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Dans les “Epstein Files”, une mention inattendue de la Corse


Houssam Kajja le Lundi 9 Mars 2026 à 19:03

Des e-mails, des correspondances et des documents judiciaires. Les Epstein Files, rendus publics par la justice américaine, continuent de dévoiler les coulisses du téseau du financier Jeffrey Epstein. Au détour de ces archives apparaît aussi un nom inattendu : la Corse. Une présence discrète dans ce dossier tentaculaire sur lequel s'est penché Houssam Kajja, enseignant-chercheur en armée guerre et sécurité, professeur d'Histoire-Géographie, Education Morale et Civique, Lettres à l'Académie de Versailles passé par la Sorbonne.



Ce dossier n’est pas un papier d’opinion, ni un texte de rumeur. C’est une enquête documentaire. Une lecture froide de pièces judiciaires, des “Epstein Files”, repérées par leurs références EFTA, et croisées autour d’un axe simple : la Corse
Le point de départ est volontairement limité : un mot-clé, “Corsica”, tapé dans le moteur de recherche des fichiers. Rien d’autre. Pas de mise en scène. Pas d’invention. Juste une extraction. À partir de là, le travail consiste à lire, traduire, contextualiser, et surtout distinguer ce qui est prouvé de ce qui ne l’est pas. Parce que dans une affaire comme celle-ci, la facilité serait de faire du sensationnel. Et le sensationnel est l’allié du mensonge.
 
Ce protocole implique aussi une règle : ne pas accuser un lieu, un hôtel, un restaurateur, une entreprise, simplement parce qu’un nom célèbre ou infâme y serait passé. 
 
La plupart des gens ne savent pas. 
Et même quand ils savent “un peu”, ils ne savent jamais tout. La présomption d’innocence ne protège pas seulement les,personnes : elle protège aussi les territoires contre la diffamation réflexe.
 
Ce que ces documents permettent, en revanche, c’est de regarder une mécanique sociale : qui parle à qui, comment on écrit, quel vocabulaire revient, quelle place prend la Corse dans ces échanges.
Est-elle un lieu vécu ? Un décor ? Un trophée ? Un mot lâché au détour d’une phrase ? Est-elle “consommée” comme un paysage, “classée” comme une île, ou intégrée à des trajectoires de réseau ?
 
Enfin, ce dossier garde une boussole : les victimes. 
L’affaire Epstein n’est pas un feuilleton mondain. C’est une histoire d’enfances détruites, de corps utilisés, de vies fracassées. 
Tout le reste - l’argent, les cercles, les noms - n’a de sens que si cela sert à comprendre, à documenter, et à remettre la dignité au centre.
 La suite s’organise donc en blocs, chacun adossé à une ou plusieurs pièces EFTA : citations exactes, traduction française, puis analyse. 
 Sans surinterprétation, mais sans naïveté.

Le protocole, les 99 résultats et le silence des villes

L’enquête commence par un mot-clé unique : “Corsica”.
Résultat initial : 99 documents.
Quelques semaines plus tard : 93.
La question est posée, calmement : pourquoi le nombre diminue-t-il avec le temps ?
Archive mouvante ? Nettoyage progressif ? Classement dynamique ? L’observation est factuelle. Elle mérite d’être notée.

Ces 99 résultats ne concernent que le mot “Corsica”.
Pas “Ajaccio”.
Pas “Bastia”.
Pas “Calvi”.
Pas “Pianotoli”.
Pas “Figari airport”.
Pas “Porto-Vecchio”, du moins pas directement.

Cela signifie une chose simple : il existe potentiellement d’autres documents si l’on élargit les mots-clés. L’enquête n’est pas exhaustive. Elle est méthodique.
Et justement, quand on élargit aux grandes villes corses, un fait frappe : aucune ne ressort dans les correspondances étudiées, à l’exception d’un seul élément indirect concernant Porto-Vecchio.

Dans le document EFTA00507401, Jeffrey Epstein apparaît inclus dans une chaîne de mails où il est écrit : "departing from porto vecchio”
Traduction :
« départ depuis Porto-Vecchio »

Il ne s’agit pas d’un message écrit par lui, mais d’un mail dans lequel il est inclus. Il est dans la boucle. Il est informé. On parle d’un départ maritime, vraisemblablement en yacht.
Aucun autre élément n’indique une présence hôtelière.
Aucun nom d’établissement.
Aucun restaurant.
Aucun hôtel.
Aucune réservation identifiable.

Ce silence est important.
Car il invalide une lecture simpliste : il n’y a pas, dans ces fichiers, de preuve d’implantation logistique corse structurée. Pas d’ancrage hôtelier. Pas de réseau identifié sur l’île. Pas de structure visible.

La Corse, dans ces fichiers, n’apparaît pas comme un centre d’activité. Elle apparaît comme une mention.
C’est fondamental.
Le territoire n’est pas décrit dans sa chair sociale. Il n’est pas question de rencontres locales, de structures locales, d’acteurs insulaires. Il est évoqué comme un point sur une carte, un lieu de passage, éventuellement un décor maritime.
Et cela éclaire la suite.

Car lorsqu’on retrouve dans EFTA00899307 la phrase :
the islands are primitve capri. corsica , greece.”
Traduction :
« les îles sont primitives : Capri, la Corse, la Grèce »
On comprend que la Corse n’est pas pensée comme une société. Elle est pensée comme une catégorie esthétique.

Ce que révèlent ces premiers documents, ce n’est pas une infiltration.
Ce n’est pas une organisation.
Ce n’est pas un réseau corse.
C’est un regard extérieur.
Et ce regard est celui d’un homme qui classe les lieux comme il classe les gens : par utilité, par goût, par projection.

Il ne parle pas d’Ajaccio.
Il ne parle pas de Bastia.
Il ne parle pas de familles, d’histoire, de culture.
Il parle d’îles.
Il parle d’esthétique.
Il parle de style.

La Corse, dans cette première couche documentaire, n’est pas une complice. Elle n’est même pas un partenaire. Elle est un nom dans une phrase.

Et c’est précisément pour cela qu’il faut rester rigoureux : à ce stade des documents, ce que l’on voit, ce n’est pas une participation, mais une évocation.
La méthode doit rester plus forte que l’émotion.
 
 

Prochain article : Le trio "Woody”, Las Vegas et la Corse (Cooptation du vice)