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Gilles Simeoni : « La majorité municipale bastiaise reste unie autour des trois forces qui l’ont fondée »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 1 Avril 2015 à 21:28 | Modifié le Jeudi 2 Avril 2015 - 00:56


Suite du feuilleton bastiais. Dans une réunion informelle, voulue en cohérence avec sa démarche de transparence, Gilles Simeoni a livré les raisons qui ont amené la rupture avec François Tatti. Des raisons cumulatives liées, non à un problème entre deux adversaires, mais au comportement du président de la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia). Le maire de Bastia dénonce les manquements au pacte de mandature, un acte de défiance fort vis-à-vis de la majorité, de profonds désaccords sur la gestion communautaire, une stratégie imposée de rapports de forces et l’utilisation de la CAB comme outil et enjeu de pouvoir. Il y ajoute le comportement de François Tatti lors de la campagne des Cantonales et son refus de signer l’accord politique de la majorité. Il explique, à Corse Net Infos, que cet aléa politique ne remet pas en cause le modèle bastiais qui continue de fonctionner et d’avancer.


Le leader nationaliste, Gilles Simeoni, maire de Bastia.
Le leader nationaliste, Gilles Simeoni, maire de Bastia.
- Quelles sont les raisons de la rupture avec François Tatti ?
- La confiance et la loyauté sont essentielles dans un contrat de mandature, qui a, aussi, une dimension politique. La majorité municipale, autour de Gilles Simeoni, de Jean-Louis Milani et d’Emmanuelle de Gentili, a considéré qu’il y avait eu plusieurs manquements caractérisés au contrat de mandature que nous avons passé avec François Tatti. Nous avons été contraints d’en tirer les conséquences.
 
- Est-ce lié à la séquence électorale qui vient de s’achever ?
- En partie, à la séquence électorale et au refus de François Tatti de signer l’accord cantonal que les trois autres membres de la majorité municipale ont signé. Cet accord est organisé autour de deux dispositions fondamentales. La première est notre refus réitéré d’un certain nombre de pratiques et de dérives qui ont, malheureusement, caractérisé le fonctionnement du Conseil général depuis de trop nombreuses années et ont conduit Bastia, le département et la Corse dans l’impasse. La seconde est la volonté réaffirmée de décider ensemble, de façon collégiale, au sein de la majorité, des positions à prendre après le 2nd tour par les élus de l’alliance municipale. François Tatti a refusé de signer les deux points de l’accord.
 
- Sa visite de courtoisie au Conseil général, dimanche soir, a-t-elle mis le feu aux poudres ?
- Le soir de l’élection, il est allé, bien-au-delà d’une visite de courtoisie, fêter la victoire de l’ancienne majorité départementale sans en prévenir ses partenaires de la majorité municipale. C’est un hiatus politique ! Une transgression forte du pacte municipal ! Ce fut, à posteriori, la confirmation que son refus de signer l’accord était, en fait, l’expression d’une divergence politique majeure.
 
- Lui reprochez-vous son rapprochement avec Paul Giacobbi ?
- Le rapprochement de François Tatti avec Paul Giacobbi est un choix qui le regarde ! Je n’ai pas à commenter ces orientations. Elles lui appartiennent.
 
- Au-delà de cette crise politique bastiaise, pourquoi avez-vous, avec trois autres maires, demander sa démission de la présidence de la CAB ?
- La demande de démission, faite à François Tatti, est l’expression d’un malaise profond que nous avons, d’abord, essayé de régler en interne, sans aucune dimension polémique, en attirant son attention sur deux problèmes majeurs. Le premier objet de discorde est la nature des relations entre la CAB et les communes-membres. La CAB est un outil technique au service des communes et ne peut pas être un outil ou un enjeu de pouvoir. Sa politique ne peut se faire, ni sans les communes, ni au détriment des communes qui la composent !

 - Reconnaissez-vous les propos d’Emile Zuccarelli qui avait dit : «  François Tatti est un homme de pouvoir qui travaille pour lui » ?
- Non ! Je ne veux absolument pas, ni personnaliser, ni polémiquer ! Des problèmes politiques ont été posés à la majorité municipale de Bastia qui a été contrainte de les traiter. Nous ne nous réjouissons pas de cette situation qui nous a été imposée. Nous la regrettons !

- Le 2ème point de discorde concerne-t-il le budget ?
- Oui ! Le deuxième objet concerne la situation financière très difficile de la ville de Bastia et de la CAB, issue de l’héritage calamiteux laissé par l’ancienne majorité municipale et aggravé par la politique d’austérité décidée au plan national. Il faut construire, au plan des communes et de la CAB, des budgets conformes à l’ensemble de ces contraintes. Là aussi, les différents maires ont, à plusieurs reprises, attirer l’attention du président de la CAB sur le fait que sa vision budgétaire et, donc sa vision politique, ne sont pas conformes au contrat de mandature que nous avons passé tous ensemble. Il existe des dissonances et des désaccords politiques profonds entre les maires de la CAB et l’actuel président, François Tatti !
 
- Comment allez-vous, dans ces conditions, réussir à boucler et voter le budget de la CAB avant le 15 avril ?
- C’est précisément parce qu’il y a un désaccord profond entre le budget proposé par François Tatti, d’une part, et le budget que veulent construire les cinq maires des communes-membres, d’autre part, que nous lui avons demandé de tirer les conséquences de ce désaccord. Nous ne voulons pas que François Tatti présente, au vote, un budget qui risquerait d’être sanctionné, y compris par les maires des communes-membres. Ce qui conduirait inévitablement à une saisine de la Chambre régionale des comptes ! Nous pensons que le budget doit être construit par les maires et doit être conforme aux contraintes qui pèsent sur nous et à notre vision politique, budgétaire et financière de la CAB. Les cinq maires ont fait des propositions en ce sens. Nous espérons qu’elles seront prises en compte par François Tatti.
 
- Que va-t-il se passer maintenant ?
- Nous aurons rapidement une réunion en bureau avec les maires, les membres du bureau et l’actuel président de la CAB pour trouver le moyen de régler rapidement la situation, conformément à la demande qui a été faite.
 
- Cette rupture remet-elle en cause l’alliance municipale et le contrat de mandature ?
- Non ! Absolument pas ! Depuis un an, nous avons suscité un immense espoir, au niveau de Bastia. La majorité municipale travaille au quotidien pour mettre, de façon concrète, en actes, le projet pour lequel nous avons été élus. Cette majorité municipale reste unie autour du même contrat de mandature qui a été validé par les Bastiais. Elle continue de regrouper la famille nationaliste, la famille de gauche et la famille libérale, toujours dans le même esprit. Nous sommes, aujourd’hui, confrontés à une difficulté majeure avec François Tatti. Nous avons été contraints d’en prendre acte après plusieurs épisodes délicats sur lesquels nous avions choisi de ne pas nous appesantir. Nous avons considéré qu’il fallait préserver la logique d’union, mais à partir du moment où il y a eu atteinte à un certain nombre de fondamentaux, le problème était tel que nous avons été obligé de le traiter !
 
- François Tatti nie ces désaccords et demande, comme Jean Zuccarelli et Francis Riolacci, votre démission. Que leur répondez-vous ?
- Je suis étonné de constater une convergence entre la demande faite par l’opposition et celle de François Tatti. L’opposition, comme d’habitude, est dans l’outrance, sur la forme et sur le fond. Tout ce qui excessif est, donc, insignifiant ! Concernant la recherche de polémiques développées par François Tatti, nos situations sont tout à fait différentes ! La demande de démission, qui lui a été adressée, ne vient pas de ma part, mais de quatre des cinq maires de la CAB qui sont les mandants de François Tatti. Sa candidature à la présidence a été présentée au titre de la majorité municipale bastiaise dont il a perdu la confiance. Il a été élu dans le cadre d’un accord politique passé avec ces mêmes maires qui, aujourd’hui, lui demandent de tirer les conséquences du désaccord profond et irréconciliable existant, en démissionnant. En ma qualité de maire de Bastia, je n’ai pas été désigné comme le président de la CAB, mais élu au suffrage universel et, donc, la demande de ma démission est sans aucun fondement. Tenter d’allumer un contre-feu à travers une demande sans fondement est une démarche vouée à l’échec !
 
- Tous trois prétendent que vous devez rendre des comptes à la population. Qu’en pensez-vous ?
- Le contrat de mandature, qui a été scellé entre les forces composant la majorité municipale bastiaise, l’a été au vu et au su de tous. Il a été validé par le suffrage universel parce que préparé en amont de la confrontation électorale. Je m’étonne qu’aujourd’hui, on vienne nous dire que nous devons rendre des comptes ! On n’a jamais demandé des comptes à celles et ceux qui, élus sous une étiquette de droite, se retrouvent à siéger dans une majorité de gauche et vice-versa ! Ce qui est la règle constante au Conseil général, notamment de Haute-Corse !
 
- Ne craignez-vous pas l’incompréhension de la population ?
- Une crise politique, c’est toujours difficile à vivre et à gérer ! C’est aussi malheureux pour les gens qui y assistent ! Simplement, il faut relativiser ce qui se passe aujourd’hui. Je le redis : l’essentiel des forces de la majorité municipale reste uni et continue de travailler et de respecter le contrat de mandature qui a été passé entre nous et validé par le peuple en mars 2014. Nous conservons la conviction fondamentale, qui est la nôtre, de permettre à des gens ayant des convictions politiques différentes de s’unir autour d’un projet pour la ville de Bastia et autour d’une logique d’intérêt général pour travailler ensemble. Cette conviction-là reste plus que jamais d’actualité et continue d’être défendue au quotidien par la majorité municipale bastiaise.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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