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Défaillances d’entreprises : en Corse, le BTP en première ligne


Léana Serve le Lundi 27 Avril 2026 à 19:54

Avec 230 défaillances d’entreprises de proximité en 2025, la Corse enregistre une hausse de 27,7 % sur un an. Un niveau inédit qui touche particulièrement le secteur du bâtiment. L’Union des entreprises de proximité alerte sur une situation appelée à continuer de se dégrader en 2026.



Photo d'illustration
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La Corse connaît une hausse historique des défaillances d’entreprises de proximité : c’est le constat fait par l’Union des entreprises de proximité (U2P). Avec 230 défaillances enregistrées en 2025, l’île connaît une hausse de 27,7 % par rapport à l’année 2024, un niveau inédit et qui place le secteur du bâtiment en première ligne. En effet, parmi les défaillances, 130 concernent le secteur du BTP (+12,3 % en un an). Une hausse significative qui confirme la fragilité d’un secteur déjà sous tension depuis plusieurs années.
 

Pour expliquer cette situation, l’U2P évoque une accumulation de facteurs qui ont progressivement fragilisé les entreprises. « On a eu des premières augmentations avec la guerre en Ukraine. Cette dernière a détérioré de manière significative les trésoreries, puisque la hausse des matières premières n'a pas pu être répercutée sur les six premiers mois », avance Jean-Baptiste Michon, président de l’U2P de Corse. « Depuis, on a une succession de crises et d'instabilité politique qui fait qu'on fait un pas en avant et deux en arrière. Il y a en plus toutes les lois successives contre les permis de construire, avec les PLU qui sont contraints par le PADDUC, et qui restreignent les zones de constructibilité sur l’ensemble des communes qui adoptent les nouvelles réglementations. Et puis, les primo accédants ne sont pas favorisés, et ça fait des personnes avec un pouvoir d'achat en moins. »
 

À ces difficultés structurelles s'ajoutent désormais les hausses récentes des prix des matières premières pour les entreprises. « Le coup de grâce, c’est que nous avons a eu des augmentations absolument incroyables et incontrôlées, ne serait-ce que sur les matières bitumeuses, 30 % du jour au lendemain », martèle le président. « Mais ça concerne quasiment tous les matériaux de première nécessité de construction, on a des hausses  de 5 à 30 %. Alors qu'on a des entreprises affaiblies avec des trésoreries détériorées, voire inexistantes, là, c'est le coup de trop. En plus, pour l’énergie, les entreprises ont des factures qui explosent de l’ordre de 50 %. C'est insurmontable parce que c’est impossible à anticiper, et nous ne pouvons les répercuter sur nos prix de vente. »
 

Autre point d’inquiétude : la nature des entreprises concernées. « Il faut savoir que l'année dernière, la grosse partie des entreprises du bâtiment qui étaient en défaillance ou qui ont fermé étaient des sociétés de gros œuvre, de maçonnerie, mais derrière, on a les entreprises de second œuvre, qui sont les plus nombreuses. Cette année, la défaillance va être plus marquée, plus élargie, parce qu'on va parler également des entreprises de second œuvre qui vont être en défaillance et qui vont fermer. Et c’est l’ensemble de la région qui est affecté, sans distinction. Là, c'est la dégringolade qui va continuer. C’est embêtant, parce qu’on parle d’entreprises structurées, qui ont des salariés : c'est ça qui m'attriste. »
 
2026, une année noire

Dans ce contexte, les perspectives pour l’année 2026 apparaissent particulièrement incertaines : « Je suis convaincu qu'en 2026, ça va largement s'élargir et que si on a battu un record l'année dernière, je pense que cette année sera encore plus dégradée. On le ressent sur le terrain, et la hausse excessive des matières premières et les problématiques d'énergie ne vont faire qu'accélérer encore une fois les choses. Et puis, il n'y a pas de signe de reprise franche. Au contraire, les nouveaux projets vont plus ou moins être mis de côté ou placés en attente le temps qu'on ait une issue aux présidentielles de 2027, alors clairement, ça va être une année noire », précise Jean-Baptiste Michon avec crainte.

Selon lui, pour que la tendance s’inverse, « il faudrait que le régime fiscal soit identique pour tous, afin que tout le monde puisse se défendre à égalité ». « Aujourd'hui, un grand déséquilibre existe et fragilise d'autant plus nos entreprises. Après, il faudrait un allègement  les charges sur les salariés et sur le travail en général. Il n'y a que comme ça qu'on pourra s'en sortir, retrouver de la compétitivité, des marges, et qu'on pourra valoriser les travailleurs, les gens qui produisent, parce que c'est de ça qu'on souffre aussi. »