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Ecole obligatoire, Green Pass : La réaction de Gilles Simeoni aux annonces d’Emmanuel Macron


Nicole Mari le Lundi 15 Juin 2020 à 16:38

Dimanche soir, le Président de la République, Emmanuel Macron a sonné la fin du confinement. Retour de l’école obligatoire dès le 22 juin pour le primaire et le secondaire, réouverture des frontières ce lundi pour les pays européens et le 1er juillet pour le reste du monde, autorisation des visites en EHPAD, relance économique, nouvelle étape de décentralisation… Autant d’annonces décomplexées et optimistes qui vont à l’encontre de la prudence qui prévaut dans l’île. Réaction pour Corse Net Infos du président du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, qui ne cache pas son inquiétude. Il se dit favorable à la réouverture des collèges et lycées et dévoile la proposition de l’Etat d’un Green Pass facultatif.




Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Luccioni.
- Comment réagissez-vous aux annonces du Président Macron d’un déconfinement total ?
- Le choix, qui est fait par Emmanuel Macron, est d’essayer de limiter au maximum la casse au plan économique et social. Il considère que les avantages essentiels attendus du déconfinement ont été obtenus et que, même si une incertitude persiste, de manière incontestable, sur l’évolution sanitaire de la situation, il choisit de s’appuyer sur les éléments qui incitent à l’optimisme pour accélérer le retour à un fonctionnement normal de la société. Je prends acte que le Président de la République a parlé de l’Hexagone, de l’Outre-Mer, mais n’a fait aucune référence à la Corse. Je le regrette.
 
- Aucune référence au Green Pass. Cela vous inquiète-t-il ?
- Depuis le 7 mai, nous avons fait un certain nombre de propositions, notamment celle du Green Pass. Nous avons essayé d’en parler pendant six semaines, il n’y a pas eu moyen de discuter avec le gouvernement qui nous a demandé d’attendre l’avis du Conseil de défense concernant la gestion insulaire de la crise du COVID. La réunion s’est tenue vendredi et je ne sais pas ce qu’il en a résulté. Notre volonté était de trouver, en concertation avec le gouvernement et les acteurs des secteurs du tourisme et de la santé, le meilleur point d’équilibre entre sécurité sanitaire et attractivité touristique. Il n’a pas été possible d’engager un dialogue direct avec les ministères concernés. Cela nous laisse un goût d’amertume d’autant que le calendrier s’accélère et qu’il faut faire des choix dans des délais resserrés. Depuis le début, nos intentions et nos objectifs ont été clairs. Premièrement, protéger au maximum la santé des Corses, des personnels soignants et des touristes qui viendront cet été. Deuxièmement, réussir à sauver ce qui peut l’être de la saison touristique en renforçant l’attractivité touristique de la Corse. A partir de là, nous verrons comment achever au mieux cette crise.
 
- Que devient votre proposition ? N’avez-vous plus eu aucun contact avec le gouvernement ?
- J’ai eu un bref appel du ministre de l’Intérieur qui m’a signifié que le gouvernement avait décidé de ne pas retenir le principe d’un test obligatoire, contrairement à ce qu’il appelle à faire dans les DOM-TOM, dans des conditions beaucoup plus contraignantes. C’est de sa compétence et, donc, de sa responsabilité. Par contre, il est favorable à un test généralisé facultatif avec des mesures qui viendraient s’ajouter à d’autres constitutives d’un pack sanitaire global. J’en prends acte. Je note quand même que le principe du test généralisé est validé, cela montre bien qu’au plan technique, scientifique et juridique, notre argumentaire était fondé. J’attends de voir quelles seront les propositions concrètes concernant la modalité opérationnelle de ce test, y compris sa prise en charge financière et technique. J’ai mandaté une réunion de travail avec le Préfet, et Bianca Fazi doit échanger avec la Directrice de l’ARS, nous en saurons, donc, plus dans quelques heures.
 
- Reprise obligatoire des collèges et lycées le 22 juin, alors que vous avez reporté la rentrée à septembre. Allez-vous rouvrir les établissements ?
- Nous avions pris cette décision le 7 mai. En l’état d’une situation épidémiologique qui restait très inquiétante, nous avions acté le principe d’une rentrée générale en septembre, tout en précisant que, pour éviter une rupture de la continuité pédagogique, les collèges et lycées continuaient de fonctionner, même en dehors d’un accueil généralisé des élèves. Ils n’ont jamais été fermés. Je n’accepte pas que l’on puisse dire, avec une certaine dose de mauvaise foi, que la CdC empêche des enfants d’aller à l’école, ce qui n’a jamais été le cas ! Le 29 mai, nous avons redit que ce principe était susceptible d’évoluer en fonction de la crise sanitaire. Aujourd’hui, le chef de l’Etat, au regard des éléments dont il dispose, estime que la situation s’est beaucoup améliorée, il allège le protocole sanitaire et annonce un retour obligatoire à l’école. Dans cette nouvelle donne, je suis favorable à la réouverture des établissements pour accueillir les élèves, qui le souhaiteront, mais toujours dans des conditions sanitaires sécurisées, ce à quoi nous veillerons en concertation avec les chefs d’établissement.
 
- La réouverture est-elle actée ?
- Nous en discuterons, demain, en Conseil exécutif et je présenterai un rapport lors de la session de l’Assemblée de Corse que j’ai convoqué vendredi pour qu’elle puisse statuer sur les annonces présidentielles et dans des délais utiles. Sur cette question, comme sur celle du Green Pass, il est important que nous ayons un débat devant l’Assemblée de Corse et devant les Corses.
 
- Emmanuel Macron a évoqué une nouvelle étape de décentralisation. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
- Sur le principe, c’est très intéressant et nous ne pouvons qu’y être favorables. D’autant que les régions ont fait la preuve, pendant la crise du COVID, de leur implication et de leur réactivité souvent bien plus fortes que celles de l’Etat. Partout en Europe, ce sont dans les pays les plus décentralisés ou fédéraux que les politiques les plus efficaces au plan sanitaire, économique et social ont été mises en œuvre. Tout cela plaide, d’une façon générale, pour une large décentralisation, et, en ce qui concerne la Corse, pour un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice. Mais, concrètement, il y a des points d’interrogation, voire d’inquiétude. En quatre mois de crise du COVID, le président n’a pas prononcé une seule fois le mot : région. Cela montre bien que c’est un échelon d’organisation politique, administrative et institutionnelle dont il se méfie et dont il ne veut pas. Je ne parle même pas de la façon dont la Corse a été globalement traitée et les difficultés, y compris pendant la crise du COVID, à avoir, malgré les bonnes relations entretenues avec le Préfet de Corse, un dialogue direct avec le gouvernement.
 
- Votre inquiétude porte-t-elle aussi la question budgétaire ?
- Oui ! Lorsque Mme Gourault a demandé à rencontrer les présidents de région, nous avons parlé de la situation budgétaire et financière de la CdC, mais nous n’avons obtenu aucune réponse concrète. La Collectivité de Corse a déjà engagé 35 millions € de dépenses imprévues pour faire face à la crise sanitaire et à ses conséquences. Nous devrons assumer une baisse des recettes évaluée entre 80 et 100 millions € pour la seule année 2020, et qui se répercutera sans doute en 2021. Lorsque j’ai demandé au gouvernement de garantir les recettes dynamiques comme il s’est engagé à le faire pour les DOM-TOM qui ont, comme nous, une fiscalité spécifique, je n’ai reçu aucune garantie. De la même façon, j’ai dit à Mme Gourault qu’il est important de réfléchir, à fortiori dans une logique de décentralisation renforcée, à accroître l’autonomie fiscale de la Corse. Là aussi, il n’y a pas eu la moindre réponse, ne serait-ce que pour engager un dialogue à cet égard. Pas plus qu’en matière économique.
 
- C’est-à-dire ? Rien à propos du Plan de relance et de sauvegarde de l’économie corse ?
- Non ! Rien ! Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse du gouvernement sur la discussion concrète alors que la crise du COVID a eu et va avoir des conséquences cataclysmiques sur le plan économique et social en Corse. Bien plus que sur un territoire continental, du fait de notre insularité, de la structure de notre économie, de notre dépendance au tourisme et au transport… Il n’y a pas la moindre avancée politique sur la définition d’un cadre de dialogue, y compris dans le secteur touristique où a, pourtant, été acté, il y a plus d’un mois, le principe d’un volet spécifique pour la Corse dans le plan de relance national annoncé par le gouvernement. Malgré la bonne volonté et l’engagement du Secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoine, il n’y a pas de concrétisation alors que la saison commence. Je me suis rapproché des Chambres consulaires et des organisations professionnelles et syndicales pour saisir à nouveau le gouvernement et lui demander que ce cadre, cette méthode et ce calendrier soient actés au plus vite.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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