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Déchets : Le centre d’enfouissement de Prunelli rouvert, mais la crise demeure…


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 8 Mai 2018 à 20:03 | Modifié le Mardi 8 Mai 2018 - 23:43


Bloqué depuis le 25 avril, dans le sillage du blocage du centre de stockage de Viggianello, le Centre d'enfouissement des déchets (CET) de Prunelli di Fium'Orbu rouvrira, mercredi 9 mai, annonce, sur sa page Facebook, le Collectif contre le tout enfouissement. Une décision prise après une réunion, lundi soir, avec le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, le président de l’Office de l’environnement (OEC), François Sargentini, et les élus de l’intercommunalité, où certaines garanties ont été obtenues. Les deux centres de stockage sont, désormais, débloqués, mais la crise des déchets n’est pas résolue pour autant.


Déchets : Le centre d’enfouissement de Prunelli rouvert, mais la crise demeure…
Bis repetita ! Le scénario de déblocage de Vighjaneddu s’est appliqué avec le même succès à Prunelli. C’est, donc, suite à l’intervention du président de l’Exécutif territorial que le Centre d'enfouissement des déchets (CET), deuxième centre insulaire de stockage, bloqué par un collectif citoyen depuis une quinzaine de jours, rouvrira ces portes ce mercredi. La réunion, initiée lundi soir par Gilles Simeoni, s’est tenue en présence du président de l’OEC, François Sargentini, d’Agnès Simonpietri, de Vincent Andrei pour le Syvadec, d’un représentant de l’Etat, des élus de l’intercommunalité et du Collectif contre le tout-enfouissement à Prunelli. La décision de réouverture du CET est prise, dès le lendemain. « Après avoir débattu sur les propositions que nous avons apportées sur la table des négociationsAprès que l’on nous ait apporté les garanties suffisantes et nécessaires... le Collectif, en accord avec le gérant de la STOC, avons décidé de rouvrir le centre d’enfouissement à compter du 9 Mai 2018 », annonce le Collectif, mardi matin, par communiqué sur sa page Facebook. 
 
Des garanties
Comme à Vighjaneddu, les propositions sont autant de garanties demandées au nom du principe de précaution. Le Collectif de les énumérer dans son communiqué : « Plus aucune mesure réquisitoire qui serait vécue par la population comme une agression. Respect total du protocole de 2015 et des 43 000 tonnes annuelles. Lissage des tonnages en souffrance de ces 15 derniers jours, à savoir un maximum de 50 tonnes par jours ». Le Collectif refuse, donc, de dépasser le tonnage du dispositif initial fixé à 43 000 tonnes, comme ce fut le cas les années précédentes où le CET a accueilli jusqu’à 60 000 tonnes. Un différentiel, donc, de 17 000 tonnes qu’il faudra gérer et compenser. Là, deux options sont possibles : soit le volume ne dépasse pas les 430 000 tonnes prévues, soit il les dépasse pour une fermeture de site en 2023. Le Collectif et les élus acceptent la seconde option à condition que l’intercommunalité garde jusqu’au terme échu, son avantage préférentiel en matière de prix à l’enfouissement, à savoir 60 € la tonne contre 180 € pour les autres intercos. Cet avantage donne aux intercos, qui accueillent les centres de stockage, et donc à leurs habitants, une fiscalité beaucoup plus basse que la norme insulaire. Une condition agréée par l’Exécutif.
 
Des compensations
Au-delà des garanties, le Collectif veut également des compensations matérielles, notamment au niveau routier. Une réclamation compréhensible puisque des trois routes qui desservent le CET, aucune n’est réellement praticable ! Deux routes, qui sont des ex-départementales, sont limitées aux véhicules de moins de 3,5 tonnes, donc in-empruntables par les camions transportant les déchets. L’une d’elles est même complètement défoncée. La troisième est empruntée par les camions de la STOC, - la société qui gère le site -, mais c’est une route en terre, située en bord de rivière, donc inondable, et traversant des propriétés privées. Le Collectif a, donc, exigé : « La réfection totale de la voix ferrée, du pont en fer au Nord de la commune de Prunelli di Fiumorbu jusqu’à Abbazia. Le renforcement de la route des carrières, afin que celle-ci soit suffisamment solide pour supporter les prochaines crues diluviennes, cela permettra d’éviter le flux des transports des déchets par des itinéraires bis interdit aux plus de 3,5 tonnes et qui nuisent aux riverains ». La remise en état de la route a été acceptée par l’Exécutif et devrait être effectuée dans l’année.

Des conditions
Le Collectif pose, également, comme conditions : « Que soit réalisé, deux fois par an, des analyses sur la qualité de l’air, du sol et des eaux en amont et en aval des abords immédiats du site d’enfouissement en présence d’un membre du collectif qui validera les prélèvements... Cela aurait pour but d’écarter tous risques sanitaires et environnementaux afin de rassurer les populations locales. Nous demandons que l’Office de l’environnement travaille au plus près des populations en étant présent à nos côtés sur site de façon plus régulière. Qu’il soit rapidement envisagé, par les services compétents, des études d’implantation de stations de pompage d’eau potable dans la nappe phréatique de piémont, au-dessus des zones d’enfouissement, de façon à remplacer les pompages existants qui se trouvent actuellement en aval du site, pour que, par principe de précaution, les populations ne soient plus soumises au moindre risque lors de la consommation d'eau ». Condition, également, recevable. Enfin s’opposant « à toute extension par enfouissement du CET actuel », le Collectif « soutient, en revanche, le projet de sur-tri apporté par le gérant de la STOC qui permettra de réduire de moitié les tonnages à enfouir ». Ce projet prévoit, notamment, de faire évoluer le site vers un centre de méthanisation. Ce point est resté en suspens.
 
Un sursaut collectif
La plupart de ces revendications rejoignent les grands axes du plan d’action de l’Exécutif territorial, dévoilé au printemps 2016 et fondé sur le triptyque tri-surtri-enfouissement. « Nous avons fait la même démarche qu’à Vighjaneddu. Nous avons rencontré les élus de l’intercommunalité et le Collectif. Nous comprenons leurs craintes. Comme nous l'avons fait à Vighjaneddu, nous leur avons présenté nos propositions et engagements », précise Gilles Simeoni. Tout en avertissant qu’il n’y a pas d’alternative : « Il faut que tout le monde soit conscient que la crise des déchets est profonde et structurelle. Le danger est absolu. Soit on se sert de cette crise pour avoir un sursaut collectif, pour faire tous ensemble le maximum, soit on se retrouve en juillet face une impasse. Il faut faire du tri à la source une cause nationale et prioritaire. La seule vision stratégique cohérente de court, moyen et long terme est celle que nous avons proposée et qui est, chaque fois, dans toutes les réunions, validée. Le reste, ce sont des écrans de fumée ou des fausses solutions qui ne permettent pas de répondre à la crise, ni de construire un modèle vertueux ».
 
La fausse solution
La fausse solution est celle de l’incinération, brandie par certains comme la panacée, mais qui se révèle catastrophique d’un point de vue sanitaire, écologique, voire même économique. Ce serait même, si l’on se réfère à ce qui se passe en Sardaigne et à Copenhague, un véritable piège ! En Sardaigne, l’incinérateur sur-dimensionné ne brûle pas tous les déchets produits puisqu’une partie est utilisée dans des centres de méthanisation. Pour le rentabiliser, les Sardes sont obligés d’importer les poubelles des autres. Mêmes déboires à Copenhague où la loi ne tolère l’incinération que pour les ordures qui ne peuvent être ni réutilisées, ni recyclées. Le Danemark, qui brûle déjà plus de la moitié de ses déchets pour les convertir en énergie, décide, en 2009, sous la pression du BTP, de construire l’incinérateur d’Amager Bakke. Entrée en activité en 2016, l’usine, qui devait être à l’avant-garde de l’innovation et de la valorisation, doit importer 100 000 tonnes de déchets par an pour être rentable. Ces cinq dernières années, le pays, qui affiche, pourtant, une production record de 759 kilos d’ordures ménagères par personne et par an, a du multiplier par six ses importations de déchets en provenance du Royaume-Uni. Des déchets non triés et fortement toxiques qui affectent, déjà, les saumons de la mer baltique. De quoi remettre en question l’image modèle de ville durable que détient sa capitale, et son intention d’être homologuée ville sans carbone d’ici 2025 ! Et de quoi conforter l’Exécutif corse dans son rejet absolu de cette option !
 
L’impossible équation
Quoi qu’il en soit, si le déblocage des deux centres insulaires permettra de traiter l’urgence et de vider les poubelles qui débordent, la crise des déchets est, effectivement, loin d’être résolue pour autant. Outre qu’il faudra bien deux mois pour traiter les centaines de tonnes d’ordures qui se sont accumulées ces dernières semaines, les deux seuls centres en activité arrivent bientôt à saturation : Prunelli dans deux mois, Vighjaneddu fin juillet. Les Collectifs ont déjà prévenu qu’ils n’accepteront pas de dépassement. Celui de Vighjaneddu n’acceptera l’extension du site au Dôme que si les garanties, obtenues lors de la réunion de la semaine dernière, sont tenues, notamment la garantie que les Corses se mettront au tri et que le centre n’accueillera plus de fermentiscibles. Les trois mois à-venir seront donc déterminants. L’équation pour l’Exécutif territorial relève quasiment de l’impossible, voire du miracle. Il doit lever les pesanteurs dans un dossier plombé par des luttes d’intérêts politico-économiques et sortir du tri cosmétique pratiqué par certaines intercommunalités. Il doit convaincre la Corse, les élus comme les citoyens, de se retrousser les manches pour réussir le quintuple challenge de son plan d’action : mettre en place un effort considérable de tri, obtenir les financements promis de l’Etat, valider les deux centres de sur-tri, trouver des alternatives aux centres de stockage existants, et créer un cercle vertueux de gestion des déchets. Des pas significatifs ont déjà été faits, si d’autres encore plus importants ne sont pas franchis d’ici à juillet, les Collectifs de Vighjaneddu et de Prunelli pourraient bien, de nouveau, reprendre les armes. La Corse se retrouverait, alors, face à une nouvelle crise, en pleine saison estivale !  
 
N.M.




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