Distribuer des lunettes, des appareils électroniques et des fournitures scolaires dans un petit village de pêcheurs près de Dakar : c’est la mission que s’est fixé Jérôme Cruchet avec son association Gardez la pêche. Skipper à Porto d’avril à octobre, où il fait découvrir la réserve de Scandola et les calanque de Piana, il se rend plusieurs fois par hiver à Yoff pour apporter une aide directe et concrète aux habitants. Un engagement qui remonte à près de vingt ans, lorsqu’il servait encore dans la Marine nationale. « J’étais plongeur professionnel dans la lutte contre le narcotrafic et la piraterie en Somalie, mais j’ai aussi fait beaucoup de missions humanitaires », explique-t-il. « Les bateaux français vont en Afrique de l’Ouest pour aider la population dans différents domaines, et j’ai notamment œuvré pour Dakar. »
C’est lors de l’une de ces missions qu’il fait la rencontre de Badou, un pêcheur vivant au sein du village de Yoff. « On a commencé à troquer : il me donnait du poisson, et je lui donnais des anciennes amarres de bateau, des extincteurs, avec l'accord de mon commandant, bien sûr. C'était pour moi une aubaine parce que j'avais de la place sur les bateaux, alors je mettais énormément de vêtements, de vélos, de skateboards, et je les apportais pour le village. On est resté en contact pendant toutes ces années, et tous les ans, quand j'arrivais à Dakar, il était là sur le quai. » Lorsqu’il prend sa retraite, il décide de créer l’association Gardez la pêche, qui voit le jour le 16 novembre 2023. « C’est une association humanitaire à but non lucratif, et avec ma compagne, on œuvre à récupérer des dons afin d’apporter du bien-être dans ce village de pêcheurs. »
Une aide concrète pour le village de Yoff
Pour cette cinquième mission, Jérôme Cruchet est parti avec des bénévoles et plusieurs valises remplies de dons. Son objectif : répondre aux besoins immédiats des habitants, notamment des pêcheurs, qui travaillent dans des conditions difficiles. « On leur apporte des lunettes de soleil qu’on récupère avec des particuliers ou des enseignes. Par exemple, j’ai récupéré hier 1 300 paires de lunettes. Leur donner des lunettes, ça permet de moins abîmer leur rétine, parce qu’ils ont énormément de problèmes de réverbération. Ils partent sans protection, et ils reviennent malheureusement avec les yeux cramés, surtout qu’ils n’ont pas d’opticien et pas d’ophtalmologue là-bas. » Vêtements de football, ballons, fournitures scolaires, téléphones, tablettes, ordinateurs portables sont aussi amenés dans le village. « Je viens de mettre Internet au mois de février avec quatre ordinateurs dans l’école, et je récupère aussi des affaires scolaires de la grande section au CM2. »
Son action concerne aussi la sécurité en mer. « J’amène des vêtements de plongée, et j'essaie d'apporter mon expérience aux plongeurs. Ils étaient 163 en février, ils ne sont malheureusement plus que 161, deux d’entre eux ne sont pas remontés parce qu’ils n’ont aucune connaissance de la dangerosité du milieu, de la gestuelle, des paliers de décompression… J’essaie de faire des conférences, des briefings, des simulations d'accidents. J'ai la chance d'être suivi par la télévision sénégalaise, tout est filmé, et ça prend une bonne ampleur. Je leur apporte de l’aide, même si ça ne représente qu’une goutte d’eau dans la mer. » Aujourd’hui, l’association fonctionne sans aucune subvention, uniquement avec ses économies et les dons qu'elle reçoit.
En janvier et en février, Jérôme Cruchet repartira pour deux nouvelles missions avec l’aide de plusieurs bénévoles. « J'y retourne en janvier avec quatre personnes, dont une que j’ai rencontrée lors de mes balades dans les calanque de Piana. » L’association est toujours à la recherche d’aide de la part de particuliers. « Il y a plusieurs façons de me soutenir. La première, c'est de me suivre sur les réseaux sociaux et de partager. La deuxième, c'est de m'envoyer des dons. J'ai une adresse postale, et j’ai déjà reçu 45 colis cet été. Et enfin, j’ai une cagnotte en ligne où les gens peuvent me donner de l’argent pour m’aider à amortir mes frais de transports et mes frais là-bas sur place. Ma mission, c’est de leur apporter un peu de bien-être, mais aussi d’apaiser les Français qui ne donnent plus parce qu’ils ne savent pas où ça va. Je n’ai pas envie de changer les choses, mais je veux simplement leur dire que s’ils me donnent ne serait-ce qu’une paire de lunettes, ça m’aide beaucoup. »
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