Le titre du spectacle dit tout du regard que l'artiste porte sur son parcours. "Soixante ans déjà, c'est passé tellement vite, confie Felì. Quand je me retourne, je vois un chemin rempli de rencontres, de chansons, de partages. Et pourtant, l'envie de chanter est toujours aussi intacte qu'au premier jour." Une longévité rare, entamée à la fin des années 80 dans le mouvement du Riacquistu, cette réappropriation de la culture et de la langue corses. "À l'époque, chanter en corse, c'était un acte, presque un combat. On voulait redonner à notre langue sa dignité, la faire vivre sur scène", se souvient-il.
L'héritage de Ghjuvan Teramu Rocchi
Impossible d'évoquer le parcours de Felì sans nommer Ghjuvan Teramu Rocchi, le poète avec qui il a signé l'essentiel de son œuvre. "C'est lui qui m'a montré la voie, qui m'a appris la rigueur du texte, le respect de la langue", rend hommage le chanteur, évoquant une collaboration devenue amitié. "On a fait un bout de chemin ensemble, et ce qu'il m'a transmis, je le porte encore aujourd'hui dans chaque chanson." Une transmission que Felì s'attache à son tour à perpétuer, à travers son école Scola in Festa, à Folelli, où il enseigne le chant et la langue corses aux enfants. "Transmettre, c'est la chose la plus importante. Une langue qui ne se transmet pas est une langue qui meurt. Alors quand je vois ces enfants chanter en corse, je me dis qu'on a gagné quelque chose."
La langue corse, "un atout, pas une barrière"
Tout au long de sa carrière, Felì a défendu une conviction : la langue corse n'enferme pas, elle ouvre. "La langue corse est un atout, jamais une barrière. Elle est unique, et c'est justement cette singularité qui touche les gens, même ceux qui ne la comprennent pas", affirme-t-il, lui qui a promené ses chansons jusqu'au Casino de Paris. "La musique est universelle. Quand l'émotion est là, il n'y a pas besoin de traduction." Une ouverture qu'il voit incarnée dans cette soirée d'Erbalunga, où il partagera l'affiche avec Diana di l'Alba et Eppò. "C'est un beau symbole de voir des artistes corses réunis sur une même scène, chacun avec sa propre couleur, ça me remplit de joie, confie-t-il. La chanson corse est vivante, elle se renouvelle."
Dans un festival dont la programmation penche souvent vers la variété française, cette soirée cent pour cent corse résonne comme une affirmation. "C'est un signal fort, et je remercie les organisateurs. Ça montre que notre musique a toute sa place, qu'elle mérite d'être mise en lumière chez nous comme ailleurs." Sur scène le 18 juillet, Felì promet un voyage à travers son répertoire, porté par la même passion qu'à ses débuts. "Je veux que les gens repartent avec de l'émotion, qu'ils se sentent chez eux, qu'ils aient envie de chanter avec moi. Un concert, c'est un partage, une communion. C'est ça qui me fait vibrer depuis quarante ans."
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