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Elections Territoriales : Gilles Simeoni largement en tête, l’écrasante victoire des nationalistes


Nicole Mari le Dimanche 20 Juin 2021 à 23:19

Sans surprise, le président de l’Exécutif sortant, Gilles Simeoni, arrive largement en tête du 1er tour des élections territoriales en Corse avec 29,19% des suffrages exprimés, devançant largement le candidat d’union de la droite, Laurent Marcangeli, qui ne recueille que 24,86 % des suffrages. Suivent les trois autres listes nationalistes, Jean-Christophe Angelini s’octroie la 3ème place avec 13,22 %. Core in Fronte réussit son pari de franchir la barre des 7 % avec 8,39 % et peut se maintenir au 2nd tour. Un seuil que Corsica Libera rate de peu avec 6,90 %, mais reste en capacité de fusionner. Déception pour Jean-Charles Orsucci qui ne récolte que 5,92 % des voix. Les 4 listes restantes sont éliminées : A. Simonpietri (3,75%), Michel Stefani (3,18%), François Filoni (4%), J.A. Giacomi (0,59%).



Gilles Simeoni à Bastia saluant sa pole position du 1er tour. Photo CNI.
Gilles Simeoni à Bastia saluant sa pole position du 1er tour. Photo CNI.
C’est un score sans appel pour le président de l’Exécutif sortant, Gilles Simeoni, qui réussit son pari et arrive largement en tête pour ce 1er tour des élections territoriales avec 39 246 voix, soit 29,19% des suffrages. Une avance conséquente de 4,3 points, soit 5815 voix, le place en pôle position pour le 2nd tour et le sépare de son principal challenger, Laurent Marcangeli qui ne recueille que 24,86% de suffrages, soit 33 431 voix. Gilles Simeoni caracole aussi loin devant ses ex-partenaires nationalistes : il creuse un écart de près de 16% avec Jean-Christophe Angelini qui récolte néanmoins 17 772 voix, soit 13,22% des suffrages. Corsica Libera, qui rate d’une courte tête, à peine 130 voix, la barre des 7%, fait mentir ceux qui l’enterraient un peu trop vite et engrange pas moins de 9 280 voix, mais ne peut se maintenir tout seul. L’autre grand vainqueur de ce scrutin est, sans contexte, Core in Fronte qui réussit un bel exploit en passant haut la main l’écueil des 7%. Le parti indépendantiste de Paul-Félix Benedetti et Jean-Batti Arena, qui avait raté le 2nd tour en 2017 pour une poignée de voix, ramasse une belle mise avec 11 282 voix, soit 8,39% des suffrages.
 
La suprématie nationaliste
Les quatre listes nationalistes réunies totalisent, avec celle d’Agnès Simonpietri, 61,42 % des suffrages, soit 82 618 voix sur 136 887 votants. C’est encore un bon en avant de 20 000 voix par rapport au 1er tour du scrutin de 2017 où les deux listes nationalistes en lice, Pé a Corsica (45,36%) et Core in Fronte (6,69%) avaient déjà raflé la majorité avec plus de 52 % des suffrages, soit 62208 voix. Et un gain de 15 276 voix par rapport au 2nd tour de 2017 où la liste d’union conduite par Gilles Simeoni avait culminé à 56,49%, soit 67 342 voix. Scrutin après scrutin, des territoriales aux législatives en passant par les municipales, les Nationalistes, toutes tendances réunies, étendent leur suprématie sur l’échiquier politique corse. En 6 ans, après la victoire de Gilles Simeoni à Bastia en 2014 qui fut le moteur incontestable de la dynamique nationaliste, et le tsunami de 2017, les Nationalistes n’en finissent pas d’engranger les victoires et de laisser leurs adversaires de plus en plus groggy. Tous les mouvements ratissent large, pas seulement les modérés ! Plus de 15% des Corses ont choisi un parti indépendantiste : c’est un fait notable ! L’opposition de droite ou de gauche, qui espérait que la vague nationaliste se dégonflerait dans l’exercice du pouvoir et achopperait dans ses fortes querelles intestines, en est pour ses frais !

Gilles Simeoni.
Gilles Simeoni.
Le poids du rural
Pour Gilles Simeoni, le succès est incontestable. Le président de l’Exécutif voulait gagner franchement, sans aucune équivoque, ni vis-à-vis de son adversaire déclaré, Laurent Marcangeli, ni vis-à-vis de ses ex-partenaires, devenus concurrents, le PNC et Corsica Libera. Aucun de ne peut désormais lui contester son leadership. C’est sur la Haute-Corse que sa liste Fa Populu Inseme engrange le maximum de voix, 24 994 voix, soit 34,6% des suffrages, contre seulement 14 252 voix en Corse du Sud, soit 22,91%. Avec 40,42 % des suffrages exprimés, soit 4183 voix, la ville de Bastia reste fidèle à celui qu’elle a élu maire en 2014. Gilles Simeoni totalise, à lui seul, quasiment le même score que la liste d’union Pe a Corsica au 1er tour en 2017. A Ajaccio, il fait mieux que prévu et récolte 4058 voix, soit 22,80 %. Les deux scores cumulés bastiais et ajaccien lui font faire match quasiment nul sur ces deux villes avec le maire d’Ajaccio. C’est dans le rural qu’il emporte la mise sur ses adversaires. Au Nord, il domine, sans surprise, le Grand Bastia en remportant Furiani, San Martino di Lota, Biguglia, Lucciana, mais aussi Corte, Lisula, Aleria, talonne la droite à Ghisonaccia. Il culmine dans le Niolu, à Luri, Valle d’Alesani, Vallecale, Lento, Olmo, Matra, Manso, La Porta San Gavino du Fiumorbu, Santo-Pietro-di-Tenda, San Fiurenzu, Oletta, Galeria, Lama, Chisa, Solaro, Piedicroce, Moncale, Ventiseri,Pietracorbara, Pietroso, Montegrosso, Lumio, Lavatoggio, Galeria... Au Sud, il remporte Sartène, Figari, Cargèse, Bastelicaccia, Cuttoli Corticchiato, Serra di Ferro, Tassu, Serra di Scopamene, Evisa, Altaghje, Loreto di Talla, Marignana, Osani, Piana, Santa Maria Siché, Sari Solenzara, Serra di Ferro, Zicavo…
 

Laurent Marcangeli.
Laurent Marcangeli.
La déception de la droite
La déception est palpable à droite qui, après avoir caressé un fol espoir, espérait quand même mieux tirer son épingle du jeu. Si la liste d’union de Laurent Marcangeli a fait un peu mieux que le score annoncé par les sondages, elle est fort loin de la première marche du podium. En fusionnant les deux listes de droite, celles de Jean-Martin Mondoloni et de Valérie Bozzi et en prenant la tête de file d’une famille libérale recomposée, le maire d’Ajaccio et président de la CAPA pensait au moins atteindre le score cumulé. Il est très loin du compte : la droite dévisse en pourcentage par rapport à 2017 où elle avait réalisé 27,74 % cumulés au 1er tour et 30,89% au 2nd tour. Elle ne gagne que 275 voix par rapport au 1er tour 2017 et en perd 3350 par rapport au 2nd tour. C’est l’énorme score dans son fief ajaccien qui permet à Laurent Marcangeli de sauver les meubles : il y engrange 7051 voix, soit 39,62% des suffrages. Il fait aussi le plein dans les communes de la CAPA et à Pruprià, mais perd pied dans le rural et dans l’Extrême-Sud. Il prend néanmoins la tête du département avec 29,90 % des suffrages, soit 18 606 voix, ce qui lui confère un avantage de 4354 voix. Mais cette confortable avance s’effondre en Haute-Corse qui reste son talon d’Achille. Les quelques communes qu’il remporte, notamment Calvi ou Borgo, ne suffisent pas à colmater le déficit de 10 169 voix, plus de 14 points, qu’il accuse sur Gilles Simeoni. Il ne réalise que 14 825 voix sur le département, soit 20,52% des suffrages. Dans maintes communes, il ne retrouve pas les voix de Jean-Martin Mondoloni qui se sont reportées sur Gilles Simeoni. Mais surtout, sa marge de manœuvre pour le 2nd tour est très limitée. La partie s’annonce, pour lui, difficile.

Jean-Christophe Angelini.
Jean-Christophe Angelini.
Le troisième homme
Dans le tiercé de tête, Jean-Christophe Angelini, réalise un joli score. Même si celui-ci n’est pas à la hauteur de ses espérances et ne lui permettra pas de peser autant qu’il le souhaitait, il prouve qu’il représente bien, depuis sa prise de Portivechju, la troisième force politique de l’île. « C’est la première fois que je suis candidat aux Territoriales en qualité de tête de liste et je suis très fier de ce qu’on a réalisé tous ensemble », réagit le leader du PNC. S’il arrive sans surprise largement en tête dans sa ville avec 45,11% des suffrages, soit 2244 électeurs, il achoppe dans les deux grandes villes et leur agglomération : il peine sur Ajaccio et la CAPA, et fait chou blanc sur Bastia et le Grand Bastia. Ceci dit, il grappille des voix un peu partout en Corse du Sud où il réalise 9269 voix et de beaux scores dans certaines communes, telles que Conca, Cozzano, Viggianellu. Tout comme en Haute-Corse où il capitalise plus de 8500 voix, soit 11,77% des suffrages grâce à de gros scores en Casinca : 87,10% à Venzolasca, 46,21% à Vescovato, 39,38% à Sorbo-Occognano, 35,30% à Penta-di-Casinca, mais aussi en Balagne à Monticello (69,07%), Pietralba (45,31%)… Il talonne la droite et Femu à Ghisonaccia, passe devant à Prunelli-di-Fiumorbu, mais reste très faible dans le Nebbiu, le Cap ou le Niolu.

Paul-Félix Benedetti.
Paul-Félix Benedetti.
La joie de Core in Fronte
C’était le but affiché : passer la barre fatidique des 7%, ratée en 2017 pour à peine 300 voix. Même si le score de l’époque de 6,69% était déjà une vraie gageure. C’est chose faite : Core in Fronte a gagné son pari. L’émotion des militants et les larmes de Paul-Félix Benedetti, à l’annonce des résultats, en disent long sur l’enjeu du scrutin. Quelque soit le score du 2nd tour, le parti indépendantiste et son leader, Paul-Félix Benedetti, sont sûrs de retrouver l’hémicycle de l’Assemblée de Corse, d’où ce dernier est absent depuis fin 2015. En trois ans, Core in Fronte, né sur les cendres d’U Rinnovu, a gagné 3286 voix, porté par une dynamique incontestable et la foi de ses militants. Une satisfaction d’autant plus grande qu’il prend le pas sur son ancien allié, devenu rival. Corsica Libera reste sous la barre de maintien. Du côté de ce dernier, la pilule est amère : « C’est un échec, il faut le reconnaitre puisque l’objectif de 7% n’est pas atteint » commente Jean-Guy Talamoni. Le président sortant de l’Assemblée de Corse ne cache pas sa déception, même si le score final est bien plus élevé qu’espéré et si l’idée indépendantiste gagne du terrain. C’est que se pose pour lui un choix cornélien, celui-là même qu’il voulait éviter : soit passer sous les fourches caudines d’un de ses deux ex-partenaires, soit se résigner à ne plus siéger.

Jean-Charles Orsucci.
Jean-Charles Orsucci.
L’échec macroniste
L’échec est encore plus patent pour Jean-Charles Orsucci qui dépasse à peine le seuil des 5%. La désertion de deux de ses colistiers de 2017 s’est fait rudement sentir : Tony Poli, qui a rejoint la liste de Jean-Christophe Angelini, a emporté, avec lui, les voix de Casinca. Cathy Cognetti, qui a rejoint la liste de Laurent Marcangeli, celles du Centre Corse. Assez dénudé, le maire de Bunifaziu a bien essayé de combler les pertes, notamment grâce au soutien de Jean Zuccarelli, ou au renfort de Linguizetta, mais ce fut, de toute évidence, largement insuffisant. Il chute de 5,34 points par rapport à 2017 où il avait remporté 11,26% des suffrages, soit 13 455 voix, au 1er tour, et 12,67%, soit 15 074 voix au 2nd tour. Avec seulement 7957 voix aujourd’hui, il subit une perte sèche de près de 5500 voix par rapport au 1er tour et plus de 7100 voix par rapport au 2nd. « C’est une vraie déception » reconnaît le leader d’Andà per Dumane. De toute évidence aussi, son positionnement clairement identifié comme macroniste et républicain ne fait pas recette dans une île où le président de la République n’est pas en odeur de sainteté. « Les Corses n’ont pas adhéré au message que j’ai porté et j’en prends acte. Il faut l’entendre », ajoute-t-il. Jean-Charles Orsucci a bien la possibilité théorique de fusionner, mais en pratique, l’exercice est bien plus difficile. Une partie de sa liste, ancrée à gauche, n’acceptera pas le front républicain avec la droite, pas plus l’autre antinationaliste adoubera une alliance avec Gilles Simeoni ou Jean-Christophe Angelini. Une fusion, qui pour l’heure, n’est pas à l’ordre du jour. « Pour qu’il y ait une fusion il faut qu’il y ait une proposition, et pour le moment, il n’y en a pas. Nous n’en cherchons pas forcément d’ailleurs ». Mais d'autres le font. Dès la proclamation des résultats, Laurent Marcangeli a lancé un appel au rassemblement.
 
Quatre listes
Aucune des quatre listes restantes n’est qualifiée pour le 2nd tour. Avec 3,18%, les Communistes continuent de s’amenuiser comme peau de chagrin. Avec 3,75%, les Ecologistes, qui ont le vent en poupe sur le continent et que les sondages prêtaient à 8%, ne transforment pas l’essai. Idem pour l’Extrême-droite qui ne réitère pas son exploit de 2015 où elle avait décroché quatre élus. Ni le Rassemblement national, porté par François Filoni (4%), ni sa couleur plus locale défendue par Jean Antoine Giacomi (0,59%), ne font de vagues. Reste à savoir comment se fera ou ne se fera pas le report des voix, dimanche prochain sur l’une des quatre listes qui restent en lice. La gauche disparait des radars et si la droite, conserve un quart des électeurs, elle ne peut faire le poids face à une coalition nationaliste, qui, division ou pas, n’a guère l’intention de lui laisser la moindre chance. Sa seule satisfaction est d’être désormais la seule opposition aux Nationalistes. La vraie interrogation concerne, donc, les composantes de la majorité territoriale sortante : faut-il sauver ou pas le soldat Corsica Libera ? Y aura-t-il ou non fusion ? Si oui, sur quel scénario ? Mais à quel prix ? D’après les déclarations des têtes de liste à l’issue des résultats, tous les scénarii restent possibles, mais aucun n’est vraiment certain. Les discussions et les tractations battront leur plein dans les deux jours à-venir. Les électeurs seront fixés au plus tard mardi soir, date limite du dépôt des listes, des fusions éventuelles. L’autre élément-clé est le taux de participation que l’on craignait assez bas, mais, comme d’habitude, la Corse a bien plus voté que sur le continent. Plus de 57 % des Corses se sont rendus aux urnes, un record national ! Si la participation est meilleure qu’en 2017, elle ouvre néanmoins des perspectives. A Ajaccio et Bastia, où presqu’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé pour aller voter, les candidats vont redoubler d’efforts. Et c’est là que semblent résider, à en croire les commentaires à chaud, le véritable enjeu du 2nd tour.
 
N.M.
 





















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