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Municipales. Devant près de 700 personnes, Jean-Paul Carrolaggi et sa liste Aiacciu Vivu mènent l'offensive contre la majorité sortante


le Jeudi 12 Mars 2026 à 23:13

À trois jours du premier tour des municipales, Jean-Paul Carrolaggi et ses colistiers d’Aiacciu Vivu ont sorti l’artillerie lourde contre la majorité sortante, à l’occasion de leur meeting au Palais des congrès ce jeudi soir. Durant près de deux heures, la liste d'union nationaliste a multiplié les critiques contre la gestion municipale actuelle, tout en appelant les Ajacciens à se rassembler pour « changer de système ».



(Photos : Paule Santoni)
(Photos : Paule Santoni)
C’est un meeting fleuve que Jean-Paul Carrolaggi et ses colistiers ont livré pendant près de deux heures ce jeudi soir. À trois jours du premier tour des municipales, la liste Aiacciu Vivu avait donné rendez-vous à ses soutiens à l’auditorium du palais des Congrès pour ce qui s’est voulu une démonstration de force devant une salle archi-comble, où beaucoup ont dû rester debout dans les travées. Si bien que la liste d’union nationaliste estimera que ce sont près de 700 personnes qui ont tenu à être présentes pour cette grand-messe de fin de campagne qui s’est déroulée dans une ambiance survoltée et rythmée par les musiques choisies par les intervenants qui ont résonné dans l’auditorium, noyé sous une nuée de bandere, entre chaque prise de parole.


« Nous ne sommes pas un espoir, nous sommes la solution »
 
Premier à ouvrir les hostilités, Jean-André Miniconi, qui guidait sa propre liste en 2020, et qui a cette fois choisi d’adhérer à la liste d’union nationaliste où il figure en 9e position, a immédiatement donné le ton. «Ajaccio se lève. Les quartiers se lèvent et la mairie commence à trembler », a lancé le chef d’entreprise avant de se lancer dans un réquisitoire acerbe contre le bilan de la majorité sortante. « Notre ville mérite plus. Regardez notre centre-ville : le soir à 18 heures on se croirait en plein Covid. Les commerces ferment. On ne peut plus se garer. Dans le même temps, on fait un téléphérique dont personne ne voulait, qui part de nulle part pour aller nulle part. C’est la politique du gadget. Il restera comme le mémorial de l’incompétence », siffle-t-il, « Et puis, on ne peut plus se loger. Dans toutes les villes on a régulé les Airbnb. Ici, on a juste fait un petit encart dans un programme. Mais ils ont aussi eu une autre idée de génie : faire la métropole ! Ils ne savent pas gérer une ville à 75 000 habitants, mais ils vont faire une ville à 100 000.  Cela représente 8000 logements. Vous voyez cela à Ajaccio ? Ce n’est pas sérieux ! ». En  parallèle, le conseiller municipal d’opposition promet qu’Aiacciu Vivu entend « s’occuper des Ajacciens ». « Imaginez une ville où on peut circuler où on peut se garer, où on peut rentrer en tram, avec des navettes électriques qui vont tout desservir, imaginez un centre-ville piéton, des crèches, des jeunes parents qui pourront habiter et travailler en ville car nous allons faire revivre l’économie. Nous voulons faire renaître u spiritu aiaccinu», dessine-t-il en lançant : « Cette élection n’est pas une alternance. C’est la fin d’un système claniste, et nous sommes le seul rempart. Nous ne sommes pas un espoir, nous sommes la solution. Le changement est possible mais seulement si tout le monde se rassemble. Voter pour une liste qui ne peut pas gagner c’est aider ceux qui sont déjà au pouvoir ». 
 
Derrière lui, Mattea Bonnafoux appellera à « construire ensemble un Ajaccio plus fort, plus juste et prête pour le futur ». Si pour ce faire les défis sont « nombreux », la conseillère bancaire de 23 ans soulignera que l’accès au logement fait figure de grande priorité tant « le parcours vers la première acquisition de plus en plus décourageant » pour les jeunes Ajacciens et « se projeter dans l’avenir devient un véritable défi pour une génération entière ». « Nous voulons nous battre pour que chacun puisse trouver sa place et se loger à Ajaccio », martèlera-t-elle. « Nous voulons lutter contre la spéculation, la dépossession afin de garantir au. Ajacciens le droit de vivre dans leur ville. Nous voulons mettre en place une régulation des meublés de tourisme pour qu’Ajaccio reste une ville où l’on vit, pas seulement ou l’on passe. Nous voulons réguler l’arrivée massive de personnes fortunées venues de l’extérieure qui accaparent les biens pour en faire des meublés de tourisme. Nous voulons mettre en place le statut de résident, le Bail réel solidaire et mobiliser les dispositifs de la loi Le Meur », détaillera-t-elle en sifflant : « Toutes ces solutions les sortants ont choisir de ne pas les mettre en place. Ils auraient pu le faire, ils auraient dû le faire. Nous, nous le ferons ». 
 
« Redonner confiance aux Ajacciens »
 
Dans la même ligne, Luc Bernadini, 5e de la liste, continuera à tirer à boulets rouges sur la majorité sortante. « On nous parle sans arrêt d'insécurité. Mais la vraie insécurité, c'est le dérèglement d'une société provoquée par une invasion sociale culturelle, économique. La vraie insécurité, c'est celle d'un jeune couple ajaccien qui ne peut plus acheter un logement parce que des petites surfaces sont transformées en meublé touristiques parce qu'une une économie spéculative du bâti ne profite qu'à quelques-uns. La vraie insécurité, c'est celle du commerçant qui ferme boutique parce que certains ont décidé de vampiriser l'économie entière d'une ville. La vraie insécurité, c'est celle du chantage au travail, celle de la perte de confiance en l'élu, l'élu qui oublie qu'il est le porte-voix du peuple et qui finit par servir des intérêts personnels. Voilà la vraie insécurité », fustigera-t-il en assurant qu’Aiacciu Vivu veut pour sa part « redonner confiance aux Ajacciens sur la base d’un programme ambitieux, courageux, et révolutionnaire pour notre ville ». 
 

Julia Tiberi, numéro 2 de la liste, lancera pour sa part un appel à « ceux qui ne nous sommes pas acquis mais qui veulent vouloir tomber cette majorité municipale ». « Il ne faut pas considérer que le 1er tour est un tout d’essai. Les rapports de force se font dès dimanche soir. Dès le premier tour il faut un vote utile ». Pour tenter de convaincre les indécis, l’ex-bâtonnier s’attachera ensuite à inscrire la démarche d’Aiacciu Vivu dans une rupture politique assumée avec la gestion municipale actuelle « tant au niveau des projets que de la vision de notre ville à moyen et long terme et de la gouvernance ». « Depuis trop longtemps, notre ville fonctionne selon des logiques que chacun connaît. Une gestion fermée, un entre-soi et des habitudes de pouvoir qui donnent le sentiment que la mairie appartient à quelques-uns plutôt qu’à tous les Ajacciens », grincera-t-elle en soutenant que cette mécanique a fini par installer un climat délétère dans la vie publique locale. « Cette majorité municipale considère les gens comme des obligés, non comme des administrés. Cette majorité municipale est à l’origine d’un système complètement asphyxiant, dont il nous faut sortir ».
 
Julia Tiberi opposera à ce fonctionnement la volonté d’ouvrir un autre cycle politique. « La société ajaccienne ne peut pas s’épanouir dans ces conditions. Nous voulons une société qui respire, une société dans laquelle on a le droit d’être en désaccord et même d’être un opposant », expliquera-t-elle en insistant par ailleurs : « Nous n’avons rien à gagner à titre personnel dans cette histoire. On délaisse nos vies, y compris professionnelles, et ce sont des sacrifices. Mais ces sacrifices, on les fait volontiers, parce que notre engagement résulte d'une nécessité politique, d'une urgence sociale et d'une urgence sociétale. Notre engagement, il résulte de notre lutte contre la spéculation et la dépossession foncière et immobilière, contre l'érosion de l'identité ajaccienne et corse, contre la dilution des liens sociaux, contre l'urbanisation frénétique et anarchique, contre la dilution de notre population ».

Si la majorité sortante a été désignée comme l’adversaire à abattre tout au long de la soirée, Jean-Paul Carrolaggi tiendra tout de même à envoyer une petite pique à peine voilée à l’adresse de l’autre liste nationaliste menée par Pascal Zagnoli, qui avait accusé ses adversaires d’être des « militants de salon » lors de son meeting la semaine précédente. « J’ai fréquenté beaucoup d’endroits mais pas les salons et les loges où se discutent à l’abri des regards des stratégies qui n’aboutissent jamais », glissera-t-il en posant haut et fort : « Nous avons un seul objectif : faire tomber l’équipe sortante pour changer Ajaccio. Il n’y a pas de stratégie occulte en vue des territoriales. Je ne suis la marionnette de personne ».

« La majorité sortante ne tient que par un système d'affiliés et d'obligés »
 
Et d’évoquer, pour enfoncer le clou, les raisons profondes de son engagement « Depuis plus de 30 ans, je suis médecin dans le quartier des Salines. Trois décennies que je reçois, que j'écoute, que j'accompagne des familles, des travailleurs, des personnes âgées, des jeunes. Dans mon cabinet, j'ai pu observer au quotidien les difficultés bien rares auxquelles sont confrontées de trop nombreux Ajacciens. La précarité, les problèmes de logement, les fins de mois qui commencent dès la première semaine ». Une expérience qui  l’a amené à une conviction : « La politique ne doit jamais être déconnectée de la vie des gens. Elle doit partir de leur réalité, de leurs besoins, de leurs espoirs. C'est pour cela que nous sommes ici ».
 
Dans la foulée, le chef de fil d’Aiacciu Vivu s’attaquera frontalement à la gestion municipale actuelle, évoquant « des élus enfermés dans leur arrogance et leur mépris, totalement sourds aux besoins des gens ». « Les Ajacciens en ont marre de la gabegie, marre de voir l'agent public dépenser sans vision, sans cohérence, sans aucun bénéfice pour la population, alors que les poches de quelques-uns se remplissent. Les Ajacciens en ont marre des magouilles, de ces arrangements qui font passer certains intérêts particuliers avant l'intérêt général. Ils en ont marre aussi de voir leur ville livrée aux promoteurs, à la spéculation et au surtourisme. Une ville qui chasse ses enfants vers la périphérie pour faire la part belle aux nouveaux arrivants fortunés et aux locations saisonnières. Et dont le centre-ville perd son âme en même temps que ses commerces et ses habitants. Partout prédomine le sentiment d'asphyxie. Asphyxie démographique en premier, liée à l'arrivée de plus d'un millier de personnes par an qui alimente le sentiment de délitement identitaire et de dépossession », tancera-t-il
 
Face à ce constat, Jean-Paul Carrolaggi revendiquera défendre avec Aiacciu Vivu « un programme de rupture radicale avec la gestion municipale actuelle » et « la construction d’un véritable modèle alternatif ». « Nous voulons une ville qui protège ses habitants contre la spéculation, une ville qui maîtrise son développement et qui refuse de sacrifier son identité à des intérêts économiques à court terme », esquissera-t-il en estimant par ailleurs que la majorité sortante ne « bénéficie pas d'une adhésion populaire ». « Elle ne tient que par un système d'affiliés et d'obligés. Et ce système, les Ajacciens n'en veulent plus », affirmera-t-il encore avant de conclure : « Nous sommes les seuls en capacité de renverser la clique politico-affairiste qui s'est installée à la maison Carrée. Nous avons une occasion unique d'inscrire Ajaccio dans la voie du changement et de l'émancipation. Ne la laissons pas passer ».