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Foyer Notre Dame : nouveaux soutiens à la démarche de la CLE


Rédigé par le Lundi 3 Juin 2019 à 17:15

Marc Biancarellli, Michel Barat, Gabriel-Xavier Culioli, Jean-François Bernardini, Sampiero Sanguinetti, Jérôme Camilly : après Xavier Emmanuelli les plaidoyers en faveur de la démarche entamée par Coordination Inter-Associative de Lutte contre l’Exclusion (CLE) présidée par le docteur François Pernin afin de rétablir dans sa vocation sociale d’hébergement le Foyer Notre Dame à Ajaccio, se multiplient.




Foyer Notre Dame : nouveaux soutiens à la démarche de la CLE
Pour la vocation sociale d’hébergement du Foyer Notre Dame
Je voudrais que cette chronique ne soit pas le lieu de la polémique, et je désirerais au contraire qu’elle contribue à une prise de conscience rapide et bénéfique, mais cependant ce qui m’anime en l’écrivant, c’est une forme d’irritation un peu lasse, et désabusée. Je garderai le mot de « colère » pour une deuxième salve, s’il s’avère qu’elle est nécessaire.

Je viens de recevoir un plaidoyer de la part du Docteur François Pernin, que je connais un peu, parce qu’il a fait pour moi ce qu’il a fait pour de nombreuses autres personnes, il m’a soigné et sans doute préservé d’un sort bien funeste. A partir de cette expérience, j’ai suivi son parcours et son engagement auprès des plus démunis, auxquels il s’est consacré pleinement en compagnie de nombreuses associations et bénévoles.

Tout cela ne m’oblige certainement pas à prendre la plume aujourd’hui, mais ça explique en partie pourquoi son appel ne peut me laisser indifférent. J’aimerais d’ailleurs que nous soyons bien plus nombreux à entendre aujourd’hui ce plaidoyer, qui est aussi celui de onze associations regroupées au sein de la Coordination Inter-Associative de Lutte contre l’Exclusion. Mais au-delà de moi, mon cas personnel, au-delà de nous tous et de la conscience que nous pouvons développer afin que notre action soit plus efficace au service des plus précaires, j’aimerais essayer de comprendre comment les élus de la CDC peuvent avoir choisi de ne pas répondre à une telle implication. Ou plus exactement comment se peut-il que l’Exécutif de Corse n’ait opposé qu’un silence dérangeant, et assez difficilement interprétable, à la demande formulée de rétablir dans sa vocation sociale d’hébergement le Foyer Notre Dame à Ajaccio. Car c’est bien là la requête de François Pernin et de toutes les associations qui luttent au quotidien pour soulager la souffrance et le désarroi de nombreuses personnes dans la pauvreté, en premier lieu celles et ceux qui sont dans la rue : que ce foyer soit réservé à leur hébergement.

Il y a en la matière une situation d’urgence. Le Docteur Pernin m’expliquait au téléphone des cas tragiques, et notamment ceux de mères seules, de femmes battues ou de salariés précaires ne sachant où trouver une aide et un hébergement. Je ne peux pas croire, je n’arrive pas à entendre que Monsieur Gilles Simeoni, président de l’Exécutif, n’ait pas encore répondu aux sollicitations des associations humanitaires demandant que ce foyer, qui appartient aujourd’hui à la CDC, puisse retourner à la vocation historique qui était la sienne : celle d’offrir l’asile et l’assistance à ceux d’entre nous ayant eu le moins de chance.

Trois courriers, et des mails, ont été adressés à ce jour à l’Exécutif, sans réponse. Je trouve cela déplorable. Je ne le comprends même pas. Le sentiment que j’ai, et je l’avais écrit dans une chronique antérieure, c’est que l’action des associations ici évoquées est à l’heure actuelle l’honneur suprême de la Corse. Tout comme la précarité, qui touche de très nombreux habitants dans notre île, est un problème majeur que l’on ne peut plus éluder. Il est de notre devoir à tous d’en prendre conscience, d’agir pour changer ces phénomènes. Et ce devoir est d’autant plus essentiel et élémentaire, pourrait-on penser, lorsque l’on fait de la politique et que l’on veut mener à bien les destinées de la Corse.

Lorsque les nationalistes sont arrivés au pouvoir à l’Assemblée de Corse, ils se sont prétendus porteurs d’un renouveau, d’un immense espoir, et en partie ce souffle a été voulu et soutenu par la majorité des insulaires. J’ai le vague sentiment que bien des illusions sont en train de s’effondrer, à l’heure où il est surtout question de poubelles que l’on n’arrive pas à gérer et de paillotes où il apparaît si compliqué de simplement faire respecter le droit. J’ai donc la vague impression que l’on plante le drapeau là où il ne devrait pas être, sur des décharges ou des plages à touristes, en gros là où sont le business et peut-être quelques parts de gâteau à gagner ou à préserver, et que l’on s’éloigne chaque jour un peu plus des « fondamentaux » que l’on ânonne pourtant à longueur de meetings ou d’émissions politiques. 

En début de mandature, il me semble pourtant me souvenir que les associations en lutte contre la pauvreté avaient bien été reçues par les présidents de l’Assemblée de Corse, et que certains engagements avaient été pris afin de les soutenir efficacement. Ne s’agissait-il alors que de postures médiatiques ? Ne s’agissait-il que de belles paroles en vue d’enfumer l’opinion sur certaines questions sociales ? Je m’interroge en tout cas aujourd’hui sur le fait que la lutte contre la misère et le soutien aux plus pauvres ne semblent guère inspirer de vaillance à des élus dont le bien commun, la dignité des personnes et l’émancipation de leur peuple semblaient pourtant être des priorités. Et je m’interroge sur le message qui est véhiculé dans cet ordre des prérogatives, sur les mentalités que cela révèle, et sur les valeurs réelles qui sont défendues et qui inévitablement seront transmises aux générations futures.

Alors, je vais me répéter, je n’ai vraiment pas envie ici de polémiquer, mais pas non plus envie de sourire en entendant dire que les appels des associations humanitaires ne sont pas entendus. Ma voix est modeste, et peut-être serai-je de nouveau vilipendé pour ne pas faire partie des ravis du « Tamanta Strada », il faut dire qu’on a le lynchage facile sur les réseaux sociaux depuis quelques mois, mais tout cela n’est pas bien grave. Ce que je voudrais, surtout, c’est que l’on puisse me faire mentir, et que l’on démontre par des actions saines que mes analyses sont parfois erronées. Et pour cela, il faudrait que l’on agisse au plus vite afin que le plaidoyer de la Coordination Inter-Associative de Lutte contre l’Exclusion soit perçu et entendu à la hauteur de ce qu’il défend, qui est une part de notre dignité à tous. Ce que j’espère, c’est que ceux qui en ont le pouvoir réparent au plus vite de si condamnables manquements au devoir de gestion et de solidarité, et qu’ils mettent tout en œuvre afin que le Foyer Notre Dame retrouve le plus rapidement possible sa vocation historique d’hébergement des plus pauvres. Cette chronique n’a évidemment d’autre raison d’être que de relayer les efforts de ceux qui s’impliquent au quotidien dans ce but. 
Marc Biancarelli

 

Sans Foyer
Si personne ne peut contester la légitimité de revendiquer un meilleur pouvoir d’achat pour les classes qualifiées de moyennes ou pire d’inférieures, il est en revanche beaucoup trop facile de refuser de voir ceux qui n’ont aucun pouvoir d’achat, qui sont jetés à la rue, qui sont totalement déclassés. Pudiquement ou hypocritement on les nomme, « quart monde » « S.D.F. », « sans domicile fixe ». Mais ce ne sont pas des « sans domicile fixe », expression qui naguère désignait l’immatriculation des véhicules des gens du voyage ou des forains dont le domicile était sur roues. Ce sont des « sans foyer », jeunes ou vieux jetés à la rue sans véritable espérance de vie parce que sans espérance. On les croise de plus en plus dans les rues des villes au mieux sans les voir ou au pire en les rendant invisibles en installant, par exemple, des mobiliers urbains inhumains les empêchant de trouver refuge. Les bonnes âmes surtout quand ils leur font l’aumône de la pitié méprisante pensent et disent qu’ils sont responsables en dernier ressort de leur situation alors que leur situation leur a ôté toute responsabilité. Parfois ils n’ont plus pour compagnon qu’un chien : traités comme des chiens par les hommes, les chiens en leur animalité sont les seuls en qui ils trouvent quelque humanité.

En deçà de la pauvreté de nos pays développés, il y a une misère non pas humaine mais inhumaine pire encore que la pauvreté : ce sont ces « sans foyer ». Ce n’est pas seulement de sympathie et moins encore de pitié dont ils ont besoin mais de droits : le premier de ces droits est l’hébergement. Notre pays, comme tous ceux qui sont développés, s’il crée de la misère est d’abord un pays riche dont la richesse oublieuse de toute humanité engendre la misère et les « sans foyer ». Même les mouvements revendicatifs les plus radicaux les excluent au point que parfois ils les dénoncent à la police. Ils ne peuvent qu’attendre le secours d’un secours catholique ou populaire, peu importe.

Ils sont le scandale au sens étymologique de notre modernité. Le scandale est étymologiquement une petite pierre dans la chaussure qui blesse quand on marche. Pour vaquer à nos occupations, pour s’occuper de nos affaires, pour marcher tranquillement dans les rues, on fait cesser le scandale en refusant de les voir. Nous sommes scandaleux parce que nous refusons de les voir. Ce scandale est personnel et collectif. En toute bonne conscience on souhaite bien entendu des lieux d’hébergement mais surtout pas dans sa rue ni même dans son quartier.

Et pourtant ces hébergements, ces lieux de fraternité et de dignité sont la condition pour qu’une civilisation soit vraiment une civilisation, une société une société. Jadis la cathédrale qui était elle-même un refuge, un lieu d’asile avait à ses pieds un hôtel-Dieu. Aussi reconstruire Notre-Dame de Paris ce n’est pas seulement restaurer un monument de Paris mais comme Hugo remettre les « Misérables » au cœur de la cité. Il n'y a pas de cathédrale sans Quasimodo ni cour des miracles. Reconstruire Notre-Dame de Paris à l’identique ce n’est ni ignorer les technologies contemporaines, ni même innover : Notre-Dame de Paris a déjà connu maintes innovations au gré de ses nombreuses reconstructions, mais la fidélité est due au patrimoine spirituel. Le tragique incendie de Notre-Dame de Paris est l’occasion de garder mémoire de ce patrimoine spirituel de notre humanité, patrimoine spirituel qui est tout aussi religieux que laïc. Nous avons une occasion à Ajaccio de faire cesser le scandale et de faire vivre ce patrimoine spirituel de fraternité : l’ancien foyer Notre-Dame qui fut créé il y a plus de cent cinquante ans et qui aujourd’hui n’héberge plus des « sans foyers » âgés alors que la Ville impériale manque d’hébergement. Aujourd’hui propriété de l’ancien Conseil Départemental il est devenu un bien de la Collectivité de Corse. Voilà une occasion de diminuer le scandale des « sans foyer », en lui redonnant sa vocation de fraternité pour que notre société et nos institutions ne soient pas que des administrations gestionnaires mais des créatrices de sens, de sens humain donc spirituel.
Michel Barat, ancien recteur de l'académie de Corse

 

Quand la CTC oppose son mutisme à une demande de solidarité humaine
Le 27 mars dernier, la Coordination interassociative de lutte contre l'exclusion (CLE) notamment animée par le docteur François Pernin et Antoine Jean Folacci, adressait un courrier au président du Conseil exécutif de la région et au député-maire d'Ajaccio à propos du sort réservé au foyer Notre Dame. "Les associations de la Coordination interassociative de lutte contre l’exclusion (CLE) tiennent à exprimer leur étonnement et leur consternation quant à la manière dont le Conseil général de la Corse du Sud (CG2A) puis, depuis plus d’un an, la Collectivité de Corse (CdC) et la Communauté d’Agglomération du Pays ajaccien (CAPA) traitent la question de l’avenir du bâtiment du Foyer Notre Dame, situé route Saint Joseph, à l’entrée de la ville d’Ajaccio. " Le CLE précisait dans son plaidoyer : "Le Foyer Notre Dame, dont la gestion a été assurée jusqu’en 2010 par les sœurs de la congrégation Notre Dame de la Merci, a abrité pendant plus d’un siècle les personnes âgées les plus démunies. Il est inscrit dans la mémoire des Ajacciens comme le symbole d’une solidarité qui est le fondement d’une société apaisée. Son architecture répond totalement à sa vocation d’hébergement. " M. Marcangeli répondait à la missive en précisant que la CAPA et la ville d'Ajaccio s'étant désistés, il revenait à la CTC de répondre à la demande du CLE. À cette heure, Gilles Simeoni n'a toujours pas répondu à la demande du CLE mais des rumeurs laissent entendre que la CTC préférerait installer des bureaux dans les lieux plutôt que de les rendre à leur généreuse fonction originelle.

 

 Aux origines
Le foyer Notre Dame était jusqu'à il y a peu administré par les sœurs de l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci. L'Ordre avait été fondé par le languedocien Pierre Nolasque afin de racheter les chrétiens captifs des pirates maures et réduits en esclavage merci étant synonymes de grâce, de pitié, de miséricorde. Désormais, l'ordre aide tous les captifs au sens large notamment les prisonniers, les malades ainsi que toutes celles et tous ceux abandonnés des hommes.

 

Rendre aux lieux leur noblesse miséricordieuse
Or c'est exactement pour remplir cette tâche que le CLE désire réinvestir les lieux quasiment vides depuis le départ des sœurs. "Nous savons tous que le territoire de la CAPA manque cruellement d’hébergements d’urgence pour les personnes isolées, en situation de précarité et qui ne peuvent accéder à un logement social, dont le nombre est notoirement insuffisant. Les structures actuelles sont saturées et la demande augmente de façon exponentielle. " souligne la CLE qui donne les chiffres effrayants des demandes d''hébergement produites par les Services intégrés de l'accueil et de l'orientation (SIAO) de la Corse-du-Sud. 419 demandes concernaient 699 personnes pour l’obtention d’un habitat décent au titre de l’insertion, soit une progression respective de 16 % et 21,5 % en un an… ». • Le nombre d’enfants mineurs concernés par ces demandes a bondi de 50 % en un an pour atteindre 214 (dont 47 âgés de moins de trois ans) et le nombre de familles monoparentales de 37 % à 102.

 

Accorder les paroles aux actes
Le silence de la CTC est d'autant plus surprenant qu'il est en contradiction avec un certain nombre de déclarations faites ou votées en faveur de la lutte contre la grande pauvreté en Corse. "La CLE rappelle que le Plan de lutte contre la précarité et la pauvreté, voté à l’unanimité moins une abstention par la Collectivité territoriale de Corse en mars 2017, recommande de « faire l’état des lieux des locaux de la CTC inutilisés qui pourraient être mis à la disposition de bailleurs sociaux, ou d’une agence immobilière à vocation sociale ou pour l’hébergement d’urgence dans le cadre du plan grand froid ». Les responsables de la CTC devraient méditer ce qu'écrivait Victor Hugo en présentant son ouvrage majeur Les Misérables « La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres. » tandis que le jeune poète Loïc Schneider ajoute : « Il existe une richesse dans la pauvreté, dont le riche en est souvent pauvre ; celle de la compassion. » "Nous ne pouvons pas échapper aux paroles du Seigneur et c’est sur elles que nous serons jugés : aurons-nous donné à manger à qui a faim et à boire à qui a soif  ? Aurons-nous accueilli l’étranger et vêtu celui qui était nu  ? Aurons-nous pris le temps de demeurer auprès de celui qui est malade et prisonnier  ? " est-il écrit dans l'Évangile selon Saint Mathieu. Notre-Dame doit revenir aux démunis. Plus qu'une mesure de justice sociale c'est un impératif moral.
Gabriel Xavier Culioli, écrivain

 

 

Besoin de Toits-Pour que le Foyer Notre Dame d’Aiacciu garde sa vocation
« En annonçant l’utilisation du Foyer Notre-Dame d’Aiacciu aux fins de nouveaux bureaux, la CDC a provoqué une indignation salutaire. Je suis convaincu qu’elle a ainsi voulu diriger nos regards sur une question qui est au cœur de nos sociétés.

La CDC doit être en cela remerciée. Personne n’en doute, elle a dû depuis imaginer une autre solution pour installer les nouveaux bureaux dont elle a besoin. Vu le champ de bataille immobilier qu’est devenu l’entrée d’Aiacciu, je ne doute pas un seul instant que l’on puisse y trouver des surfaces à usage de bureaux.

Dans mon enfance, il y avait au cœur de mon village une maison au fronton de laquelle était gravé dans la pierre : « Casa di i povari » – Maison des pauvres.

Elle n’était pas une exception. La Corse entière est parsemée de ces joyaux d’humanitude. Ils sont le signe de notre intelligence dans la vie commune, un héritage venu de loin, cette assurance morale, cette conviction qu’il y a ici une place pour chacun.

U Signore hà fattu à tutti, dicenu induve noi, et le Foyer Notre-Dame en est une des plus belles illustrations.

C’est cela l’honneur de la Corse. « Je vais mieux quand tout le monde va mieux ». Il y a là une grande intelligence sociale et politique. C’est bien pour cela que nous chantons… « per tutti i tribbulati, pé tutti i scunsulati… »

Laissez-moi donc en cette occasion soupçonner chacun des meilleures intentions, désireux d’entendre la volonté citoyenne, car cette cause qui mérite notre vigilance et notre détermination en vaut la peine.

Non, élus de la CDC, ce n ‘est pas vous les méchants. Personne ne veut le mal. Mais la systémique avance.

La « méchanceté » se trouve dans une logique pernicieuse qui produit en masse pauvreté, exclusion et vulnérabilité. Au nom de la loi du marché, elle prétend nous dicter ses impératifs.

Si au centre de mon village comme au centre de nos villes, ces « mètres carrés »-là ne sont plus disponibles pour accueillir nos détresses, nos souffrances, nos pauvretés, serait-ce parce qu’il nous faut les cacher et les tenir à l’écart à tout prix ?

Prenons garde à cette infidélité qui nous guette, infidélité à ce que nous sommes, dans une attitude et des choix qui nous menaceraient bien plus que le misère elle-même. Cela nous met en danger. Cela nous ronge l’âme. Ci rode l’anima.

Le système économique actuel crée de l’exclusion, parce que nous tombons dans le piège de la résignation et de l’avidité. Nous laissons faire. Nous avalons, nous bétonnons l’idée que telle serait notre nature. Ce sont là nos nouvelles « maladies mentales », nos nouvelles « pathologies du cœur ».

La raison du plus avide prétend triompher partout. Et pourquoi pas in Corsica ? Notre « Padduc intérieur », celui qui gouverne nos têtes et nos coeurs, en est terriblement modifié.

Voulons-nous vraiment dévoyer, aliéner, vendre les bijoux de famille ?

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons nous passionner pour construire d’autres réponses.

La bonne nouvelle c’est que nous pouvons choisir, influencer notre réalité, déterminer et autodéterminer notre destin, choisir de conserver, de créer – ou pas – des structures utiles, intelligentes, solidaires, en commençant par préserver la vocation de celles qui ont existé avant nous. Nous pouvons mettre à l’oeuvre notre intelligence collective, généreuse, combative, efficace, amoureuse des solutions.

Si la société corse est devenue une vraie machine à produire de la précarité, c’est d’abord et surtout parce qu’elle s’est laissée déposséder de son premier outil de production : la terre nourricière.

Ce bien précieux où se tissent tous les liens. Un jardin à cultiver et un toit, un toit et un jardin à cultiver. Un ortu è un tettu pè tutti.

Quand « subsistance et existence » se séparent, nous sommes tous appauvris, orphelins de cette souveraineté première, et cela est une des sources de nos pauvretés. Nous en ressortons tous un peu hors sol, hors terre, et forcément hors lien.

Certains en ressortent sans toit, sans abri, mais pas sans en appeler à nos consciences. Il nous appartient alors de ne pas fermer la dernière porte. Celle du village dans la ville. Celle où nos blessures cherchent refuge. Il y a là un gisement précieux d’énergies politiques, d’intelligences collectives, et de réponses à construire.

Rien n’est plus urgent que de demeurer fidèles à ce que nous sommes vraiment.

Il se pourrait que ce soit cela, le vrai nom du progrès.« 

Jean-François Bernardini u 30 di maghju 2019


Au nom de l’urgence
Lorsque François Pernin, au nom de la coordination de lutte contre l’exclusion, m ‘a demandé si je voulais bien soutenir la revendication de ce groupement d’associations pour obtenir la mise à disposition de l’ancien Foyer Notre Dame en vue de structurer une capacité d’accueil plus efficace des exclus, des déshérités, des malheureux en situation de grande précarité, je n’ai pas hésité.

D’abord parce que le combat de ces associations, la Croix Rouge, la Falep, l’Entraide protestante, Ava Basta, la Fraternité du Partage, Médecins du monde, les Restos du cœur, le Secours catholique, le Secours Populaire, Présence Bis, ne souffre pas, selon moi de discussion. Que ce soit au nom de la morale, au nom de la charité, au nom de la solidarité, au nom de la compassion, au nom de l’éthique, au nom de la fraternité, au nom de la raison, au nom de la révolte contre l’injustice, qu’importe. Chacun habille son empathie pour les autres, son désir de justice, son humanisme, la paix de sa conscience ou sa générosité des mots qu’il le veut.

L’important est de réagir, de se mobiliser, d’agir de s’unir pour la bonne cause.

 

Alors, bien sûr, j’ignore les problématiques qui peuvent s’attacher à l’exploitation de ce Foyer Notre Dame, les choix éventuels qui sont en débat, les raisons pour lesquelles les autorités concernées tardent à répondre. Je ne ferai, pour ma part, de procès à personne. Je comprends simplement l’impatience des associations car il y a urgence. Quand un humain devant vous se noie, il n’est pas temps de tergiverser, de consulter les textes de loi, de savoir si le navire est fait pour cela, d’attendre l’autorisation de le sauver. Des hommes et des femmes se noient en Méditerranée, se perdent dans nos villes et dans notre île, à la recherche d’un asile, à la recherche d’une pitance, à la recherche d’un travail, à la recherche d’un toit et d’une main secourable. Le devoir évident, impératif et immédiat de la communauté est de tendre cette main. Certes, dans nos sociétés à la dérive, des responsables politiques, ici ou là, prétendent s’opposer aux réflexes les plus élémentaires de solidarité, envisagent de laisser périr les naufragés, d’interdire aux miséreux l’usage des bancs publics, de fermer les portes, les fenêtres et les frontières quant ils ne préconisent pas de construire des murs. Mais, ne leur en déplaise, il existe des lois éternelles et universelles. Et il n’existe pas, aux termes de ces lois, de délit de solidarité. Il ne peut pas exister de délit de solidarité. Il existe par contre un délit de non assistance à personne en danger. Quelle que soit cette personne, d’où qu’elle vienne, quelle que soit son histoire, quelque soit sa religion, quelques soient ses raisons ou ses torts.

 

Que le bâtiment s’appelle Foyer Notre Dame ou d’un tout autre nom, il est important de répondre sans délai à l’appel au secours de ceux qui consacrent leur vie à tendre la main et qui sont submergés par l’ampleur de la catastrophe. Dans une île qui s’illustre déjà par l’importance du taux de pauvreté et où des milliers de logements restent vides six ou huit mois de l’année en attente des vacanciers aisés en provenance des grandes villes d’Europe, il serait indécent de ne pas trouver le moyen d’aménager un abri suffisant pour accueillir ceux qui sont au fond du fond du trou.

Sampiero Sanguinetti, Journaliste, Auteur.

 

Les exclus
Restaurer la vocation sociale du Foyer Notre-Dame est un impératif. Ce foyer, situé à l'entrée d'Ajaccio, a abrité des indigents durant 130 ans. Après des décisions et beaucoup d'indécisions, et depuis près de 10 ans, cet établissement (1500 m² sur trois étages) demeure inoccupé.

C'est impératif : cette situation doit cesser.

J'ai été témoin du mal être de l'auto-exclusion, l'homme auquel je pense souvent aurait trouvé un endroit où survivre dans ce » foyer » bien nommé… Mais le sort en a décidé autrement.

Signes particuliers ? Aucun ! Enfin, oui et non… Sur son visage étaient inscrites la mélancolie de notre temps et les marques d'une vie zigzagante. Debout, silencieux, comme reclus à l'intérieur de lui-même, cet homme n'avait plus de nom, ou du moins, plus personne ne se souvenait qu'il avait un nom. Avec le temps il était devenu avare de mots.  Chez certains, il y a des paroles incrustées dans le bois de la langue, plantées comme des échardes. Lui,  était de cette race-là.  On aurait dit qu'il écoutait mais il faut un déclencheur pour que s’animent les souvenirs. Alors, et alors seulement, les lieux et les époques qui vont avec, se font écho et le petit théâtre de la mémoire se met en marche. Mais la mécanique était devenue plus paresseuse.

La restauration avait occupé l'essentiel de sa vie. Un métier qui vous dévore plus qu'il ne vous occupe. Des gestes cent fois répétés  pour ce faire plus inventif, pour que se renouvelle le plaisir de la clientèle. Dans ce métier-là, il faut avoir un don caché, celui du goût.

Le travail commence tôt avec le choix des produits sur le marché. Tout en déambulant, il faut prévoir dans sa tête la composition des deux menus - midi et soir -, ne pas oublier de nourrir (et même de bien nourrir) l'équipe qui vous entoure. Il faut prévoir à l'avance de changer le contenu de la carte, sans oublier de mettre en évidence les «plats signatures » qui font la réputation de la maison. Le raffinement se transmet dans les plats inspirés. Il faut de la rigueur, une cuisson précise et enfin, une présentation irréprochable. A quoi s'ajoutent la mise en place et le coup de feu. Debout, toujours debout, dans la chaleur des fourneaux. C'est cela, en résumé le quotidien d'un chef. Ce métier épuise les nerfs, oblige à être plus talentueux chaque jour pour étonner les passionnés du plaisir de la table.

A y regarder d'un peu loin, cet homme avait tout pour lui. Un métier qui lui convenait, un salaire confortable, une femme qui s'adaptait aux exigences de sa profession et deux enfants qui faisaient sa joie… Rien ne pouvait détruire cet équilibre, en apparence, rien. Sinon que ce rythme était difficile à tenir. Et plus le restaurant avait de succès et plus la pression devenait, intenable. Le personnel s'en plaignait, mais quoi qu'il arrive, il fallait faire face.

Et puis un jour, avec la fatigue accumulée, tout bascule. Arrive d'un coup, le temps de la remise en question. A force de supporter les chocs, le chef c'est exclu de la société dans laquelle il s'était accoutumé à vivre. Il se sentait étranger, il perdait son vocabulaire. Pour lui, tout avait perdu de l'intérêt, jusqu'à la recherche de l'excellence du goût. Après le plaisir du travail bien fait, c'était installé un vide que rien ne pouvait combler.

Petit à petit, il se sentait éjecté de son clan familial, écarté de son milieu professionnel, en deux mots : auto exclu.

Cet homme a basculé dans un état de précarité qui est la misère des pays riches.

Restait pour issue la rue, enfermé dehors, avec des compagnes et des compagnons d'infortune pour partager sa misère.

À bout de force il a claqué les portes de la vie.
Jérôme Camilly, écrivain, homme de télévision, journaliste, auteur de "Parole de précaires".


A venir le point sur le dossier avec Bianca Fazi, conseillère exécutive en charge des affaires sociales et de la santé




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