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L'édito de Jacques Renucci Gilets jaunes : le reflux


Rédigé par Jacques RENUCCI le Jeudi 10 Janvier 2019 à 20:07 | Modifié le Jeudi 10 Janvier 2019 - 22:25


Mobilisation en baisse, désaffection de l'opinion : des indicateurs qui tombent au mauvais moment, alors que la consultation citoyenne débute


L'édito de Jacques Renucci Gilets jaunes : le reflux

Comme on pouvait s'y attendre, le mouvement des gilets jaunes perd progressivement le soutien de l'opinion, qui exprime sa lassitude grandissante de sondage en sondage. Les scènes de violence, les destructions de biens publics et privés, les exactions des casseurs, l'intrusion intempestive des mouvements extrémistes, tout cela a contribué à un début de désaffection.

La population pardonne moins les débordements qu'au début de la revendication, dont on saluait la fraîcheur et l'efficacité et à laquelle on adhérait même de loin. D'autant plus que les gilets jaunes, sur leur protestation initiale, ont été dans une certaine mesure entendus par le gouvernement. D'autre part, dans leur diversité, leurs contradictions et leurs luttes intestines, on a l'impression qu'il leur en faut toujours plus, qu'il leur faut quasiment tout au gré des ronds points, des feux de palettes et de l'humeur du moment. En même temps, ils ont oublié une réalité : ce sont les médias qui font l'opinion. L'initiative de certains gilets jaunes qui n'ont pas hésité à agresser des journalistes n'a pas joué en leur faveur, comme le fait de susciter des crises au sein de quelques rédactions, où l'on s'accuse d'en avoir trop fait pour le mouvement, sans la distance critique nécessaire. Qui soutient encore sans nuance les gilets jaunes ? Quelques you-tubers apparentés à l'ultra-droite, la chaîne russe pro-poutine Russia Today, et Bernard Tapie, exemple s'il en est de la morale citoyenne et de l'intégrité démocratique...

 

Rester maîtres du jeu
Pourtant, malgré ces réserves, le mouvement a encore devant lui de belles perspectives, notamment en Corse, où les tentatives de récupération n'ont pas connu l'ampleur constatée ailleurs et où l'occupation des rues ne s'est pas discréditée dans le fait divers. La difficulté pour les gilets jaunes est de rester maîtres de leur jeu, autrement dit de leur destin, sans s'assujettir à des organisations politiques, quelles que soient leur tendance et leur sollicitude affichée.


Une évidence s'impose : le grand débat national, dont l'annonce n'a en en rien atténué le dynamisme de la mobilisation, sera avant tout un débat régional, où les initiatives et les propositions tiendront compte avant tout de la réalité locale. D'autant plus que la consultation à l'échelle du pays semble avoir du plomb dans l'aile. Les cahiers de doléances mis en place dans plus de 5 000 mairies en attestent : la défiance est généralisée envers le Président de la République, invité à démissionner, mais elle atteint aussi la caste des hauts fonctionnaires et leurs rémunérations jugées exorbitantes – et c'est à ces hauts fonctionnaires que l’État demande d'orchestrer le débat...


Les problèmes que soulèvent les gilets jaunes intéressent peut-être l'ensemble de la population, évalués par les statisticiens et les économistes, mais ils les vivent dans l'espace restreint de leur quotidien : ressources en baisse, retraites rognées, difficultés du rural, transports, couverture médicale... S'ils abordent l'ISF, c'est au nom de la justice fiscale, et on leur dit déjà de regarder ailleurs. En fait les gilets jaunes ont peur, et avec raison, que l'on dilue leurs exigences dans des revendication improbables.
Il leur reste donc à franchir une étape : celle de la cohérence et de la rigueur. Pour cela, ils ne pourront compter que sur eux-mêmes.






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