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Interview-Paul-André Colombani, président de l'observatoire régional de la Santé de Corse : "le pass sanitaire va créer des tensions"


Livia Santana le Vendredi 6 Août 2021 à 17:20

Paul-André Colombani, le président de l’observatoire régional de la santé de Corse, médecin généraliste et député nationaliste de la seconde circonscription de Corse-du-Sud appartenant au groupe Liberté et Territoires, livre pour CNI son sentiment sur le pass sanitaire qui rentrera en vigueur ce lundi 9 août. L'homme s'inquiète des mesures prises sur l'île par les préfets pour lutter contre l'épidémie. Pour lui, elles ne sont pas suffisantes face aux faibles capacités des hôpitaux insulaires.



Paul-André Colombani
Paul-André Colombani
- Le conseil constitutionnel a approuvé le projet de loi qui étend les mesures sanitaires. Cette loi est entrée en vigueur, qu’en pensez-vous ?
- Nous avons fait partie des 74 députés qui avons porté le projet de loi devant le Conseil
Constitutionnel notamment pour les atteintes au droit du travail. A présent les sages ont rendu leur avis et nous allons devoir faire avec. Ce qui me fait grincer des dents c’est la difficulté à mettre en places certains dispositifs de ce texte. Par exemple, dans les terrasses cela me paraît extrêmement compliqué de contrôler les entrées et les sorties des gens. Ensuite, si de Paris je dois me rendre en Bretagne, je prends le métro il ne me faut pas de pass sanitaire, mais je monte dans un TGV il en faut un et pour prendre mon TER qui a la même durée de trajet que le TGV il me faut un pass sanitaire. Ces incohérences vont contribuer à des tensions sur le terrain. On commence d’ailleurs déjà à le vivre avec des restaurateurs qui demandent le pass et qui se font déjà menacer sur les réseaux sociaux. Le gouvernement aurait mieux fait de demander la vaccination obligatoire pour tout le monde. Dans tous les cas, il va falloir être le plus pragmatique possible pour l’appliquer car il ne va pas y avoir un gendarme derrière chaque restaurateur. C’est en dialoguant avec les gens qu’on va arriver à se débarrasser de l’épidémie, en vaccinant les gens. Mais ce qui m’interpelle surtout dans ce texte de loi, c’est la possibilité de suspendre les contrats de travail surtout à l’hôpital.

- Vous avez peur que l’hôpital manque de soignants ? 
- Oui, si des soignants ne veulent pas se faire vacciner on devra fermer des services. Olivier Véran, le ministre de la Santé a dit dans l’hémicycle que ça « n’irait pas au bout », que tout le monde allait se faire vacciner et personne n’allait contester. Moi je suis beaucoup plus inquiet que ça à cause des retours de terrain que j’ai. Je suis très attaché à la vaccination chez les soignants. 

- Le pass sanitaire sera-t-il suffisant pour endiguer l’épidémie ? 
- Aujourd’hui, l’institut Pasteur évoque que le seul levier pour empêcher de monter la 4ème vague est de porter les masques et de vacciner. En Corse la situation est à mi-chemin entre la Guadeloupe et l’Angleterre. Sur l’île, ils ont reconfiné car 20% de la population est vaccinée, ils ont même dû faire appel à des renforts militaires pour faire tourner leurs hôpitaux. En Angleterre, ils sont à 70% de personnes vaccinées mais les taux d’hospitalisation n’augmentent pas de façon spectaculaire. Nous nous sommes à 50% de vaccination donc il reste un effort à faire général pour essayer d’atteindre le taux des Britanniques et à ce moment-là on risque d’être plus tranquilles pour faire face aux prochains variants. 

- Concernant les nouvelles mesures mises en place en Corse par les préfets, elles vous semblent cohérentes ?
- J’aurais préféré que l’on ferme l’ensemble des établissements à partir d’une heure parce que je ne pense pas que les boîtes de nuit soient les meilleurs endroits pour éviter les propagations. Ensuite, les gens qui sortent des établissements à une heure du matin vont se promener dans la rue, dans les domiciles, ils ne sont pas canalisés.

- Il faudrait un couvre-feu selon vous ? 
- Non, aujourd’hui le couvre-feu n’est pas adapté à la situation de la Corse. Au moment où l’on parle, le couvre-feu et le confinement restent des outils pour lutter contre l’épidémie. La préfecture a essayé de pousser au maximum le port du masque et les fermetures des établissements à une heure du matin mais je regrette que l’on n’est pas intégré la fermeture des discothèques. 

- Quand on connaît la capacité des hôpitaux corses, et les flux de touristiques estivaux, vous êtes inquiets ? 
- C’est une de nos fragilités. En Corse nous sommes la seule région de France à pas avoir de centre hospitalier universitaire, ce qui fait qu’on a du mal à recruter des médecins, des infirmiers, des spécialistes et réanimateurs. En plus, on a une des populations les plus âgées, les plus précaires et très peu de lits de réanimations. L’été, il y a une surpopulation et les lits de réanimation sont aussi occupés par les gens qui ont des accidents. La capacité est diminuée par rapport à l’hiver. Ce sont des facteurs qui font qu’on assiste à des situations inquiétantes qui peuvent conduire au confinement. On espère trouver des points d’équilibre pour passer la saison et passer le mois d’août à peu près tranquille. Mais ce qui est important de rappeler c’est que sur une soixantaine de personnes hospitalisées, il y a un seul non-résident.















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