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Le soldat Joseph Gabrielli, fusillé le 14 juin 1915…


Rédigé par le Dimanche 11 Novembre 2018 à 08:00

Joseph Gabrielli, berger de son état, n’avait jamais quitté la Corse, ni même son village natal de Pietraserena quand il fut mobilisé au 140e régiment d’infanterie alpine de Grenoble. Bien qu’il soit illettré et "débile intellectuel", on l’affecte à la 6e compagnie où on a plus besoin de son corps que de son esprit. Le 8 juin 1915, au cours d’une attaque, il est légèrement blessé. Son chef l’envoie se faire panser au poste de secours.
En revenant, il s’égare et ne retrouve plus sa compagnie.




Le soldat Joseph Gabrielli, fusillé le 14 juin 1915…
On le retrouve cinq jours plus tard, terré au fond d’une cave à Colincamps (Pas de Calais).
Interrogé il déclare (avec peine, car il parle très mal le français) aux gendarmes : "Mon régiment est rentré dans la tranchée la nuit du 6 au 7. J’ai pris part à plusieurs combats. Dans la nuit du 12, ma compagnie est partie à l’attaque, j’ai suivi mes camarades, mais à la fin des combats, je ne les ai pas retrouvés. Je suis revenu à la tranchée, mais, comme il n’y avait plus personne de mon régiment, je suis parti sans savoir où j’allais. Je suis arrivé à Colincamps vers quinze heures, j’ai cherché ma compagnie sans la retrouver, c’est alors, que j’ai eu l’idée de descendre dans la cave d’une maison abandonnée où je suis resté pendant deux jours. J’ai perdu mon fusil et mon sac dans la tranchée."


Le rapport rédigé par le commandant de la prévôté donne une autre version des faits :
« Le soldat Gabrielli a disparu de sa compagnie le 8 juin au matin et a été signalé par son caporal d’escouade comme manquant à l’appel. Dans la même journée, des soldats de la compagnie faisant le service de ravitaillement ont attesté avoir vu Gabrielli au poste de secoure du bataillon. »
D’après l’enquête faite auprès de ses chefs, et de ses camarades, il ressort que Gabrielli est considéré "comme un simple d'esprit élevé à l’état sauvage et surtout employé à creuser des latrines ou des tranchées."
Il est néanmoins traduit devant le conseil de guerre spécial du 140e R.I.A.


Voici la transcription d’une partie de l’interrogatoire de l’accusé faite par le commissaire du gouvernement.
- Quand avez-vous quitté votre compagnie et à quelle heure ?
- Je ne m’en souviens pas…
- Pourquoi l’avez-vous quittée ?
- J’ai reçu un obus près de moi et je ne me rappelle plus rien…
- Combien de jours êtes vous resté absent de votre compagnie ?
-Trois jours.
- Pourquoi n’avez-vous pas cherché à regagner votre compagnie le plus tôt possible ?
- J’ai cherché partout et je n’ai pas trouvée.
- Où avez-vous été trouvé ?
- Dans une cave.
- Est-ce dans une cave que vous cherchiez votre compagnie ?
- Je n’y ai couché qu’une nuit.
- Pourquoi avez-vous dit aux gendarmes avoir quitté votre poste le 12 courant alors qu’en réalité vous êtes porté absent depuis le 8 juin ?
- Les gendarmes n’ont rien compris…
- Pourquoi avoir dit que vous étiez resté absent trois jours, alors que vous êtes porté manquant de puis le 8 au matin et que vous n’avez été retrouvé que le 13 juin à 18 heures, c'est-à-dire six jours après ?
- Je ne peux pas m’expliquer.
- Avez vous quelque chose à rajouter pour votre défense ?
- Je suis ici pour défendre la France !


C’est un interprète corse qui traduisait au fur et à mesure les questions et les réponses.
Malgré les témoignages des soldats et de son commandant de compagnie confirmant l’irresponsabilité de l’accusé, le conseil de guerre le reconnait coupable d’abandon de poste devant l’ennemi et le condamne à mort.
La sentence est lue à 20 heures et Gabrielli est fusillé une heure plus tard. Dix ans après, un témoin, Louis Dupommier, qui avait assuré la défense de l’accusé, raconte l’exécution.


« Au cours de ces quatre années de guerre, j’ai vu de terribles choses. Je ne crois pas avoir assisté à un plus triste spectacle que cette exécution. Gabrielli, affolé, courrait devant les fusils en criant : « Maman, maman, je ne veux pas mourir… » Il se cramponnait convulsivement, tantôt à l’aumônier, tantôt à moi ; il a fallut planter un poteau sur la tranchée de deuxième ligne pour l’y ligoter. Cela a duré une demi-heure. Les hommes du peloton d’exécution étaient terriblement émus. Un seul être demeurait impassible : c’était le commandant Poussel (tué quelques mois plus tard en Champagne).


«Après le coup de grâce, cet officier m’a dit « Voila une mort qui épargnera bien des vies humaines » J’ai répondu « Vous avez mon commandant, une étrange conception de la justice et vous venez d’assumer une bien effroyable responsabilité devant Dieu (1) »
Le 4 novembre 1933, la cour spéciale militaire annule le jugement du conseil de guerre et réhabilite Gabrielli.  
(1) Lettre de Louis Dupommier avocat au barreau d’Annecy et président d’honneur des anciens combattants de Thônes à M Berhon, avocat de la famille Gabrielli le 31 octobre 1925.
Histoire racontée par Philippe Crozet en 2007



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