- Jeudi, vous avez assisté à la remise des prix du concours de plaidoiries de la 9e édition du concours organisé par la section corse de la LDH. Pourquoi avoir voulu être présente pour récompenser ces jeunes Corses qui se sont engagés à travers des plaidoiries sur les droits de l’Homme ?
- La section corse de la Ligue des Droits de l’Homme est une section qui fonctionne très bien, qui mène beaucoup d'actions et qui réussit à faire un concours de plaidoiries qui est vraiment important, en lien avec l’Université de Corte, mais aussi avec l’Académie de Corse. Je trouve qu'il est extrêmement important que le fait que des jeunes s'engagent à travers ce concours de plaidoiries soit valorisé, y compris institutionnellement.
- Qu'est-ce que vous ont inspiré les sujets des plaidoiries des jeunes Corses ? Vous ont-ils rassurée sur l’engagement de cette jeune génération ?
- Oui, c’est très rassurant, parce que cela prouve qu’il existe un véritable élan solidaire. J’ai été sensible au fait que ces jeunes s’emparent de sujets nombreux, y compris de sujets historiques comme l’Apartheid. Ils ont aussi travaillé sur les discriminations raciales, les violences policières ou encore l’accueil des personnes LGBTI en France lorsqu’elles sont persécutées dans leur pays. Il y a énormément de sujets très actuels, qui sont aussi des sujets sur lesquels nous nous battons. L’un des participants avait choisi l’affaire Adama Traoré. Cela fait écho à la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée nationale sur la présomption de légitime défense des policiers, contre laquelle nous luttons, parce que nous estimons qu’elle favorise un sentiment d’impunité. Et lorsqu’on favorise ce sentiment d’impunité, on favorise aussi les tirs. C’est donc une loi extrêmement dangereuse. Lors de ma prise de parole, j’ai essayé d’expliquer aux jeunes que lorsqu’on commence à regarder l’actualité ou le passé à travers le prisme des droits de l’Homme, cela peut constituer un déclic pour toute une vie. On apprend à regarder les politiques publiques sous l’angle des droits fondamentaux, à se demander quel droit est atteint, si les mesures prises sont adaptées, nécessaires et proportionnées. Ce n’est pas parce qu’une politique publique est menée au nom d’un droit fondamental qu’elle est forcément conforme aux droits de l’Homme. Je prenais l’exemple du droit à la vie, qui est consacré par l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Ce n’est pas parce qu’une politique est menée au nom de ce droit qu’elle respecte nécessairement les droits de l’Homme. Il faut toujours vérifier qu’elle est adaptée, nécessaire, proportionnée et qu’elle ne recrée pas de discriminations. C’est ce regard que j’ai essayé de transmettre. Une fois que l’on a acquis cette manière de voir les choses, les droits de l’Homme deviennent une boussole. Ils permettent d’avoir un regard de vigie sur les politiques publiques et de pouvoir dire, lorsqu’il le faut, qu’une mesure n’est pas conforme aux droits fondamentaux.
- Entre les conflits internationaux, la montée des discours de haine et les atteintes aux libertés, avez-vous le sentiment que les droits de l’Homme traversent aujourd’hui une période particulièrement difficile ?
- Oui, bien sûr. Nous traversons une période très difficile. Nous assistons à une montée de l’extrême droite, en France comme à l’étranger. On le voit avec Donald Trump, Benyamin Netanyahou, Javier Milei ou encore Giorgia Meloni, il y a une volonté de faire prévaloir la loi du plus fort. Or, lorsque c’est la loi du plus fort qui s’impose, cela signifie que le droit international n’est plus respecté. On le voit aujourd’hui avec les décisions de la Cour internationale de justice concernant Israël, qui ne sont plus appliquées. Donald Trump a également pris des sanctions contre des juges de la Cour pénale internationale, dont un juge français. C’est extrêmement grave. À partir du moment où le droit international n’est plus la référence commune, c’est la loi de la jungle qui s’installe. Et c’est extrêmement dangereux pour les populations. On le voit aussi avec la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, qui constitue une guerre d’agression contraire au droit international. Nous pensions que le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’Homme se renforçaient, notamment avec la Cour pénale internationale, aujourd’hui, nous constatons malheureusement le mouvement inverse. En France, depuis les élections européennes, nous observons une flambée des actes racistes ainsi que des violences contre les personnes LGBT. Nous avons également été particulièrement choqués par certains propos tenus à la télévision contre Bally Bagayoko, qui est un élu de la République. Nous assistons à une remise en cause du principe d’égalité. C’est un climat délétère, parce qu’il favorise le passage à l’acte de personnes fragiles. Il existe un lien entre les discours et les actes. C’est pour cela que nous devons être extrêmement vigilants face aux discours racistes et xénophobes qui sont diffusés aujourd’hui.
- Justement, en regardant cette actualité assez inquiétante, quel est pour vous le combat le plus urgent à mener ? Est-ce continuer à lutter contre les discours extrémistes ?
- Bien sûr, nous allons continuer à lutter contre ces discours extrémistes. Chacun peut d’ailleurs agir à son niveau, dans son entourage, au travail ou dans les discussions du quotidien, en disant que certains propos ne sont pas acceptables et en expliquant pourquoi. Mais pour nous, le combat le plus important est aujourd’hui la défense de l’État de droit. C’est un sujet qui dépasse les clivages politiques. L’État de droit, c’est l’existence de juges indépendants et la possibilité de former des recours fondés sur les droits de l’Homme, car tant que nous avons cela, nous pouvons encore agir contre les atteintes aux libertés. Ces recours s’appuient sur la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, le préambule de la Constitution de 1946, la Convention européenne des droits de l’Homme, la Convention des droits de l’enfant et d’autres textes internationaux. Ces conventions ont été ratifiées par le Parlement et le juge est là pour les faire appliquer. Lorsque les atteintes aux libertés viennent directement de la loi, c’est plus compliqué, car le contrôle du Conseil constitutionnel reste limité. Mais il existe encore des garde-fous. Or, partout où l’extrême droite arrive au pouvoir, elle s’attaque à l’indépendance de la justice. On l’a vu avec Viktor Orbán en Hongrie, avec Donald Trump aux États-Unis ou encore avec Giorgia Meloni en Italie. C’est systématique, parce qu’ils veulent avoir les mains libres. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui sont attachés à l’État de droit à le défendre. Pour nous, le risque est celui d’une véritable bascule si l’extrême droite accède au pouvoir.
- La Corse est engagée dans un processus qui doit aboutir à un projet de révision constitutionnelle portant sur son autonomie. Quel regard la Ligue des droits de l’Homme porte-t-elle sur cette évolution ?
- C’est un sujet complexe. Une plus grande autonomie peut être une bonne chose, mais il faut aussi des garde-fous. Nous sommes surtout déçus que la notion de « peuple corse » n’ait pas été retenue. Cela aurait constitué une reconnaissance plus forte des droits culturels. La notion de communauté est plus restrictive. Il est donc important que cette communauté soit comprise comme une communauté de destin, ouverte et capable d’intégrer. Une société forte est une société capable d’accueillir et d’intégrer, ce n’est pas une société qui se replie sur elle-même. À la Ligue des droits de l’Homme, nous sommes également favorables à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La langue fait pleinement partie des droits culturels. Je ne suis pas non plus convaincue que ce projet aboutisse au Sénat. C’est un risque, et l’absence de débouché politique peut être dangereuse. C’est aussi pour cela que nous regrettons que la reconnaissance du peuple corse n’ait pas été possible plus tôt. Elle aurait constitué un signe fort en faveur de la reconnaissance des droits culturels.
- La section corse de la Ligue des Droits de l’Homme est une section qui fonctionne très bien, qui mène beaucoup d'actions et qui réussit à faire un concours de plaidoiries qui est vraiment important, en lien avec l’Université de Corte, mais aussi avec l’Académie de Corse. Je trouve qu'il est extrêmement important que le fait que des jeunes s'engagent à travers ce concours de plaidoiries soit valorisé, y compris institutionnellement.
- Qu'est-ce que vous ont inspiré les sujets des plaidoiries des jeunes Corses ? Vous ont-ils rassurée sur l’engagement de cette jeune génération ?
- Oui, c’est très rassurant, parce que cela prouve qu’il existe un véritable élan solidaire. J’ai été sensible au fait que ces jeunes s’emparent de sujets nombreux, y compris de sujets historiques comme l’Apartheid. Ils ont aussi travaillé sur les discriminations raciales, les violences policières ou encore l’accueil des personnes LGBTI en France lorsqu’elles sont persécutées dans leur pays. Il y a énormément de sujets très actuels, qui sont aussi des sujets sur lesquels nous nous battons. L’un des participants avait choisi l’affaire Adama Traoré. Cela fait écho à la loi qui vient d’être votée à l’Assemblée nationale sur la présomption de légitime défense des policiers, contre laquelle nous luttons, parce que nous estimons qu’elle favorise un sentiment d’impunité. Et lorsqu’on favorise ce sentiment d’impunité, on favorise aussi les tirs. C’est donc une loi extrêmement dangereuse. Lors de ma prise de parole, j’ai essayé d’expliquer aux jeunes que lorsqu’on commence à regarder l’actualité ou le passé à travers le prisme des droits de l’Homme, cela peut constituer un déclic pour toute une vie. On apprend à regarder les politiques publiques sous l’angle des droits fondamentaux, à se demander quel droit est atteint, si les mesures prises sont adaptées, nécessaires et proportionnées. Ce n’est pas parce qu’une politique publique est menée au nom d’un droit fondamental qu’elle est forcément conforme aux droits de l’Homme. Je prenais l’exemple du droit à la vie, qui est consacré par l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Ce n’est pas parce qu’une politique est menée au nom de ce droit qu’elle respecte nécessairement les droits de l’Homme. Il faut toujours vérifier qu’elle est adaptée, nécessaire, proportionnée et qu’elle ne recrée pas de discriminations. C’est ce regard que j’ai essayé de transmettre. Une fois que l’on a acquis cette manière de voir les choses, les droits de l’Homme deviennent une boussole. Ils permettent d’avoir un regard de vigie sur les politiques publiques et de pouvoir dire, lorsqu’il le faut, qu’une mesure n’est pas conforme aux droits fondamentaux.
- Entre les conflits internationaux, la montée des discours de haine et les atteintes aux libertés, avez-vous le sentiment que les droits de l’Homme traversent aujourd’hui une période particulièrement difficile ?
- Oui, bien sûr. Nous traversons une période très difficile. Nous assistons à une montée de l’extrême droite, en France comme à l’étranger. On le voit avec Donald Trump, Benyamin Netanyahou, Javier Milei ou encore Giorgia Meloni, il y a une volonté de faire prévaloir la loi du plus fort. Or, lorsque c’est la loi du plus fort qui s’impose, cela signifie que le droit international n’est plus respecté. On le voit aujourd’hui avec les décisions de la Cour internationale de justice concernant Israël, qui ne sont plus appliquées. Donald Trump a également pris des sanctions contre des juges de la Cour pénale internationale, dont un juge français. C’est extrêmement grave. À partir du moment où le droit international n’est plus la référence commune, c’est la loi de la jungle qui s’installe. Et c’est extrêmement dangereux pour les populations. On le voit aussi avec la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, qui constitue une guerre d’agression contraire au droit international. Nous pensions que le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’Homme se renforçaient, notamment avec la Cour pénale internationale, aujourd’hui, nous constatons malheureusement le mouvement inverse. En France, depuis les élections européennes, nous observons une flambée des actes racistes ainsi que des violences contre les personnes LGBT. Nous avons également été particulièrement choqués par certains propos tenus à la télévision contre Bally Bagayoko, qui est un élu de la République. Nous assistons à une remise en cause du principe d’égalité. C’est un climat délétère, parce qu’il favorise le passage à l’acte de personnes fragiles. Il existe un lien entre les discours et les actes. C’est pour cela que nous devons être extrêmement vigilants face aux discours racistes et xénophobes qui sont diffusés aujourd’hui.
- Justement, en regardant cette actualité assez inquiétante, quel est pour vous le combat le plus urgent à mener ? Est-ce continuer à lutter contre les discours extrémistes ?
- Bien sûr, nous allons continuer à lutter contre ces discours extrémistes. Chacun peut d’ailleurs agir à son niveau, dans son entourage, au travail ou dans les discussions du quotidien, en disant que certains propos ne sont pas acceptables et en expliquant pourquoi. Mais pour nous, le combat le plus important est aujourd’hui la défense de l’État de droit. C’est un sujet qui dépasse les clivages politiques. L’État de droit, c’est l’existence de juges indépendants et la possibilité de former des recours fondés sur les droits de l’Homme, car tant que nous avons cela, nous pouvons encore agir contre les atteintes aux libertés. Ces recours s’appuient sur la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, le préambule de la Constitution de 1946, la Convention européenne des droits de l’Homme, la Convention des droits de l’enfant et d’autres textes internationaux. Ces conventions ont été ratifiées par le Parlement et le juge est là pour les faire appliquer. Lorsque les atteintes aux libertés viennent directement de la loi, c’est plus compliqué, car le contrôle du Conseil constitutionnel reste limité. Mais il existe encore des garde-fous. Or, partout où l’extrême droite arrive au pouvoir, elle s’attaque à l’indépendance de la justice. On l’a vu avec Viktor Orbán en Hongrie, avec Donald Trump aux États-Unis ou encore avec Giorgia Meloni en Italie. C’est systématique, parce qu’ils veulent avoir les mains libres. C’est pourquoi nous appelons tous ceux qui sont attachés à l’État de droit à le défendre. Pour nous, le risque est celui d’une véritable bascule si l’extrême droite accède au pouvoir.
- La Corse est engagée dans un processus qui doit aboutir à un projet de révision constitutionnelle portant sur son autonomie. Quel regard la Ligue des droits de l’Homme porte-t-elle sur cette évolution ?
- C’est un sujet complexe. Une plus grande autonomie peut être une bonne chose, mais il faut aussi des garde-fous. Nous sommes surtout déçus que la notion de « peuple corse » n’ait pas été retenue. Cela aurait constitué une reconnaissance plus forte des droits culturels. La notion de communauté est plus restrictive. Il est donc important que cette communauté soit comprise comme une communauté de destin, ouverte et capable d’intégrer. Une société forte est une société capable d’accueillir et d’intégrer, ce n’est pas une société qui se replie sur elle-même. À la Ligue des droits de l’Homme, nous sommes également favorables à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La langue fait pleinement partie des droits culturels. Je ne suis pas non plus convaincue que ce projet aboutisse au Sénat. C’est un risque, et l’absence de débouché politique peut être dangereuse. C’est aussi pour cela que nous regrettons que la reconnaissance du peuple corse n’ait pas été possible plus tôt. Elle aurait constitué un signe fort en faveur de la reconnaissance des droits culturels.
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