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Maires ruraux : une vocation contrariée


Jacques RENUCCI le Mardi 24 Septembre 2019 à 16:05

De nombreux maires de petites communes hésitent à se représenter. En cause, le manque de moyens où l'agressivité de certains administrés



Maires ruraux : une vocation contrariée
A quelques mois des élections municipales, un sentiment domine chez beaucoup de maires : la lassitude, et pas seulement parce que près de la moitié d'entre eux au plan national sont des retraités.  
Ce découragement diffus touche le rural et non les villes, où le vote est plus anonyme et peut prendre un sens partisan détaché des tensions locales. Dans les villages de l'intérieur, il en va tout autrement, au point qu'on hésite à se représenter. Si être maire était un métier, ce serait un métier à risques. En 2018, 361 maires ont été victimes d'agressions – d'agressions signalées. Le ministre en charge des collectivités locales, Sébastien Lecornu, a reçu quelques-uns d'entre eux le 12 septembre.  
Ils ont pu exposer leur quotidien difficile : au cœur de conflits de voisinage exaspérés par l'existence en vase clos, soumis à des menaces voilées ou explicites, en butte au chantage aux voix, il leur est difficile de défendre les intérêts de la collectivité sous les coups de boutoir des intérêts particuliers.  
Les maires sont paradoxalement garants de la sécurité publique et soumis eux-mêmes à l'insécurité. De quoi dissuader de tout engagement, au point que dans certaines communes le candidat sortant qui fait l'effort peine à trouver le nombre pour constituer un conseil municipal...


Une autorité non reconnue
Bien sûr, la société a toujours été contaminée par des tendances à la violence, mais la nouveauté est qu'actuellement sont désignés comme cibles les garants de l'intérêt général et de la cohésion sociale, comme les pompiers, les politiciens, les policiers, les fonctionnaires... et les élus. L'autorité de ces derniers leur est conférée par la légitimité démocratique, mais qui s'en soucie aujourd'hui ?
La démocratie représentative n'est plus un modèle pour nombre d'administrés qui considèrent le maire – cela est particulièrement vrai dans les petites communes – plus comme un arbitre dans des conflits survenant entre eux que comme un gestionnaire du bien public. S'il veut faire acte d'autorité, il est perçu comme un obstacle aux initiatives individuelles, surtout lorsque celles-ci dérogent à la loi. Autre donnée, presque en contradiction avec la précédente : il est des citoyens-électeurs qui raisonnent sur des schémas anciens, où le maire a beaucoup de pouvoirs et beaucoup de moyens. On est loin de cette illusion...  
Comment pour les maires retrouver le sens de leur mission, rétablir une relation apaisée et constructive avec leurs administrés ? Les violents ne font pas la distinction entre la personne et la fonction. Il faudrait faire respecter l'une et l’autre. C'est ce que les élus demandent à l’État. Dans les trente articles du projet de loi sur la vie locale, les maires verront augmenter leur pouvoir de police, ils bénéficieront le cas échéant d'un soutien psychologique comme d'un soutien juridique. Même s'ils trouvent cela insuffisant (ils auraient souhaité que soit clairement défini un « statut de l'élu local »), on leur reconnaît un rôle que les intercommunalités avaient occulté.
Ceux qu'Emmanuel Macron nomme « le visage, le quotidien de la République  » retrouveront-ils ainsi un peu d'optimisme ?
On n'aura pas longtemps à attendre pour le savoir.


















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