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Municipales. Stéphane Sbraggia : « Je m’inscris dans la continuité et la stabilité d’un travail engagé depuis près de douze ans au service d’Ajaccio »


le Mardi 10 Mars 2026 à 12:00

Candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Ajaccio, Stéphane Sbraggia conduit la liste « Forza Aiacciu », soutenue par Ajaccio Le Mouvement !. Premier adjoint de Laurent Marcangeli entre 2014 et 2022, avant de lui succéder à la mairie après son élection comme député de la 1ère circonscription de Corse-du-Sud, il se présente pour la première fois devant les électeurs en tant que tête de liste. Le maire sortant défend un bilan qu’il juge marqué par la transformation de plusieurs espaces structurants de la ville, de la place du Diamant à la Citadelle, et par des investissements dans les écoles, les équipements sportifs et les mobilités. Il revendique la continuité d’une action engagée depuis plus d’une décennie tout en promettant d’accélérer plusieurs chantiers, notamment en matière de mobilités, de logement et d’aménagement urbain, afin de poursuivre la transformation et l’attractivité d’Ajaccio.



(Photo : Paule Santoni)
(Photo : Paule Santoni)
Vous avez présenté votre liste. Comment la qualifieriez-vous ?
Elle constitue, d’abord, l’expression d’une continuité et d’une fidélité évidentes : fidélité à une vision, fidélité à une exigence de sérieux et de stabilité, sans laquelle aucun projet structurant ne peut être conçu, conduit et mené à son terme. Elle est, ensuite, le signe d’un renouvellement réfléchi : non pas un renouvellement qui chercherait à tout rompre, mais qui enrichit, qui ouvre, qui élargit. De nouvelles énergies, de nouveaux parcours, de nouvelles compétences s’inscrivent dans un collectif expérimenté, afin d’offrir à notre équilibre une amplitude nouvelle.
 
Quel bilan tirez-vous de la mandature ?
Nous avons d’abord été confrontés à une crise sanitaire mondiale, suivie d’un choc inflationniste d’une ampleur exceptionnelle. Notre priorité a été de préserver la solidité de nos deux institutions, en maintenant l’équilibre financier, en garantissant la continuité des services publics et en poursuivant l’investissement. 
Nous avons rapidement pris une décision structurante : mettre fin au PLU de 2013, dont le caractère excessivement permissif en matière de constructibilité a engendré de profonds déséquilibres urbains et de véritables traumatismes. Il était indispensable de reprendre la maîtrise de l’aménagement et de rétablir une planification exigeante afin de tourner la page de ces dérives.
Rétrospectivement, ce qui me semble être le plus frappant, c’est la transformation visible de la ville. La place du Diamant, bientôt entièrement requalifiée, redonnera au centre-ville un espace public majeur beaucoup plus apaisé. La Citadelle, longtemps fermée sur elle-même, s’ouvre progressivement pour devenir un lieu de culture, de promenade et de transmission. Le cours Napoléon a été entièrement rénové afin de retrouver sa vocation de grande artère commerçante. Les travaux de la traversée de Mezzavia ont été achevés. Aussi, l’Antiquarium, inauguré par Sa Sainteté le Pape François, met désormais en valeur un patrimoine archéologique exceptionnel.
Dans le même temps, nous avons investi massivement dans les écoles, les équipements sportifs et le réseau de médiathèques. Quatre parkings ont été créés ou étendus en centre-ville. Les mobilités alternatives ont commencé à s’ancrer dans notre quotidien avec le développement des pistes cyclables, la mise en service du téléporté et le succès des navettes maritimes. Il reste toutefois un cap à franchir concernant la performance du réseau de bus, et c’est un chantier sur lequel nous travaillons sans relâche.
Ajaccio a également retrouvé une vie culturelle et événementielle dynamique. La réouverture du théâtre l’Empire et du cinéma Laetitia a redonné à la ville des lieux majeurs de diffusion culturelle, et l’Aiò Festival est venu enrichir cette dynamique.
Enfin, il y a eu un moment historique : la visite de Sa Sainteté le Pape François. Sur le papier, le défi logistique semblait insurmontable. Les agents de la Ville et de la CAPA ont pourtant accompli un véritable tour de force.
 
Quelle est, selon vous, la principale problématique à laquelle Ajaccio est confrontée ?
À mes yeux, aucune discussion ne devrait nous détourner de la question fondamentale qui doit guider toute action publique : quel avenir voulons-nous construire pour nos enfants à Ajaccio ? C’est cette interrogation qui oriente chacune de mes décisions. Elle nous oblige à répondre très concrètement à : quels équipements culturels et sportifs leur offrons- nous ? Quels parcours éducatifs mettons-nous en place pour leur permettre de grandir, de s’épanouir, de se former et, surtout, de pouvoir réussir ici, dans leur ville, sans être contraints de partir ?
 
Comment comptez-vous y répondre ?
Nous avons déjà commencé à y répondre à travers notre « Projet Éducatif Local », qui organise désormais l’ensemble des temps de l’enfant (scolaire, périscolaire et extrascolaire) et renforce la cohérence des parcours éducatifs. Le Conservatoire Henri Tomasi incarne cette ambition d’excellence artistique en offrant aux jeunes Ajacciens un lieu d’apprentissage et de création. La bibliothèque patrimoniale Fesch constitue un équipement culturel et scientifique ouvert aux élèves comme aux étudiants. La Cité Grossetti permet quant à elle à de jeunes entrepreneurs de développer leurs projets ici, sur leur territoire. Dans cette continuité, nous porterons pour le prochain mandat la création d’un nouveau groupe scolaire à Mezzavia afin d’accompagner le développement de ce secteur stratégique. La question du cadre de vie et de la nature en ville continuera également d’occuper une place centrale, car notre action en la matière constituera l’héritage que nous laisserons à nos enfants. Le parc urbain aménagé autour de la station n°2 du téléporté constituera un vaste espace de respiration pour les Ajacciens, pensé comme un lieu de promenade et de loisirs pour les familles. Le canal de la Gravona sera progressivement valorisé afin de devenir une grande promenade paysagère reliant plusieurs quartiers tout en révélant un patrimoine naturel souvent méconnu. Le domaine des Milelli fera l’objet, lui aussi, d’un réaménagement progressif afin de devenir un parc patrimonial ouvert au public, mêlant mémoire, nature et activités familiales.
 
Quel est votre projet pour cette nouvelle mandature ?
Notre projet repose sur un ensemble cohérent de chantiers déjà engagés et appelés à entrer dans une phase d’accélération. La requalification de l’entrée de ville constitue un projet structurant puisqu’il s’agit de repenser un secteur aujourd’hui fragmenté afin de rétablir des continuités urbaines et de reconnecter la ville à son littoral. Le réaménagement de l’avenue Noël Franchini permettra de transformer cet axe majeur en boulevard urbain plus lisible, plus végétalisé et mieux adapté aux usages des habitants et des commerces. Les écoquartiers du Finosello et de la Miséricorde poursuivront leur développement afin de faire émerger de nouveaux quartiers associant logements accessibles, équipements publics, mobilités douces et espaces paysagers. L’aménagement de la Citadelle continuera de transformer ce site patrimonial exceptionnel en un lieu de vie ouvert sur la ville, dédié à la culture, à la promenade et à la transmission de notre histoire. En matière de mobilités, nous poursuivrons notre stratégie visant à fluidifier la ville tout en développant des alternatives crédibles à la voiture individuelle. De nouvelles poches de stationnement seront créées, à commencer par le parking de la galerie Napoléon, et le principe qui fonctionne déjà à la Miséricorde —associant parkings et navettes gratuites à haute fréquence — sera progressivement étendu. Le réseau de pistes cyclables continuera de se structurer afin de relier les principaux quartiers et de sécuriser les déplacements à vélo. Les mobilités maritimes seront également renforcées avec l’étude de cinq nouvelles escales : Saint-Joseph au pied du téléporté, l’avenue Pascal Rossini, le quartier Albert 1er, le cimetière marin et la Parata.
 
Deux sujets dominent cette campagne, le logement et l’insécurité. Quelles solutions proposez-vous ?
Ajaccio demeure aujourd’hui un territoire sous tension en matière de logement, avec un foncier limité, plus de 2 300 demandes de logements sociaux en attente et un délai moyen d’attribution de deux ans et demi. Face à cette situation, notre choix a été clair : produire du logement, mais en maîtrisant l’urbanisme et en préservant le cadre de vie. Le PLU adopté en 2019 a marqué une rupture majeure avec les pratiques du passé en réduisant de près de 70
% les surfaces constructibles par rapport au document précédent et en sanctuarisant environ 80 % du territoire communal. Parallèlement, la CAPA a structuré sa politique de l’habitat autour du Programme Local de l’Habitat, qui prévoit la production d’environ 550 logements par an, dont la moitié en logement social. Nous avons également fait le choix de privilégier la rénovation du parc existant. Les dispositifs d’OPAH permettent d’accompagner la réhabilitation de logements anciens, notamment dans l’hypercentre. Concrètement, 646 logements ont déjà été rénovés par l’Office Public de l’Habitat de Corse-du-Sud et plusieurs copropriétés dégradées ont fait l’objet d’actions spécifiques. Sur la mandature, 1 500 logements sociaux ont été financés à l’échelle intercommunale, avec un effort financier de 6,8 millions d’euros, tout en intégrant des exigences d’accessibilité et d’adaptation au vieillissement. Enfin, nous avons engagé une politique de régulation afin de préserver le logement pour les résidents permanents, notamment à travers la régulation des meublés touristiques, l’instauration d’un numéro d’enregistrement obligatoire et l’augmentation de la taxe sur les résidences secondaires.
En matière de sécurité, nous avons choisi de renforcer les moyens municipaux en armant la Police municipale et en augmentant ses effectifs et ses équipements. Le budget annuel consacré à la sécurité atteint aujourd’hui environ 3 millions d’euros. La Ville dispose désormais d’un réseau de près de 240 caméras de vidéoprotection reliées à un Centre de Supervision Urbain fonctionnant en continu. Cette modernisation s’accompagne d’une amélioration des conditions de travail et des équipements des agents.
La prévention constitue l’autre pilier de notre action. À ce titre, je préside le Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance qui coordonne des actions en direction de la jeunesse, des publics fragiles et des victimes de violences, notamment à travers la Maison des Adolescents et la présence d’un intervenant social en commissariat. Ce travail de fond permet aujourd’hui à Ajaccio de figurer parmi les villes les plus sûres de France, tout en nous incitant à poursuivre nos efforts.
 
Quels seront les autres axes forts de votre programme ?
Une attention particulière sera portée à Mezzavia, dont la dynamique urbaine appelle des réponses ambitieuses et un cadre d’aménagement exigeant. Le développement du pôle sportif du Stiletto se poursuivra également, avec l’ambition d’en faire l’un des grands équipements sportifs de la ville. Parallèlement, une réflexion approfondie, accompagnée d’une concertation publique, sera engagée sur l’avenir du gymnase Pascal Rossini afin d’imaginer l’évolution la plus pertinente pour cet équipement. Dans le même temps, le quartier du Vazzio fera lui aussi l’objet d’une attention particulière dès le début du mandat, afin d’y conduire un travail approfondi d’aménagement et d’accompagnement de son développement. Nous travaillerons également à la reconstitution d’une offre de soins de proximité à l’ouest de la ville, territoire fragilisé par le déplacement quasi simultané de l’hôpital et de la clinique vers les secteurs du Stiletto et de la Rocade. Même si cette compétence ne relève pas directement de la Ville, nous mènerons un travail déterminé de dialogue et de mobilisation avec l’ensemble des partenaires institutionnels afin de favoriser l’implantation d’une maison de santé capable de répondre aux besoins des habitants. Plusieurs projets patrimoniaux et culturels viendront compléter cette feuille de route. La rénovation de l’Espace Diamant permettra d’améliorer les conditions d’accueil du public et de renforcer sa vocation de scène culturelle, tout en en faisant un équipement plus ouvert et modulable, capable d’accueillir conférences et activités associatives. Nous engagerons également la réhabilitation de l’oratoire Saint-Joseph afin d’y créer un centre d’art contemporain. Quant au dossier du Kallisté, il s’inscrit dans une réflexion plus large pour le quartier et devra être pensé comme une scène culturelle de proximité mise à disposition des associations.
 
Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ? Quelles mesures urgentes faudrait-il prendre ?
Beaucoup de projets présentent aujourd’hui un caractère urgent. Pour autant, je ne crois pas qu’il soit utile pour notre ville d’établir artificiellement une hiérarchie qui conduirait à concentrer toute l’action publique sur un seul sujet au détriment des autres. La réalité d’une collectivité est faite d’équilibres et de transversalité : les politiques publiques se répondent, s’articulent et se renforcent mutuellement. Le principe de cohésion, auquel je suis profondément attaché en tant que maire, implique donc de mener plusieurs chantiers de front, avec méthode, afin que rien ne soit opposé et que personne ne soit laissé de côté. Je peux néanmoins préciser les grands axes du début de mandat. Nous devrons poursuivre le travail engagé sur la performance du réseau de bus et, plus largement, sur l’ensemble des mobilités. La question du logement continuera d’être traitée avec la même exigence, tout comme les politiques de solidarité et la mise en œuvre de la Charte « Territoire 100 % inclusif ». Nous achèverons également les grands projets déjà engagés, tout en poursuivant les investissements en faveur de la jeunesse et du cadre de vie, avec une ville toujours plus végétalisée et agréable à vivre. Au fond, aucune politique publique n’est isolée : chaque réforme bien pensée irrigue les autres. C’est pourquoi notre action s’inscrit dans une logique de cohérence, d’innovation territoriale et de valorisation des initiatives locales. Cette méthode, fondée sur la constance et la fidélité à nos valeurs, guide notre action depuis le premier jour et continuera de le faire pour les années à venir.
 
Quelle est la vision de votre commune à 20 ou 30 ans ?
Ma vision pour Ajaccio s’inscrit dans une transformation progressive et maîtrisée, fondée sur un urbanisme plus qualitatif, des mobilités mieux organisées et un cadre de vie rééquilibré au profit des Ajacciens. Cette évolution concerne d’abord l’espace public. De nombreuses villes européennes ont engagé un rééquilibrage entre les différents usages de la rue, et Ajaccio doit progressivement s’inscrire dans cette logique. Certaines artères structurantes doivent être requalifiées en véritables boulevards urbains, avec des trottoirs élargis, des alignements d’arbres, des pistes cyclables continues et des aménagements favorisant les transports collectifs. Le réaménagement d’axes comme l’avenue Noël Franchini ou les entrées de ville participe déjà de cette démarche. La question des mobilités constitue également un levier déterminant. Une ville comme Ajaccio, contrainte par sa topographie, doit diversifier ses solutions de transport. L’objectif est simple : permettre à chacun de se déplacer plus facilement sans que la voiture individuelle soit systématiquement la seule solution. Dans le même temps, la ville devra accorder une place toujours plus importante au végétal. L’ambition est de constituer progressivement une véritable trame verte reliant les quartiers et le littoral. Cette vision suppose également un urbanisme qui privilégie le renouvellement urbain plutôt que l’étalement de la ville. Les grandes friches ou les secteurs en mutation devront être requalifiés pour accueillir des quartiers mixtes associant logements, équipements publics, commerces de proximité et espaces publics de qualité. Les projets engagés au Finosello et à la Miséricorde illustrent cette nouvelle manière d’aménager la ville : des quartiers plus compacts, végétalisés et connectés aux réseaux de transport. Enfin, cette transformation urbaine doit s’accompagner d’un développement économique cohérent avec le cadre de vie que nous voulons préserver. Une ville plus apaisée, mieux organisée et plus attractive est aussi une ville qui rayonne davantage. Cela suppose de valoriser notre patrimoine, de renforcer l’offre culturelle, de développer un tourisme davantage orienté vers la qualité et l’expérience, mais aussi d’accompagner l’émergence d’activités innovantes capables de créer de la valeur sur le territoire. Au fond, l’Ajaccio que j’imagine dans vingt ou trente ans est une ville tournée vers l’avenir tout en restant profondément fidèle à ce qui fait son identité et son caractère.
 
Pour revenir au scrutin, quel est, en termes électoraux, votre challenge ? Quel est, pour vous, votre adversaire principal ?
Mon objectif est de rendre compte aux Ajacciens de l’action menée, de leur présenter un bilan clair et, sur cette base, de proposer un projet solide pour l’avenir. Je souhaite avant tout que chacun puisse se forger son opinion à partir d’informations lisibles, non brouillées par le contexte. Dans cet esprit, je ne raisonne pas en termes d’adversaires, mais de confrontation de projets.
 
Pensez-vous arriver en tête au soir du 1er tour ? Avec quel score ?
À ce stade, échafauder des hypothèses relèverait davantage de la spéculation que de la responsabilité. Je suis pragmatique : je me concentre sur les résultats et sur la cohérence du projet proposé aux Ajacciens.
 
Quelle sera votre stratégie pour le 2nd tour ? Avez-vous déjà discuté ou envisagé d’éventuelles alliances ?
Encore une fois, je n’avance pas de projections. Ce que je peux simplement dire, c’est que ma démarche reste celle du rassemblement, avec la volonté de fédérer les Ajacciens autour du projet que nous portons pour la ville.
 
Quel est votre message aux Ajacciens ? Pourquoi devraient-ils voter pour vous ?
Je m’inscris dans la continuité et la stabilité d’un travail engagé depuis près de douze ans au service d’Ajaccio et du Pays ajaccien. Dans une période où beaucoup de repères peuvent vaciller, je crois profondément à la valeur de la constance, de l’expérience et de la solidité dans l’action publique. Servir Ajaccio est pour moi un honneur quotidien, que j’assume avec détermination et fidélité aux engagements pris auprès des Ajacciens.
 
Êtes-vous confiant ?
Je suis serein et concentré.