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Montagne corse : L’Office de l’environnement étudie la sur-fréquentation du GR20


Nicole Mari le Mardi 18 Juin 2019 à 21:48

La montagne corse sera-t-elle victime de son succès ? Les sites prestigieux sont-ils menacés par la sur-fréquentation estivale ? Un enjeu majeur auquel doit faire face l’Office de l’environnement de la Corse (OEC) qui a mis en place, en partenariat avec l’Agence de tourisme (ATC), l’Université et le parc régional (PNRC), un projet d’étude et de gestion des flux de fréquentation de la montagne corse. Depuis le 17 juin et jusqu’au 17 septembre, une escouade de jeunes saisonniers entourés par des agents permanents enquêtent et accueillent les randonneurs sur le GR20 et les sentiers du patrimoine. L’objectif est de mieux maîtriser les flux pour préserver le patrimoine naturel exceptionnel de l’île, sans entraver la liberté de circulation des personnes, tout en évitant la touristophobie. Explications, pour Corse Net Infos, de Marie-Luce Castelli, conseillère technique en biodiversité auprès du président de l’OEC.




Le lac de Ninu dans le Niolu, est situé à 1760 m d'altitude, sur l'étape du GR20 Ciottulu di i Mori - Manganu.
Le lac de Ninu dans le Niolu, est situé à 1760 m d'altitude, sur l'étape du GR20 Ciottulu di i Mori - Manganu.
- Pourquoi avez-vous lancé un tel projet ?
- Notre île est globalement soumise à une fréquentation touristique très forte, surtout dans les sites sensibles. Aujourd’hui, cette fréquentation commence à basculer des sites du littoral vers les sites de montagne. On observe une augmentation de la pression touristique sur certains sites prestigieux comme la vallée de la Restonica ou Bavella. Avant de se retrouver dans une situation complexe de flux que l’on ne serait plus à même de gérer et suite aux discussions qui ont lieu à l’Assemblée de Corse sur la fréquentation des sites majeurs, nous avons proposé à nos élus de nous engager dans une mission d’étude et de gestion de la fréquentation de la montagne corse.
 
- Sur quelle période et quelles modalités ?
- Nous avons conçu cette étude sur la saison estivale du 17 juin au 17 septembre 2019. Elle porte, cette année, sur la chaîne centrale de l’île, tout le GR20 de Calenzana à Conca, également sur les sentiers du patrimoine. En fait, tout ce qui concerne la randonnée. Nous irons, ensuite, sur d’autres sites majeurs, et petit à petit, nous couvrirons toute l’île. Cette étude nous fera disposer de données qui nous permettront de proposer des actions concrètes pour concilier la préservation de l’espace et le développement économique.
 
- L’idée serait-elle d’instaurer des quotas de fréquentation à l’instar de certains grands sites touristiques dans le monde ?
- Il faut faire attention ! Dans le droit français, le domaine public doit être accessible à tout le monde. Vouloir mettre des quotas, c’est déjà prendre des orientations sans disposer de données précises. Avant de parler de quotas, il faut, d’abord, savoir combien de gens fréquentent les sites. Aujourd’hui, nous n’avons pas de données fiables. Nous ne savons pas qui vient, où et comment, que font les gens et quels sont leurs objectifs… Il faut arrêter de travailler de manière empirique et se professionnaliser pour proposer aux territoires des solutions concrètes. D’autant que la sur-fréquentation est quelque chose de multifactoriel qui fait l’objet de beaucoup d’études de la part de scientifiques et surtout de sociologues.
 
- C’est-à-dire ?
- On sait à posteriori quand un site est sur-fréquenté, jamais à priori. Aujourd’hui, on ne sait pas définir les capacités de charge d’un territoire. Ce n’est pas possible ! On ne le sait que lorsque l'un des facteurs commence à bouger. Cela peut être l’atteinte au milieu naturel, mais aussi l’acceptabilité sociale, lorsque, par exemple, on a réussi à protéger le milieu naturel, mais l’afflux touristique est tellement fort que la population locale n’est plus à même de l’absorber. Cela peut être une capacité de charge liée aux ressources naturelles : par exemple, il n’y a plus assez d’eau pour l’alimentation ou plus assez de systèmes pour gérer le surplus de déchets. Cela peut être, enfin, l’esprit des lieux : on vient dans un site pour son aspect naturel, mais si pour y accéder, on fait la queue comme dans le métro, les gens ne reviendront plus. Le projet, que nous menons, est assez précurseur parce qu’il mêle les deux aspects : scientifique et sociologique.
 
- De quelle manière ?
- Nous allons mettre en place des éco-compteurs à des points stratégiques pour quantifier la fréquentation sur le GR20 et sur la Réserve Naturelle du Monte Ritondu. Mais, ces outils de comptage, qui indiqueront les pics et les périodes, ne suffisent pas. Une équipe de saisonniers sera présente et posera, aux touristes et aux locaux qui fréquentent ces sites, des questionnaires pour savoir quels types de population fréquentent le sentier, pourquoi, comment, dans quels objectifs… Elle va aussi identifier les nœuds de fréquentation, les endroits où est concentré le plus de monde, les endroits les plus abîmés. Sa présence sur site sera très intéressante en termes dissuasif, mais aussi en termes d’animation et de transmission de bons comportements, notamment concernant la préservation du milieu naturel. Dans ce cadre-là, une équipe de gestion est très importante pour le milieu naturel.
 
- Comment avez-vous formé l’équipe ?
- Nous avons posé un profil de recrutement sur le site Internet de l’OEC. Des gens d’âges différents ont postulé, nous en avons retenu une vingtaine. Tous connaissent la montagne. Beaucoup suivent une formation « Accompagnateur » ou sont pompiers volontaires. Nous avons mutualisé avec les deux agents permanents de la Réserve naturelle du Monte Ritondu. L’opération est animée et coordonnée par l’Office de l’Environnement en partenariat avec l’Agence de tourisme (ATC), l’IAE Tourisme de l’Université de Corse le CNRS, le parc naturel régional (PNRC) et la mairie de Corte. Ils nous aideront à faire un état des lieux et établir un diagnostic pour mettre en place, à partir de l’année prochaine, des opérations d’aménagement, de restauration de milieu ou de gestion physique directe.
 
- En dehors des quotas, à quels types d’opérations pensez-vous ?
- Prenons un exemple. On veut installer un système de stationnement près d’un site. Si on ne sait pas combien de véhicules y passent, comment dimensionner ce parking ? Si on veut instaurer un quota, quelle dimension choisir et à quel niveau se placer ? Si on ne sait pas combien de gens sont présents sur le site, c’est impossible à faire ! Certains endroits sont plus érodés que d’autres, mais cela peut venir aussi d’une absence de gestion. Un territoire fréquenté par des touristes est forcément un territoire qui doit être géré. La non-gestion est un défaut de gestion ! Si on ne fait rien, les sites vont s’user.
 
- Une fois ces données collectées, quel sera le calendrier ?
- J’ai fixé comme objectif de produire les premières analyses dès le mois de novembre. Le but est d’être assez réactif. Une étude de fréquentation n’est pas un One shot, mais un outil d’aide à la gestion. Le plus gros du travail sera fait pendant les trois premières années. Ensuite, nous aurons moins besoin de personnels sur site. La première année, nous nous focalisons sur l’acquisition de données qui nous permettront de savoir si les orientations, que nous avons prises en matière de gestion, fonctionnent ou pas. Par exemple, si nous redirigeons un sentier vers un autre site, ce site sera-t-il fréquenté ou pas ? Le milieu du site abimé se restaurera-t-il ou pas ? Les éco-compteurs, une fois placés, ont des batteries qui dure dix ans et permettent, donc, de recueillir des informations pendant ce laps de temps. La gestion se travaille sur un temps long.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 





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