence de prester pour d’autres collectivités, notamment des groupes de communes ».
 
Eradiquer les zones blanches
L’Etat a, donc, joué un rôle de premier plan et affiche deux priorités : le Net et la téléphonie mobile. « Le numérique reste une priorité pour l’Etat selon plusieurs accès. D’abord, le numérique, en tant qu’accès au haut débit. L’Etat a concrétisé son engagement en travaillant en concertation avec la CTC pour sacraliser quelques 60 millions € dans la tranche 4 du PEI. Il fallait absolument mobiliser ces crédits-là ! Ensuite, l’Etat a apporté un appui concret sur des projets locaux tels que le SIG qu’il a subventionné au travers de la DETR (Dotation d'équipement des territoires ruraux) », déclare Sébastien Cecchi, sous-préfet de Corte. « Le numérique, enfin, dans sa troisième acception un peu élargie, est l’accès à la téléphonie qui, aujourd’hui, est essentiellement numérique. L’objectif est, aussi, une réduction de la fracture dans ce domaine-là. Les appels à projets de l’Etat en matière d’éradication de zones blanches ont permis à trois communes de Haute-Corse d’être lauréates, l’an dernier. Les zones d’implantation des pylônes seront finalisées en septembre pour diminuer les problématiques liées à l’accès à la téléphonie qui est, peut-être, avant même l’accès à Internet, le premier des sujets ». Les communes lauréates appartiennent à la Comcom de l’Oriente : Pianellu, San Andrea di Boziu et Santa Reparata di Moriani.
 
L’égalité d’accès
Lutter contre les fractures, c’est, également, une priorité pour la majorité territoriale. Pour Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, l’enjeu est, aussi, une question d’égalité des chances et d’accès aux services : « Notre majorité s’est engagée, depuis notre prise des responsabilités pour lutter contre les fractures, sociales bien sûr, mais également territoriales. La fracture numérique n’en est qu’un aspect. Tous les Corses doivent jouir des mêmes conditions d’accès à ces moyens nouveaux de communication et de travail. C’est important pour la revitalisation, le développement de l’intérieur et du monde rural. Nous avons montré notre engagement ce sujet, notamment avec l’activation du Comité de massifs. Le numérique et la possibilité, demain, pour tous les Corses d’accéder au très haut débit, c’est quelque chose d’essentiel ! C’est faire entrer la Corse dans la modernité tout en mettant les Corses à égalité ».
 
Un monde nouveau
C’est bien l’avis de Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) qui estime que : « Ce SIVU a eu un rôle pionnier en matière d’aménagement et de vulgarisation numérique. Il faut se servir de cette expérience pour en valider les acquis, la transposer à d’autres territoires ruraux. Cela rentre tout à fait en phase avec la politique actuellement menée par la CTC. Nous sommes en train, les uns et les autres, de faire émerger des outils d’analyse et d’aide précieuse à la décision en matière, notamment, d’aménagement du territoire, de développement, de mise en valeur agricole... Il faut croiser ces regards et inventer des nouvelles façons de travailler ensemble, de nouvelles politiques publiques. C’est un monde nouveau que nous avons à construire, notamment dans les relations entre la future collectivité de Corse et les territoires de l’intérieur et de montagne, leurs communes et intercommunalités ».
 
Du hotspot à Campile
Des discours et des présences qui font chaud au cœur de Jean-Marie Vecchioni, conseiller départemental et maire de Campile : « J’ai enfin, l’impression qu’aujourd’hui, le rural n’est plus abandonné. Il y a, chez nos élus, une certaine prise de conscience qui me fait plaisir ». S’il se félicite de l’installation du hotspot au cœur de son village, ce n’est, pour lui « qu’une solution transitoire. Nous avons fait une petite installation qui rayonne 100 mètres autour de la mairie avec un gros débit jusqu’à 80 Mega. Les gens du village, comme ceux qui sont en vacances, peuvent venir là, travailler une heure ou deux, sans être obligés d’aller sur Bastia ou ailleurs ». Le hotspot sert également à une entreprise qui fait du télétravail. « La personne était obligée de descendre à Bastia, tous les matins, avec le train car elle ne conduit pas… Avec le même système, grâce à un pont, on lui a installé un débit de 30 Mega, suffisant pour qu’elle puisse faire tourner ses lignes, via Internet. Elle peut travailler de son domicile. Cette installation a permis de fixer un couple au village ».
 
Le combat du rural
Pour cet élu et ardent défenseur de l’intérieur, tout le défi est là : « Nous avons pour mission d’inventer une nouvelle ruralité. Le numérique est déjà un maillon incontournable. J’espère que dans cinq ans, le très haut débit couvrira 80% de la Corse ». Jean-Marie Vecchioni a un autre rêve : développer l’axe routier de Casamozza à Corte à l’instar de celui reliant Bastia à Ghisonaccia. « Ce sont des travaux à long terme, mais je garde espoir. En 15 ans, Campile a perdu 30% de sa population : les vieux disparaissent, les jeunes, en âge d’entrer dans la vie active, s’installent sur les plaines. Les villes de Borgo et de Lucciana nous prennent pas mal de population. A nous de nous battre pour que nos villages redeviennent attrayants ! ». A bon entendeur…
 
N.M.
 





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