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« De la ferme à la table » : Une stratégie européenne pour soutenir les producteurs et lutter contre la malnutrition


Nicole Mari le Lundi 18 Janvier 2021 à 16:42

Comment soutenir les agriculteurs et lutter contre la pauvreté alimentaire, tout en protégeant l’environnement ? La question est devenue cruciale dans un contexte pandémique qui a aggravé les inégalités d’accès à l’alimentation. Pour y remédier, le Comité européen des régions a adopté, lors de sa session plénière de décembre, un avis de l’Italien Guido Milana intitulé « De la ferme à la table – La dimension locale et régionale ». Cette initiative phare du Plan de relance européen préconise de privilégier les circuits courts et les modes de production locaux, fondés sur la qualité nutritionnelle, mais aussi le bien-être animal et environnemental.



Photo Pixabay.
Photo Pixabay.
C’est un changement radical de la production et de la consommation alimentaires que propose l’avis « De la ferme à la table – La dimension locale et régionale », adopté par le Comité européen des régions (CdR) en décembre dernier. Présentée en pleine pandémie, le 20 mai 2020 par la Commission européenne, cette initiative phare du Plan de relance européen vise à mettre en place un système alimentaire durable, garantissant la sécurité alimentaire, la protection de la santé humaine et de l’environnement. « En raison de la COVID-19, il est d’autant plus urgent de passer à un système alimentaire plus durable et résilient », déclare le rapporteur de l’avis, l’Italien Guido Milana, membre du PSE et ancien député au Parlement européen. « La stratégie “De la ferme à la table” peut contribuer à ramener au cœur du débat politique la question de l’accès à l’alimentation – une question certes banale, mais cardinale. La pandémie a effectivement creusé les inégalités, et nous devons donc rendre les systèmes alimentaires plus équitables et plus durables », prévient-il. L’idée est d’intervenir à chaque maillon de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation.
 
Des systèmes plus verts
Le premier maillon est de remplacer les systèmes productifs actuels par des systèmes plus verts qui respectent la biodiversité et les principes de l’écologie. Les objectifs sont ambitieux : réduire l’utilisation des pesticides, des engrais chimiques et des antimicrobiens, et développer l’agriculture biologique en lui affectant au moins 25 % des terres agricoles. Le CdR demande que les objectifs quantifiés soient soumis à une analyse d’impact approfondie, et que les progrès réalisés fassent l’objet d’un suivi. « Nous avons besoin d’une alliance forte entre les producteurs et les consommateurs », explique Guido Milana. « Ce changement ne se fera pas du jour au lendemain, en particulier si nous n’aidons pas suffisamment les producteurs à transformer les pratiques de production actuelles en pratiques plus durables, conformes aux nouvelles méthodes agro-écologiques. Avant tout, il faut continuer à financer le développement rural pour garantir une transition durable. Dans le même temps, nous devons mettre l’accent sur la recherche et le développement. Nous avons besoin, non seulement de sanctions et de contraintes, mais aussi de politiques coordonnées visant à promouvoir des modes de production durables d’un point de vue environnemental – et social –, et qui soient également correctement rémunérés ».
 
Une cohérence à trouver
Pour cela, il est essentiel que la politique agricole commune (PAC) et la politique de la pêche (PCP) après 2020 soient pleinement alignées sur ces objectifs. « La PAC vise à assurer la protection économique des producteurs et à faciliter un accès sûr aux terres agricoles, en particulier pour les petits et moyens producteurs, plus vulnérables. Elle est également censée prévoir des mécanismes d’incitation adéquats pour encourager les agriculteurs à se tourner vers des pratiques plus écologiques », ajoute l’élu du CdR. Mais, il déplore une « absence d’ambition » dans la révision de la PAC qui risque de mettre en péril l’ensemble de l’édifice. « Nous allons regretter ce manque de cohérence », affirme-t-il. Il estime, également, urgent de modifier le régime des prélèvements de la pêche et de « commencer à considérer la mer comme une vaste zone à cultiver, plutôt que comme une mine dont on extrait simplement les ressources halieutiques ».

Guido Milana. Photo CdR.
Guido Milana. Photo CdR.
Des circuits courts
Le second maillon vise à privilégier les circuits courts. Pour cela, le Comité des régions préconise d’impliquer les acteurs locaux, notamment les régions et les villes, à travers les marchés publics comme moteur de la demande de produits durables. Le pouvoir d’achat des collectivités locales représentant 14 % du PIB (Produit intérieur brut) de l’Union européenne, l’idée est de jouer sur la demande institutionnelle pour accroître l’utilisation d’aliments durables et ouvrir des débouchés commerciaux aux petits fournisseurs. « Les villes et les régions ont montré qu’elles étaient en mesure d’utiliser des outils de planification locale et régionale et des politiques locales intégrées pour encourager des formes d’agriculture urbaine, les circuits d’approvisionnement courts et les marchés régionaux, en lançant des marchés publics durables pour l’achat de denrées alimentaires locales, saisonnières et biologiques destinées aux cantines publiques, ainsi que des initiatives d’éducation et de sensibilisation du public afin d’améliorer les systèmes alimentaires locaux », indique Guido Milana.
 
Une alimentation saine
Dernier maillon de la chaine, le consommateur doit, également, changer ses pratiques de consommation, jugées insoutenables tant du point de vue sanitaire qu’environnemental. Si la prise de conscience est réelle et le changement en cours, tous les consommateurs n’ont pas les moyens financiers de modifier leur alimentation. « Il n’est pas acceptable que ceux qui ne peuvent pas se permettre d’acheter des aliments sains manquent de nourriture ou soient contraints de consommer des produits hautement transformés. Il faut défendre le droit de chacun à accéder à une alimentation saine et durable. Les consommateurs, y compris les plus vulnérables et les jeunes générations, ont besoin de soutien, sous forme d’éducation et d’informations précises et transparentes, et de mesures les incitant à modifier leurs modes de consommation », admet Guido Milana. « Nous devons aussi encourager et soutenir le changement grâce à une vision globale du système de production alimentaire, en encourageant la production et l’approvisionnement du marché en aliments sains et abordables. Des mesures de protection sociale sont également nécessaires pour permettre aux groupes les plus vulnérables de faire, de leur propre chef, des choix alimentaires sains ».
 
Des leçons à tirer
C’est d’autant plus urgent que l’un des effets de la crise sanitaire a été d’augmenter de façon quasi-exponentielle les inégalités en matière d’accès à la nourriture et le nombre de citoyens souffrant de pauvreté économique. « Comme nous l’avons vu lors de la crise financière de 2008, les systèmes alimentaires sont soumis à des cycles de crise qui testent leur résilience », résume Guido Milana. Avant de conclure : « Nous sommes fermement convaincus qu’il y a de précieuses leçons à tirer de la crise de la COVID-19. Les collectivités locales ont montré que de nombreux citoyens ont eu accès à des circuits d’approvisionnement courts et des aliments sains, et ont consacré plus de temps, pendant la quarantaine, à la cuisine et à la préparation de plats faits maison. Nous espérons que ces pratiques saines se poursuivront, voire augmenteront après la crise ».
 
N.M.

















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