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Jean-Guy Talamoni : « La gestion de cette pandémie n’est pas de nature à apaiser les sentiments d’exclusion »


Nicole Mari le Jeudi 26 Novembre 2020 à 17:30

Allègement du déconfinement, gestion de la pandémie, loi Sécurité Globale, le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, n’a pas été tendre avec le gouvernement, jeudi matin, lors de sa traditionnelle allocution d’ouverture de cette deuxième session semi-confinée de novembre. Il a, in lingua nustrale, fustigé un confinement bricolé, fait d’exceptions, d’ajustements incessants, d’injonctions unilatérales, imposés par le haut, mais aussi la violence policière et la dérive autoritaire de l’Etat. Il a appelé les Corses à être vigilants et à se mobiliser contre la réduction des libertés individuelles.



Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Photo d'archive Michel Luccioni.
Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Photo d'archive Michel Luccioni.
Voici le texte de son discours :
 
« Avant tout je souhaite saluer Jean-Charles Giabiconi qui va dorénavant travailler parmi nous au sein de cette assemblée pour remplacer Paul-Toussaint Parigi. Soyez le bienvenu pour travailler avec nous.
 
De nouveau, nous entamons une période d’allègement du confinement qui se traduit, entre autres, par la réouverture des petits commerces dès samedi, qui nous le savons, peinaient à supporter psychologiquement et financièrement la cessation de leur activité sur site. Nous pouvons nous en réjouir. La diminution du niveau de l’épidémie est le signe que les efforts fournis par chacun d’entre nous trouvent des résultats. Je veux saluer l’implication du personnel hospitalier et les efforts de tous les Corses, qui une nouvelle fois, se sont pliés aux directives attentatoires aux libertés les plus fondamentales afin d’améliorer la situation. Ils sont à saluer, car il est difficile de les maintenir sur la durée, et je sais, que certains, malgré la perspective d’un vaccin disponible d’ici peu de temps, peinent à garder l’espoir que cette crise trouvera rapidement une issue favorable. Je parle notamment des restaurateurs, ou gérants de cafés qui voient la réouverture de leurs entreprises repoussée. Des artistes, intermittents du spectacle qui ne peuvent plus exercer leur art. Des professeurs qui, face à leurs écrans d’ordinateurs, font leur possible pour lutter contre le décrochage scolaire. De leurs étudiants qui, eux aussi, doivent affronter des situations de stress et d’isolement.
 
Nous pensons aussi à toutes les personnes qui vivent déjà dans des situations précaires, difficiles, auxquelles s’ajoute cette épidémie qui entrave la prise de recul et accentue les formes de détresses psychologiques.
Nous ne pouvons pas relativiser les effets de nos privations de libertés sur la personne humaine, surtout à l’approche des fêtes de fin d’année, synonymes de convivialité, de réunions, de partage. Tout doit être fait pour que ce confinement soit le dernier de cette crise, et tous nos efforts sont aujourd’hui tournés vers cet objectif en menant de front les batailles sanitaires, économiques et sociales.
 
Malheureusement, la gestion de cette pandémie par le gouvernement français n’est pas de nature à apaiser ces sentiments d’exclusion et d’inquiétude. Le chef de ce gouvernement s’était pourtant présenté comme un Premier ministre des territoires, prêt à leur donner plus de libertés, à leur faire confiance. Force est de constater que cette approche ne vaut pas en temps de crise. Dommage.
 
De tout ceci, de ce confinement bricolé, fait d’exceptions, d’ajustements incessants, d’injonctions unilatérales, imposées par le haut, naissent des envies de contre-discours dans l’esprit de nos compatriotes dont certains bravent les interdits, et d’autres se laissent séduire par des idées complotistes. Voilà donc, une autre conséquence de cette méthode critiquable : une hostilité de plus en plus grande envers les politiques. Cette hostilité découle aussi naturellement de l’attitude de plus en plus autoritaire de la France qui accumule les lois dangereuses pour nos libertés publiques, adoptées sous le régime d’état d’urgence.
 
Je prendrai comme exemple la proposition de loi « Sécurité Globale », et il y aura une motion sur ce point lors de la session d’aujourd’hui, cette loi « Sécurité Globale » qui se donne pour but de protéger les forces de l’ordre mais qui, dans le même temps, affaiblit un peu plus nos droits. L’article 24 notamment, qui crée un nouveau délit interdisant de diffuser les images d’un agent des forces de l’ordre dans le « but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique », est loin de renforcer la confiance que l’on attendrait du citoyen envers l’agent de police. Au contraire, alors que des lois existent déjà pour protéger tout individu contre l’utilisation d’images ou de vidéos à des fins malintentionnées, cet article pourrait constituer une brèche pour rendre un peu moins visibles les violences policières surtout lorsque l’on sait que par le passé, ces diffusions ont été à l’origine d’ouvertures d’enquêtes de l’IGPN. La violence policière est bien une réalité contre laquelle nous devons lutter. L’évacuation des migrants place de la République à Paris lundi en est d’ailleurs la preuve la plus récente. D’autres articles de cette loi nous alertent, avec l’autorisation de surveiller l’espace public à l’aide de drones, ou encore la transmission d’images en direct vers les postes de commandement.
 
Ces dispositions ne sont pas isolées, elles suivent une tendance autoritaire de moins en moins masquée, nous amènent petit à petit à la perte complète d’anonymat, de vie privée, et ce, en usant toujours de la même justification : « c’est pour notre sécurité, c’est pour le bien de tous ». Pour notre bien, les libertés sont toujours plus réduites, le droit de manifester toujours plus entravé, le traçage et la géolocalisation toujours plus encouragés, sous couvert d’états d’urgence qui se prolongent dans le temps. Cette situation appelle notre plus grande vigilance à tous pour ne pas être pris dans une spirale dont nous aurions du mal à sortir.
On sait combien les Corses sont épris de leur liberté, et combien leurs représentants sont attentifs à les protéger. C’est pourquoi, je ne saurais que trop vous inviter à prendre position autant de fois que nécessaire sur ces questions au sein de cet hémicycle ».
 





















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