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Municipales – Francis Riolacci : « Notre liste est le seul vote pour renouer avec une politique de gauche à Bastia »


Nicole Mari le Jeudi 12 Mars 2026 à 12:00

Soutenu par le Parti communiste français, Francis Riolacci est candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia avec sa liste « Bastia in Cumunu ». Se présentant comme le seul vote pour renouer avec une vraie politique de gauche, il critique le bilan de la majorité sortante nationaliste, estimant qu’elle a sacrifié le pouvoir d'achat des Bastiais, et appelle à la sanctionner. Il se dit prêt à une union au second tour avec les autres listes d’opposition, à l’exception de l’Extrême-droite, pour permettre une alternance sociale et écologique. Et affiche deux priorités : le port de la Carbonite et le nouvel hôpital.



Francis Riolacci, candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia avec sa liste « Bastia in Cumunu », soutenue par le Parti communiste français.
Francis Riolacci, candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia avec sa liste « Bastia in Cumunu », soutenue par le Parti communiste français.
- Vous avez présenté votre liste. Comment la qualifieriez-vous ?
- C'est une liste composée de femmes et d'hommes engagé.e.s afin de renouer avec une politique de gauche pour Bastia. Leur engagement professionnel, social, culturel et associatif est un atout pour mettre en œuvre ce changement. Elle est soutenue par le Parti communiste français (PCF) et comporte 40% de candidat.e.s de sensibilité de gauche non adhérent.e.s au PCF.
 
- Quel bilan tirez-vous de la mandature sortante ?
- Dresser le bilan des deux mandatures sortantes, c'est faire l'état des lieux pour proposer une autre politique. Depuis 2014, la majorité municipale et communautaire sortante a asséné un matraquage fiscal sans précédent. Plus de 25 millions d’euros d'impôts et de taxes ont été prélevés dans le porte-monnaie des Bastiais(e)s, leur pouvoir d'achat a été sacrifié. Depuis 2016, particulièrement après 2020, le prix de l'eau a augmenté de 50% et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a été multiplié par deux. Enfin, Bastia connaît une grave crise du logement : 2000 demandes de logements sociaux non satisfaites, 4000 Bastiais occupent des logements surpeuplés, les constructions neuves et les loyers sont trop chers pour la majorité de la population. Les jeunes couples s'installent hors de Bastia. Il y a 500 enfants en moins dans nos écoles. La politique de la majorité sortante a aggravé la situation sociale de milliers de ménages. En outre, à la suite de la création de la collectivité unique, notre ville a perdu sa place centrale de la vie politique, administrative et économique du département. Il faut une sanction de gauche à ce bilan social désastreux.
 
- Quelle est, selon vous, la principale problématique à laquelle Bastia est confrontée ?
- Le pouvoir d’achat et le logement sont deux problématiques liées. Pour y répondre, nous voulons renouer avec une politique de justice sociale et fiscale, une politique de gauche.
 
- C’est-à-dire ?
- La justice sociale et fiscale redonnera confiance en l'avenir de Bastia. Cette politique de gauche nouvelle améliorera la vie quotidienne, rendra du pouvoir d'achat, offrira un logement abordable pour les personnes aux revenus modestes, permettra l'installation de jeunes et de familles nouvelles. Pour notre liste, le progrès social est le socle sur lequel doit se construire ce redressement.
 
- Trois sujets dominent cette campagne, le logement, le social et l’insécurité. Quelles solutions proposez-vous ?
- Dès le début de la mandature, nous proposerons un « bouclier social » pour réduire le prix de l'eau domestique et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Pour l'eau domestique, nous établirons une tarification sociale et progressive : les premiers 15 m3 gratuits et une tarification par tranches. Un prix modéré jusqu'à 80 m3, un prix coûtant jusqu'à 200 m3, un prix majoré au-delà - les familles nombreuses recevront une compensation. Nous déciderons d'affecter le produit de la taxe foncière de la CAB pour réduire celui de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Nous agirons pour hâter une solution de traitement des déchets que la politique de l'Exécutif régional a échoué à organiser. Nous déciderons la gratuité des transports en commun pour offrir une plus grande attractivité aux déplacements collectifs - trois quarts des Bastais(e)s se rendent au travail en voiture - et alléger le trafic. Nous organiserons le soutien scolaire public et gratuit de la maternelle au lycée et l’aide aux devoirs en concertation avec les enseignants. Nous réduirons le tarif de la cantine scolaire, allant de la gratuité pour les enfants de familles monoparentales précaires et une gradation jusqu'à 2 euros le repas selon le quotient familial. Nous créerons une délégation d’adjoint.e aux droits de l’enfant chargée de faire respecter le droit au logement digne, l’égalité des chances, la protection contre les violences. Nous aiderons les séniors en situation de précarité énergétique en attribuant un "chèque énergie" de 50 euros. Nous soutiendrons les activités sportives, culturelles et de loisirs des jeunes en proposant une aide allant jusqu'à 75 euros, selon le quotient familial.
 
- Que proposez-vous en matière de logement ?
- Nous engagerons un programme de construction de 1500 logements sociaux pour répondre à l'urgence. Nous déciderons l'encadrement des loyers pour empêcher leur envolée. Nous favoriserons l'accession sociale à la propriété par la création du bail social solidaire. Nous créerons une foncière du logement pour réduire le nombre de logements vacants du centre-ville (800) et offrir des appartements rénovés à la vente en primo-accession ou à la location. Nous restreindrons le logement locatif type Airbnb.
 
- Et en matière de sécurité ?
- Le débat sur la sécurité mérite mieux qu'une surenchère électorale. La sécurité est un droit, pas un privilège. Cela exige une vision : celle d'un service public de la sécurité cohérent, égalitaire, fidèle à l'esprit républicain. La sécurité se construit avec les habitants, les associations, les éducateurs, les policiers de terrain. La tranquillité publique ne saurait être détachée du logement, de l'école, de l'emploi. Comment faire lorsque les effectifs de la police nationale fondent ? Nous demandons le renfort en effectifs et en moyens de la police nationale pour lutter efficacement contre la délinquance. La République doit sanctionner mais elle doit aussi prévenir, accompagner, réparer. Nous veillerons à la tranquillité publique avec une police municipale de proximité dont les missions seront le dialogue et, si nécessaire la sanction des incivilités telles que les nuisances sonores, les dépôts sauvages, les abus d'occupation du domaine public, pour faire respecter le droit à la mobilité des personnes handicapées et des PMR. A cet effet, l'ouverture d'un poste dans le secteur Sud de la ville est proposée. Nous ne doterons pas la police municipale d'arme létale sous peine de voir un transfert de la mission de la lutte contre la délinquance sur les communes avec les risques pour les agents et des charges financières nouvelles pour la ville. Nous veillerons à mieux détecter les violences contre les femmes et les enfants, particulièrement les violences intra familiales qui sont en forte augmentation. Enfin, contre la pression mafieuse, nous ferons analyser en amont les offres de marchés publics par le parquet financier et le pôle anticriminalité. Ces juridictions aideront les élus à détecter l'éventuelle pénétration d'intérêts mafieux dans les entreprises soumissionnaires et d'actionner, le cas échéant, l'article 40.
 
- Quels seront les autres axes forts de votre programme ?
- La santé, la culture, la transition écologique et la démocratie seront des axes forts de la politique municipale. Nous proposons de créer une maison de santé municipale dans l'îlot de la Poste, au cœur de Bastia. Nous agirons pour obtenir la construction du nouvel hôpital dans cinq ans. Notre politique culturelle s'appuie sur le secteur associatif comme outil de médiation vers tous les publics, particulièrement vers les quartiers populaires, et sur le service public pour garantir l'égalité d'accès à la culture. Nous garantirons la pérennité des festivals qui font rayonner Bastia et nous travaillerons en étroite collaboration avec les associations. Nous viserons un label de scène nationale pour le théâtre dont le dossier de rénovation sera évalué pour le rendre opérationnel au plus vite. Nous engagerons la rénovation thermique des écoles pour le confort de travail des élèves et des enseignant(e)s. Nous créerons des oasis de verdure dans les cours. Nous installerons des panneaux solaires sur les toits des bâtiments communaux, quand ce sera possible. Nous favoriserons l'installation de jeunes agriculteurs sur les 110 ha d'espaces stratégiques agricoles de la commune. Nous rendrons la vie municipale plus accessible et plus participative : questions écrites des citoyens inscrites à l'ordre du jour du conseil municipal, votations citoyennes, retransmission en direct des séances du conseil municipal, tenue d'un conseil municipal sur deux dans les quartiers du Sud de la ville.
 
- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ? Quelles mesures urgentes faudrait-il prendre ?
- Bastia doit préparer son avenir dès la prochaine mandature. Il faut tout à la fois renouer avec une politique de gauche et obtenir les moyens de la solidarité nationale pour promouvoir un développement économique et social ambitieux. Les baisses de dotations aux collectivités locales et à la santé font peser un risque sur deux projets majeurs indispensables à l'avenir de Bastia : le port à la Carbonite et le nouvel hôpital. En ayant à l’esprit l’urgente nécessité de réaliser ces infrastructures essentielles, notre combat pour Bastia passe aussi par l’exigence d’une autre politique nationale.
 
- Quelle est la vision de votre commune à 20 ou 30 ans ?
- Le port est la dernière chance d'éviter que notre ville ne devienne une cité sinistrée socialement et économiquement. L'engagement de sa réalisation a déjà pris trop de retard. Les Bastiais(e)s doivent être consultés pour en décider. Si leur vote est favorable, il faut penser à une nouvelle échelle les espaces économiques, les voies d'accès et de dégagement, le nouvel équilibre entre le centre et le Sud de la ville, le pôle multimodal des liaisons urbaines et ferroviaires, la reconversion du bassin actuel pour une nouvelle attractivité du centre-ville. La création des emplois pour sa construction et son fonctionnement favorisera les jeunes bastiais.e.s dont il faudra préparer leurs logements, leurs écoles, les services publics nécessaires. La construction du nouvel hôpital, favorisera, elle aussi, la création d'emplois pour les jeunes bastiais.e.s. Cet hôpital sera le centre opérationnel d'une offre de santé plus importante pour notre ville. Le quartier de Toga sera repensé comme un nouveau centre de vie sociale et économique : possible installation d'un collège, de nouvelles habitations, de commerces, d'activités liées à la réparation navale et à l'économie du nautisme, de loisirs, d'espaces verts. Si Bastia est une ville moyenne -50 000 habitants -, elle doit avoir l'ambition d'une grande ville. Son avenir ne doit plus se décider ailleurs. La collectivité unique a été imposée aux Bastais.e.s qui l'avait rejetée à plus de 70% lors du référendum de 2003. Les Bastiais.e.s peuvent-ils faire confiance à ceux qui sont à l'origine de son déclassement ?
 
- Pour revenir au scrutin, quel est, en termes électoral, votre challenge ? Quel est, pour vous, votre adversaire principal ?
- Le vote en faveur de notre liste est le seul vote de gauche contre le bilan injuste de la majorité sortante et le seul vote pour renouer avec une politique de gauche. C'est le vote pour une gauche utile au changement que souhaitent les Bastiais.e.s. Notre objectif électoral est de participer au second tour pour rendre crédible une alternance sociale et écologique. Notre adversaire principale, c'est la politique de la majorité municipale sortante qui a sacrifié le pouvoir d'achat des Bastais.e.s.
 
- Quel score escomptez-vous au soir du 1er tour ?
- Les Bastais(e)s placeront, c'est certain, le vote sanction en tête du premier tour. Notre liste aura contribué à ce résultat qui peut ouvrir l'espoir d'une politique plus juste et plus efficace.
 
- Quelle sera votre stratégie pour le 2nd tour ? Avez-vous déjà discuté ou envisagé d’éventuelles alliances ?
- Si le vote sanction est très large, notre responsabilité sera de travailler dès la clôture du scrutin au rassemblement des listes d'opposition situées dans l'arc républicain, à l'exception de l'Extrême-droite, pour proposer une alternative à la majorité municipale sortante. Nous proposerons de conclure un pacte municipal pour le redressement social, économique et politique de Bastia et répondre à l'urgence sociale que le vote du premier tour aura manifestée. C'est le sens des responsabilités qui guidera notre conduite. Ni recherche "de la meilleure offre", ni marchandage pour être des "faiseurs de roi". Notre démarche est constante : c'est par la clarté et par la cohérence que nous convaincrons les Bastiais.e.s.
 
- Si vous ne passez pas le cap du 1er tour, qui soutiendrez-vous ?
- Nous analyserons la situation politique et ses enjeux : quel sera le danger principal à éliminer pour Bastia ? Existera-t-il une offre crédible d'une politique municipale plus juste ? Si l'Extrême-droite est le danger principal, nous appellerons au barrage républicain. Si les autres listes d'opposition entendent faire une offre commune, nous y contribuerons. Tout se fera sous le regard des Bastais.e.s dans la plus grande clarté.
 
- Bastia est-il mûr, selon vous, pour une alternance politique ?
- Les Bastiais.e.s connaissent l'attachement des candidats communistes, de leurs colistières et de leurs colistiers aux intérêts populaires. Vous pouvez compter sur eux pour les défendre et les faire avancer en toutes circonstances. Les intérêts populaires sont étroitement mêlés à l'histoire et à l'avenir de Bastia.
 
- Quel est votre message aux Bastiais ? Pourquoi devraient-ils voter pour vous ?
- Dans les luttes sociales comme dans la gestion des affaires communales, les communistes et apparenté.e.s ont montré et continuent de montrer leur total engagement, leur total désintéressement pour des carrières politiques et des avantages personnels, une résistance aux pressions des puissances d'argent. Pierre Giudicelli, Albert Stefanini, Ange Rovere ont été des premiers adjoints dans les municipalités de gauche avec à leur tête Jean Zuccarelli et Emile Zuccarelli. Le bilan impressionnant de ces municipalités est encore dans toutes les mémoires. Leur empreinte est partout présente en ville. Leur exemple est notre boussole : ils nous ont enseigné le dévouement total pour l'intérêt général pour Bastia.
 
- Etes-vous confiant ?
- Sereins.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.