Figure incontournable de la scène folk australienne, John Butler sera sur la scène des Nuits de la Guitare de Patrimonio vendredi 24 juillet. À l'occasion de cette nouvelle venue en Corse, l'auteur-compositeur-interprète revient pour Corse Net Infos sur son dernier album PRISM, l'évolution de sa musique au fil des concerts et sa volonté de défendre une performance résolument humaine.
- Vous allez vous produire aux Nuits de la Guitare de Patrimonio. Qu’est-ce que cela vous évoque de jouer dans un cadre aussi singulier ?
- On a joué là-bas il y a vingt ans et j’avais adoré. On était même restés environ cinq jours de plus avec ma famille. J’ai vraiment hâte de revenir en Corse. Je trouve que c’est une île magnifique et j’aime aussi son côté un peu rebelle, cet esprit d’indépendance qui la caractérise. Je pense que les gens ici ont une véritable appréciation de la musique, et bien sûr de la guitare, mais plus largement du travail des musiciens. J'ai donc hâte de jouer devant un public qui comprend cela et qui y est vraiment sensible.
- Vous allez présenter PRISM, le troisième volet d’un cycle de quatre albums autour des quatre saisons. Comment ce projet a-t-il évolué au fil des albums ?
- Au départ, le projet a commencé par un album d'ambiance, et ensuite un album instrumental avant de devenir un véritable album studio. Tout est parti de quelque chose de très personnel, de très intime et de très apaisé. Au fil des albums, le projet s'est développé, comme une fleur qui s'ouvre, pour devenir, je l’espère, quelque chose de vraiment beau. Et pour la suite, j'aimerais revenir à un album enregistré avec un groupe, peut-être avec une dimension plus proche du live.
- Quels thèmes ou quelles expériences ont nourri l’écriture de PRISM ?
- C’est trois choses à la fois : le décès de mon père il y a environ cinq ans, mon mariage qui dure depuis vingt-cinq ans, mais aussi l’état du monde et la politique. Au fond, cet album parle de l’expérience humaine, de ce que signifie être vivant aujourd’hui dans un monde avec une tendre fragilité humaine. Il parle de ce que signifie vivre, mourir, être en couple, aimer et apprendre ce qu’est réellement l'amour. L'amour est quelque chose de très profond et plus on s’y plonge, plus on découvre de la sagesse et des secrets, mais aussi des vérités parfois difficiles à accepter.
- Musicalement, comment avez-vous construit l’identité sonore de cet album ? Quelles influences vous ont accompagné pendant sa création ?
- Au départ, je voulais réaliser cet album entièrement seul. J’y ai consacré près de trois ans, mais au final, j’ai un peu échoué. Mais en faisant ça, j’ai réussi à trouver les éléments de production et les sonorités, et j’ai créé une grande partie des sons moi-même. Ensuite, j'ai travaillé avec James Ireland, producteur du groupe Pond, et nous avons donné une nouvelle dimension au projet. Il y a évidemment beaucoup d’influences hip-hop, mais aussi des sonorités plus tribales avec des guitares très boisées. Depuis des années, j'essaie de trouver un équilibre entre la trance, le hip-hop, la musique acoustique et le rock. C'est une recherche qui ne cesse de s'approfondir au fil du temps.
- Après la création d’un album, comment abordez-vous le passage à la scène ? Est-ce une nouvelle étape dans la vie des morceaux ?
-;C'est justement la partie la plus amusante. Sur scène, chacun de nous fait plusieurs choses à la fois. Le bassiste peut jouer de la basse, des claviers et chanter en même temps. Le batteur fait un peu la même chose. Et moi aussi, j’essaie parfois d’assurer plusieurs rôles, mais toujours de manière naturelle, sans que cela devienne une démonstration technique. Pour moi, lorsqu’une chanson est enregistrée et qu’elle est diffusée, c’est comme si on venait tout juste de terminer le lycée et qu’on quittait la maison de nos parents. Ensuite, sur scène, elle grandit, elle évolue. C'est ce que j'aime dans la musique : les morceaux continuent de vivre et, avec le temps, ils deviennent même meilleurs.
- Sur scène, quelle place laissez-vous à la spontanéité et à l’improvisation ?
-;Ça dépend des morceaux. Certains sont très structurés, tandis que d'autres laissent davantage de place à l'évolution. Il y a des chansons qui n'ont pas besoin de changer : leur structure fonctionne parfaitement et c'est ainsi qu'elles doivent être jouées. D’autres, au contraire, offrent plus de liberté et peuvent évoluer d'un concert à l'autre. Par exemple, le public corse découvrira un groupe qui joue sans bandes préenregistrées, sans artifices, juste trois musiciens qui jouent de leurs instruments depuis de nombreuses années. On se donne à 110 % sur scène, c’est le fruit de toutes ces années passées à jouer, individuellement comme ensemble. À une époque où l’intelligence artificielle et les bandes préenregistrées prennent de plus en plus de place, il est parfois facile d'oublier ce que représentent réellement la maîtrise d'un instrument et une performance jouée en direct. Je suis très fier de ce que nous avons construit au fil des années. Ça a demandé énormément de temps et de travail, mais c'est justement ce qui donne toute sa force à notre musique. Elle reste profondément humaine, et c'est quelque chose auquel je tiens beaucoup.
Après cette tournée, quels sont vos prochains projets ?
Mon prochain projet sera probablement d'écrire de nouvelles chansons. En novembre, je partirai en tournée avec Ben Harper et Jack Johnson. Ensuite, il y aura sans doute une nouvelle phase d'enregistrement, puis une tournée en Europe, en Amérique du Sud, en Asie, aux États-Unis et, bien sûr, en Australie.
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