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Défense de la cause animale : La Collectivité de Corse entend renforcer son action


Nicole Mari le Lundi 3 Mai 2021 à 13:49

Un mouflon abattu dans les montagnes du Niolu, trois milans retrouvés morts à Corti, des hérissons encagés saisis par la police à Bastia... La défense de la cause animale s’est invitée à la dernière session de l’Assemblée de Corse, jeudi dernier, par l’intermédiaire de Muriel Fagni, élue du groupe Femu a Corsica. Elle a interpellé l’Exécutif corse sur les actions engagées pour préserver les espèces protégées et pour l’information du public. Le président de l’Office de l’Environnement (OEC), François Sargentini, a fait le point sur les programmes en cours, la politique mise en place par la Collectivité de Corse, et affirmé qu’elle sera renforcée dans les années à-venir.



Crédit photo Oiseaux de Corse
Crédit photo Oiseaux de Corse
- Qu’est-ce qui a motivé cette question sur la cause animale ?
- L’actualité de ces derniers mois sur notre territoire et, aussi, pour avoir été sensibilisée à cette cause. En ma qualité d’élue, j’ai répondu avec d’autres en 2017 à la demande de plusieurs associations qui travaillent et s’investissent énormément pour la cause animale. Plusieurs réunions de travail à la Collectivité de Corse (CdC) ont suivi. Plusieurs problèmes ont été répertoriés, tels que la stérilisation des chats errants, la divagation animale et la cruauté envers les animaux. Concernant la stérilisation, la CdC a accompagné la Fondation d’Assistante aux Animaux dans la création du centre de stérilisation situé à Baleone aux portes d’Ajaccio. Concernant la divagation animale, le président de l’Odarc a assisté à ces réunions et a envisagé plusieurs pistes pour résoudre ce problème complexe et grave.
 
- Y-a-t-il vraiment beaucoup de maltraitance en Corse sur les animaux ?
- Les associations, que j’ai rencontrées, me disent oui. L’actualité de ces derniers mois le prouve : un mouflon abattu dans les montagnes du Niolu, trois milans retrouvés morts à Corti, des hérissons encagés saisis par la police à Bastia... Ces trois faits ont été médiatisés de par le caractère symbolique de ces trois espèces, qui, je vous le rappelle, sont des espèces protégées. Cependant, combien d’animaux maltraités, torturés, tués, victimes de malveillance ou de cruauté ? Plus récemment, un éleveur de Santa Riparata di Balagna nous a alertés sur le vol d’un ânon, de fait condamné à mourir.
 
- Vous parlez d’alerte rouge. Pourquoi ?
- Nous n’avons pas le monopole du vivant ! Et au niveau planétaire, aujourd’hui tout nous le prouve : la déforestation massive, l’élevage intensif, l’effondrement de la biodiversité, la pandémie dont nous sommes aujourd’hui victimes, nous rappellent cruellement que nous faisons partie d’un tout. Cette interdépendance nous oblige à une prise de conscience collective. Des actions fortes, des décisions courageuses sont attendues au niveau international. A nous d’être, à notre niveau, à la hauteur des enjeux.

Muriel Fagni, conseillère territoriale de Femu a Corsica. Photo Michel Luccioni.
Muriel Fagni, conseillère territoriale de Femu a Corsica. Photo Michel Luccioni.
- Qu’avez-vous demandé à l’Exécutif corse ?
- D’abord, de bien vouloir faire un point sur les actions mises en œuvre pour préserver les espèces protégées. Et, plus généralement, qu’en est-il aujourd’hui de la formation des acteurs de terrain, de l’information du public et de la pédagogie envers les consommateurs ? Quid de l’accompagnement des éleveurs qui rencontrent des difficultés dans ce domaine ?
 
- Que vous a-t-il répondu ?
- Le Conseiller exécutif, Président de l’Office de l’environnement (OEC), François Sargentini, est conscient de l’importance de cette question qui traite de la prise en compte par nos sociétés de la cause animale et que, dans ce domaine, les lois évoluent pour leur meilleur bien-être. Cette question rentre dans le cadre de politiques générales, des politiques publiques, bien sûr, celles aussi de notre Collectivité.

Photos @nicolasrobert Agent du S.M. PnrC
Photos @nicolasrobert Agent du S.M. PnrC
- Il n’a pas semblé partager votre analyse, notamment sur les mouflons ?
- En effet ! Nous avons tous été émus par la photo d’un mouflon mort dans les montagnes du Niolu, beaucoup de personnes ont crié leur colère face à cette lâcheté et cette barbarie. 
Le président de l’OEC dit que ce mouflon n’a très probablement pas été abattu, mais tué par des chiens. Les mouflons en période hivernale sont très faibles et sont des proies faciles, notamment dans la neige, la montagne est de plus en plus fréquentée et très souvent les chiens ne sont pas maîtrisés par leurs propriétaires. Le cadavre de ce mouflon n’a jamais été retrouvé par les agents de l’Office français de la biodiversité et aucune analyse directe n’a pu être effectuée. Il y a seulement eu les photos transmises par les randonneurs qui l’ont trouvé. Les agents ont fait un point GPS de l’endroit où était mort ce mouflon, mais lorsqu’ils se sont rendus sur place, il y avait eu une grosse tempête de neige. Plus d’un mètre de neige recouvrait la zone, ce qui explique que le mouflon n’a pas pu être retrouvé. Les expertises ont été faites uniquement sur les photos qui ont conclu qu’il ne s’agissait pas de tirs d’armes à feu, mais bien de morsures de chiens. C’est, donc, une analyse indirecte qui a été faite.
 
- Quelles actions l’OEC envisage-t-il pour préserver les espèces ?
- Le président Sargentini a expliqué qu’afin de mieux connaître les facteurs limitants de cette faune sauvage protégée et de les réduire, ces espèces font l’objet de nombreux programmes de prévention et de gestion, que ce soit dans le cadre de projets européens, nationaux ou territoriaux. L’OEC participe financièrement et techniquement à tous ces programmes. Le mouflon de Corse a fait l’objet, depuis 2011, d’un programme de recherche et de développement piloté par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (OFB), avec une collaboration forte de l’OEC et du Parc naturel régional de Corse (PNRC), de l’Office national des Forêts, de la DREAL, des laboratoires d’analyses départementaux et des Fédérations départementales des Chasseurs. Ce programme a permis d’acquérir les connaissances nécessaires pour faire classer le mouflon de Corse en espèce protégée en mars 2019.
 
- Le mouflon corse n’était-il pas déjà protégé ?
- Il était protégé au niveau européen, mais pas au niveau français. Depuis cette décision, il est inscrit dans le droit français et va bénéficier du plan d’action mis en place par l’Etat. Ce plan d’action avait déjà bien commencé en Corse grâce notamment à l’implication du Parc naturel régional qui en a la responsabilité. Il porte sur le repeuplement du mouflon du Monte Cintu ou du mouflon de Bavella. Le mouflon du Monte Cintu apparaît en bonne condition, y compris au niveau de son espace qui est bien plus grand que celui de Bavella. Concernant le mouflon de Bavella, une action importante est en cours. Le PNRC a procédé à un premier lâcher de mouflons sur la montagne de Cagna afin de favoriser l’extension du périmètre du peuplement de Bavella et faire en sorte de rentrer dans une phase beaucoup plus active de protection. Une réflexion est également menée pour créer une réserve dans le cadre du périmètre de peuplement de la région de Bavella. Tout cela est en cours.

- Quelles actions ont été engagées pour le Milan ?
- Le président de l’OEC nous a expliqué que le Milan royal bénéficie, depuis de nombreuses années, d’un plan d’action au niveau de l’Etat, qui est repris au niveau de nos institutions. Même si ce rapace est commun sur notre île, il connait un fort déclin dans la majeure partie de son aire de répartition, notamment depuis ces dernières décennies. La Corse est l’une de rares régions qui a une population en forte évolution. A partir de la Corse, six couples ont été envoyés dans le Parc naturel de la Maremme en Toscane et, donc, aujourd’hui, un fort peuplement est en train de s’installer à partir de la Corse dans cette région. Dans ce cadre-là, l’OEC a une grande responsabilité dans la préservation des espèces.

- Et le hérisson ?
- Le président Sargentini nous a dit que le hérisson fait l’objet d’un programme territorial de connaissance. Pour l’instant, la Corse est riche de dix petits mammifères qui sont recensés : le hérisson, le loir, la musaraigne… Il y en a tant d’autres, mais ils sont encore trop méconnus. Ce manque de connaissance est apparu comme une priorité dans les orientations régionales de conservation et de gestion de la faune sauvage du plan 2010-2015. C’est pourquoi l’OEC a lancé depuis 2019 des études sur ces espèces qui permettront de mettre en place des mesures de protection renforcée et de gestion beaucoup plus efficiente. De plus, depuis 2020, l’OEC finance le développement du centre de soins « U petti rossu d’Olmeta di Tudda ». Ce centre, qui a vocation à être un centre de sauvegarde de la faune sauvage, comble un besoin dans l’aide à la faune insulaire blessée : oiseaux, tortues, mammifères.
 
- Est-ce suffisant selon vous ?
- Au vu d’un sujet aussi important et vaste, même si les réponses apportées sont satisfaisantes, la politique mise en place par la CdC doit, dans les années à venir, être renforcée. Il y a encore tellement à faire, sensibiliser le public, en parler, expliquer… Soyons réalistes, nous fonctionnons encore, pour la plupart, avec des stéréotypes bien ancrés et d’obsolètes habitudes d’exploitation animale. Automatismes et surtout intérêts économiques donnent le ton à nos comportements. Mais, engager une réflexion pour le bien-être des animaux amorce le changement.
 
- Que peut-on faire de plus ?
- Il faut continuer le travail entrepris avec la même détermination. Les services de l’OEC, de l’Odarc, du PNRC sont fortement impliqués et coordonnent leurs efforts pour obtenir une bonne diffusion des connaissances et des pratiques du territoire. Mais, il ne faut pas oublier les services de l’Etat, notamment la DDCSPP, qui doivent faire respecter les lois en vigueur, et être attentifs aux faits recensés qui remontent des associations de défense des animaux. Actuellement, l'article L. 214-1 du Code rural dispose que « tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ». L'article 515-14 du Code civil a été étoffé, depuis une loi de 2015, par la phrase suivante : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». Il faut, donc, continuer à rencontrer les gens, échanger, développer nos connaissances et, ainsi, enclencher chez les autres un début de réflexion. Votre intérêt, y contribue et je vous en remercie.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.


















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