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Le Président avec les chasseurs


Rédigé par Jacques RENUCCI le Dimanche 3 Juin 2018 à 12:20 | Modifié le Dimanche 3 Juin 2018 - 12:22


Face aux écologistes, Emmanuel Macron a pris sans ambiguïté le parti des chasseurs. Cela se traduira dans la prochaine loi sur la chasse, qui devrait satisfaire les 70 000 fédérations du pays


Le Président avec les chasseurs
En cette période où tout se calcule à la hausse, on constate une exception : le permis national de chasse va baisser de 50%, passant de 400 à 200 euros. C'est l'une des mesures significatives de la prochaine loi sur la chasse, conséquence d'échanges soutenus entre le candidat Macron et les puissantes fédérations de chasseurs.  


Une nouvelle gestion des espèces animales
Il s'agit là d'une véritable révolution qui va changer les comportements et à la longue la sociologie de l'univers cynégétique. En effet, actuellement, seuls 8% du million des chasseurs de France détiennent ce permis. Les autres ont un permis départemental (dont le prix restera inchangé), ce qui restreint leur champ d'exercice. En ne payant qu'un supplément (avec d'autant plus de raisons qu'on évoque la suppression des permis bidépartementaux), ils vont pouvoir pratiquer leur passion sur tout le territoire national, ce qui, selon les spécialistes, créera une nouvelle génération de pratiquants plus jeunes, plus mobiles, plus urbains.  


Il est aussi question d'une « gestion adaptative des espèces », autrement dit une façon rapide et davantage en phase avec la réalité du moment de travailler sur les moratoires d'interdiction de chasser certains animaux. Quelle espèces prolifèrent, quelles espèces ont besoin d'être protégées, quelles espèces évoluent dans un sens ou dans un autre ? Avant toute décision, chasseurs et ONG versées dans les écosystèmes travailleront avec les scientifiques pour établir un diagnostic. C'est dans cette optique qu'est envisagée un assouplissement des règles européennes de la chasse aux migrateurs... Enfin, il est question d'unifier les services de contrôle (et de répression) en une « police rurale et environnementale », mobilisable par les maires et les préfets, sur le socle de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage – essentiellement financé jusqu'à présent par les chasseurs – et que l’État pourrait prendre en charge.  


Tout cela, diront les chasseurs, va dans le bon sens. Comment en est-on arrivé là, avec un Président que l'on aurait supposé plus proche des bobos que des « viandards » ? Durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait multiplié les gestes et les engagements en direction du monde rural. Au congrès de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), son intervention avait conquis l'auditoire. Non seulement il défendait la chasse, mais il s'engageait à la promouvoir comme outil fondamental de la biodiversité.  


Le choix du pragmatisme
Mais la nomination de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique avait jeté un froid et été perçue comme une véritable provocation. Les chasseurs étaient inquiets, au point de demander au Président, par l'intermédiaire de Willy Schraen, président de la FNC, de revenir sur sa décision. Selon eux, Hulot, partisan de « la mise sous cloche de la nature » était un ennemi de toujours qui, par l'intermédiaire de sa fondation, soutenait les ONG qui engageaient des actions multiples hostiles à la chasse à travers le territoire. Avant qu'il soit question de son entrée au gouvernement, il avait d'ailleurs dénoncé l'opération séduction du candidat d'En Marche auprès des « semeurs de trépas, qui imposent leurs viriles activités aux Français. »  


On est loin de Macron qui, s'il avoue n'avoir jamais tiré un coup de fusil de sa vie, plaide pour la réouverture des chasses présidentielles, abolies par Sarkozy en 2010. Il est hors de question pour lui de laisser de côté les 70 000 associations de chasse du pays, sachant que, dans cet électorat, Marine Le Pen a recueilli 31,5% au premier tour. Le Président a donc choisi son camp, celui des chasseurs, et tant pis pour le monde nouveau. La chasse, selon ses défenseurs, ce n'est pas seulement un face-à-face avec le gibier, c'est aussi l'authenticité du monde rural, le maintien en bon état des parcours, une façon de promouvoir le vivre ensemble. C'est aussi un lobby incontournable, qui possède une influence parlementaire considérable.  


La France a la plus longue saison de chasse d'Europe et le plus grand nombre d'espèces chassables (91). On s'attendait à des restrictions compte tenu du profil écologique pris de temps en temps par le gouvernement. Mais le Président de la République est avant tout pragmatique. En reconnaissant les chasseurs comme indispensables « gestionnaires des espaces et des espèces », il s'assure des soutiens là où on ne les attendait pas.





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