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L’énième visite de Jacqueline Gourault en Corse : Des motivations particulières ?


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 10 Juillet 2018 à 21:40 | Modifié le Mardi 10 Juillet 2018 - 22:44


Nouvelle visite éclair en Corse, mardi, de la ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault. La « Madame Corse » du gouvernement a débuté sa tournée, en début de matinée, à la Préfecture de Bastia pour effectuer une revue de projets avec les services de l’Etat, avant de rejoindre Ghisonaccia et les élus de la Communauté de communes de Fium'Orbu Castellu qui ont présenté leurs actions, leurs priorités et esquissé des demandes. Elle s’est rendue l’après-midi à Ajaccio pour la signature d’un contrat avec la ville et la commune de Pietrosella, suivie de l’inauguration de la nouvelle station d’épuration des Sanguinaires. Dans un contexte plombé par le débat sur la réforme constitutionnelle au Parlement et la fronde des territoires, une énième visite… dont personne ne comprend vraiment l’intérêt.


La ministre Jacqueline Gourault, entourée des deux préfets corses et des élus de la Communauté de Communes de Fium'Orbu Castellu.
La ministre Jacqueline Gourault, entourée des deux préfets corses et des élus de la Communauté de Communes de Fium'Orbu Castellu.
« Nous vous remercions de votre visite dans notre Communauté de communes, une visite qui a nécessité un détour, et doit, nous n’en doutons pas, répondre à des motivations particulières ». C’est, en ces termes à peine sibyllins et bien diplomatiques que, pince sans rire, le président de la Comcom de Fium'Orbu Castellu, Louis Cesari, conclut près d’une heure et demi de présentation des actions et priorités de l’intercommunalité à la ministre et aux deux préfets qui l’entourent. C’est que nul ne comprend vraiment à quoi rime cette énième visite ministérielle, enfilée même pas une poignée de semaines après la précédente dont personne, alors, n’avait saisi l’intérêt. Mais, la Madame Corse du gouvernement qui se targuait dès son premier voyage de vouloir faire de la pédagogie pour apprendre aux Corses à mieux penser, et qui a pris la politesse insulaire pour de la faiblesse politique, fait preuve d’une étonnante, mais bien inefficace ténacité. Si le pouvoir nationaliste lui avait laissé, à son arrivée en janvier, le bénéfice du doute, tout comme le reste de la population insulaire, elle a seulement réussi en six mois à faire la quasi-unanimité sur son inutilité et a laissé tout le monde dubitatif. Question pédagogie, c’est raté !
 
L’imposture jacobine
« Je suis venue, ici, parce que je voulais voir sur un territoire le fonctionnement d’une intercommunalité. La préfète m’avait dit que cette intercommunalité avait une démarche intéressante et une action très structurée. Je suis venue voir ce que les élus font et je ne suis pas déçue. C’est, à la fois, une collectivité qui sait se donner des priorités et qui sait répondre aux problèmes quotidiens de ses habitants », répond la ministre. Etait-ce vraiment la peine de venir en Corse pour cela ? A Ghisonaccia, la réponse n’a guère semblé évidente. D’autant que la parole de Jacqueline Gourault a été, au final, plutôt brève et peut se résumer en sa phrase fétiche : « J’ai bien entendu », sans s’engager comme d’habitude sur rien, et en son inusable slogan : « Faisons confiance à l’intelligence des territoires ! ». Des territoires qui, eux, peinent à lui faire confiance et, à travers elle, au gouvernement qu’elle représente et défend bec et ongles (cf interview). Des territoires qu’on entend peut-être, mais qu’on n’écoute pas, qui ont cru au pacte girondin du candidat Macron dont ils ne digèrent pas « l’imposture », qui se disent « méprisés » par un pouvoir parisien ultra-jacobin et son ambition recentralisatrice aussi déterminée qu’inédite. La fin des emplois aidés, la suppression de la taxe d’habitation, la contractualisation financière avec l’Etat, le financement des allocations individuelles de solidarité, la réforme de l’apprentissage… autant de mesures imposées de façon unilatérale à des régions, départements, communes qui n’ont pas eu leur mot à dire et qui en payeront durement les effets. S’y ajoutent pour la Corse, et même pour les Outre-Mer, une réforme constitutionnelle en trompe l’œil et un pseudo-article 72-5 qui sonne comme une injure à l’intelligence insulaire.
 
La fronde des territoires
Résultat : une fronde généralisée. Plutôt inopportune dans un contexte déjà chaud pour le gouvernement et le président de la République en chute libre dans les sondages. La réforme constitutionnelle, examinée depuis mardi matin et pendant deux semaines au pas de course par les députés, s’annonce comme un exercice compliqué et plutôt périlleux pour le pouvoir jupitérien. Dans la foulée, les principales instances représentant les collectivités locales – l’Association des maires de France (AMF), l'Assemblée des départements de France (ADF), l’Association des régions de France (ARF) et le Comité des finances locales (CFL) – ont décidé de boycotter la Conférence nationale des territoires (CNT) prévue ce 12 juillet pour dénoncer, dans un communiqué commun, « le manque de dialogue » et « une politique de réforme hors-sol, décidée à Paris et inapplicable sur le terrain. Les collectivités ne peuvent cautionner par leur présence une instance qui n'est devenue qu'un faux-semblant de concertation et de dialogue ». Dans un tweet, l’ARF, en tête de la rébellion, est encore plus virulente : « Le comportement politique du gouvernement relève du paléolithique. C’est le monde ancien de la Datar. Il y a un paradoxe entre un pouvoir central qui parle de différenciation et qui renie tout ce qu’il nous disait pendant la campagne présidentielle ». Un jugement entièrement partagé par l’Exécutif corse dont les députés ont tout autant boudé, lundi, le congrès de Versailles.
 
Une besace vide
Que fait le gouvernement ? La sourde oreille ! Il ignore, joue la peur, la montre et… la division des territoires. Face aux empêcheurs de tourner en rond, il sort la carte, qu’il espère maîtresse, de l’intercommunalité et envoie ses ministres tenter de déminer en direct des terrains plus circonscrits. Jacqueline Gourault, reprenant son bâton de pèlerin, va, donc, faire de la pédagogie primaire à des territoires qui n’y entendent rien, qui s’en moquent bien et qui lui opposent, avec des mots sans artifice, les cruelles réalités du quotidien, l’urgence des besoins, le manque de moyens, les mesures inadaptées et parfois même l’autisme des pouvoirs publics. A Ghisonaccia, les élus locaux ont parlé d’incendie, de déchets, de santé, de culture, de projets concrets, de populations en souffrance, de patrimoine et de successions… ont exprimé des inquiétudes réelles et plaidé pour des aides publiques. Le ton très courtois se fait parfois pressant tant l’attente est forte. Mais la besace ministérielle, en général fort peu remplie, était, ce matin-là, totalement vide, et la ministre, volontiers débonnaire, s’est contentée d’un formidable « Soyez pragmatiques ! », renvoyant le traitement des questions vers les deux préfets présents. Un peu perplexes, mais bonhommes, les maires font néanmoins bonne figure : « La ministre a pris des notes. Je suis sûr qu’elle fera remonter l’information », glisse, avec un espoir prudent, l’un d’eux, au moment des agapes. Après force cadeaux et embrassades, Jacqueline Gourault lève le camp, tout sourire, et promet de revenir. « Je me demande ce qu’elle est venue faire », lâche alors, pas riant du tout, un élu communautaire. La question reste entière !
 
N.M.
 




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