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Nationalisme : Fin de l'histoire pour ETA


Rédigé par Jacques RENUCCI le Jeudi 10 Mai 2018 à 22:01 | Modifié le Jeudi 10 Mai 2018 - 23:37


Le mouvement indépendantiste basque a annoncé sa dissolution définitive, après des décennies d'actions violentes qui ont fait plus de 800 morts


Nationalisme : Fin de l'histoire pour ETA
Une simple lettre publiée en ce début du mois de mai dans un journal en ligne : l'organisation séparatiste basque ETA (acronyme de Euskadi ta Askatasuna – Pays basque et Liberté), annonce avoir « dissous toutes ses structures ».  

Cet avis d'autodissolution officiel vient parachever un processus engagé depuis de longues années. En 2011, ETA avait déjà renoncé à la lutte armée – après un bilan de 829 morts et de plusieurs milliers de blessés depuis le début des attentats en 1968, l'organisation en tant que telle ayant été fondée en 1959 pour mener à l'indépendance le Pays Basque et la Navarre.

En août 2017, aux Ghjurnate di Corti, Xabi Larralde, porte-parole du mouvement, expose la situation d'ETA dans le cadre d'un processus de paix désormais envisagé comme seule alternative (U Ribombu 31/08/2017). Il le souligne : la situation des prisonniers politiques est en suspens, mais le gouvernement espagnol fait la sourde oreille. ETA n'existe plus, mais il ne faut pas attendre de geste en retour.

Car pour le pouvoir les comptes seront longs à être soldés, face à un mouvement né en opposition à la dictature franquiste, mais qui a continué ses actions dans la période de démocratisation, jusqu'à ne plus être en phase avec la situation historique du pays d'une part, avec les nouvelles options de la mouvance indépendantiste d'autre part. D'où un étiolement idéologique qui se ressent sur le plan de l'engagement ; on estimait le nombre de militants à un millier en 2000, ils ne sont plus qu'une poignée aujourd'hui.

 

Le triomphe de l’État de droit

Même s'il n'était plus que symbolique, les observateurs ont salué la fin de ce qui restait le dernier conflit en cours sur le sol européen. Le 5 avril, en préalable à sa dissolution définitive, ETA publie un texte par lequel il demande pardon aux victimes de ses actions terroristes. Mais ce mea culpa reçoit un accueil mitigé. En effet, destiné en quelque sorte à finir l’histoire en beauté, le texte est d'une ambiguïté voulue : il déplore la mort de victimes innocentes tombées sous les bombes – celles qui se trouvaient là par accident et « n'avaient pas de participation directe au conflit »– mais oublie les policiers, les élus, les militaires, les gardes civils...

Pour le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, que ce soit au Pays Basque ou en Catalogne, il n’existe qu'une seule ligne, et elle est dure, celle de l’État de droit. C'est cette absence de perspectives autres qui a conduit l'indépendantisme basque à évoluer. Herri Batasuna, naguère vitrine légale d'ETA, a rompu tout lien avec le mouvement, et négocie un processus d'autonomie contre des concessions politiques. Le gouvernement basque, alliance entre les partis nationaliste et socialiste, s'engage résolument dans la voie du compromis, une sorte de donnant-donnant sans la pression des bombes : ainsi, les députés basques au parlement de Madrid ont négocié leurs votes en faveur du budget espagnol – des votes dont la majorité de Mariano Rajoy a un besoin indispensable– contre 500 millions d’euros d’investissements dans le Pays basque. Tout est donc réuni pour offrir à ETA une sortie sans retour.





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