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Cours Napoléon : Le « Cinq à Sept » et sa légende


Rédigé par José Fanchi le Samedi 6 Janvier 2018 à 21:18 | Modifié le Samedi 6 Janvier 2018 - 21:31


L’hiver, en fin d’après-midi, les « Petit » et « Grand » Cours devenaient des lieux magiques. Le « cinq à sept » était bien ancré dans l’âme des Ajacciens dont c’était devenu une tradition quasi séculaire : promener sur le cours Napoléon. C’était l’endroit tendance de l’époque, là où il fallait voir et être vu, le rendez-vous incontournable de toute une population à une heure particulièrement précise


U passe e veni sur le Cours Napoléon
U passe e veni sur le Cours Napoléon
C’était le temps d’ « u passe e veni » sur une portion de macadam comprise entre la caserne Abbatucci ( et au-delà vers le Nord-Sud) et l’angle de la rue Sergent Casalonga pour le Grand Cours, du Solferino à l’angle des établissements Moretti pour le « Petit Cours ». Cette dernière portion était réservée à la jeunesse dorée de la ville. Les promeneurs se donnaient rendez-vous à 17 heures précises et entamaient leur série d’aller-retour deux bonnes heures durant selon une tradition bien établie.
 

Les nouvelles du front…
Selon Paul Lucchini, écrivain et auteur de plusieurs ouvrages sur Ajaccio, ses us et coutumes, (voir Ajaccio-Expressions et Surnoms – éditions A Sciarabula), l’origine de cette promenade remonte au second Empire et aux guerres d’Italie. En effet, chaque soir, les nouvelles du Front étaient affichées sur les murs de la Préfecture et les Ajacciens, soucieux de suivre l’évolution des combats, se rassemblaient devant le palais Lantivy. Des groupes se formaient au fil des heures et commentaient les péripéties des armées. Au lendemain de la guerre, les Ajacciens reprirent aussitôt leurs bonnes habitudes et dès lors, jeunes gens et jeunes filles arpentaient les deux parties du cours en chevauchant moins la partie réservée à la circulation comme chacun sait de plus en plus dense. Il faut dire que ce rendez-vous de fin d’après-midi avait été suspendu l’espace de la Seconde Guerre Mondiale en raison du passage des gros camions Américains qui zigzaguaient au beau milieu du cours en y faisant de temps à autre des victimes…
Mais bon, les jeunes trouvaient dans ces promenades leur raison de vivre, de communiquer, de s’unir car deux heures durant, des liens se tissaient, des amourettes naissaient, des couples se formaient et ainsi allait la vie des Ajacciens avec ce curieux besoin social de partager la vie extérieure. Il est un vieux terme local qui situe parfaitement cette époque : « à spaccata », où l’on voyait bien des jeunes gens et jeunes filles soigneusement habillés de pied en cap rivaliser de trouvailles. La soirée se poursuivait dans les cafés du cours Napoléon et d’ailleurs.
 
 
L’esprit Ajaccien…
La vie s’écoulait ainsi, dans un bel élan d’enthousiasme, prolongement d’une vie ajaccienne sans cesse renouvelée où l’esprit Ajaccien s’exprimait alors dans toute sa plénitude. U spiritu aiaccinu.
La « flachina » et non une « macagne » (chez nous est une gêne, une douleur, un mal) fusait à toute heure du jour et de la nuit, les « monta Sega » ne manquaient pas, bien au contraire, cela pour simplement rappeler qu’Ajaccio était (et a toujours été) une ville animée qui savait vivre et s’amuser. A Ajaccio, tout est prétexte à la plaisanterie. Le « caiorning » est toujours bien implanté dans notre bonne ville et à l’époque, les « vitelloni » étaient légion. Voici l’une de ces perles de l’époque.
Un jour qu’il prolongeait sa promenade au-delà de la caserne Abbatucci, un groupe de jeunes gens passa devant les fenêtres du quotidien « La Jeune Corse », dirigé par Paul Valot. Assis face aux antiques machines et autres plombs, le père Tanot filtrait les entrées. Son fils aîné, Antoine, avait intégré l’équipe rédactionnelle et le cadet, Jacques, celle de typographie.
De la rue, on pouvait voir évoluer les ouvriers du livre travaillant dans la bonne humeur. Et, comme il était de coutume, le promeneur avait pour habitude de se pencher à la fenêtre donnant sur l’imprimerie pour saluer les ouvriers et surtout demander à haute voix : «Quoi de neuf aujourd’hui, qual’hè che mortu ? »
Et Jacques Tanot (qui s’y attendait et avait d’ores et déjà préparé sa réponse)  de répondre inlassablement : «Meurt qui meurt, campe qui campe ! »
En clair, laissez-nous travailler et achetez le journal demain, vous lirez les avis de décès… 
 
Le cours et ses curiosités…
Restons sur ce merveilleux cours Napoléon, la grande artère de notre cité, « u Corsu » où il fait toujours bon vivre, ses boutiques, ses bars, là où il faut être vu tout simplement. Mais le cours Napoléon c’est aussi des immeubles, des hôtels particuliers qui cachent de somptueuses demeures dont on reconnaît les façades et qui possèdent des cours intérieures qui constituent d’authentiques jardins de fraîcheur et quelques curiosités qui demeurent pour certaines des mystères !
Mais de cela nous aurons l’occasion d’en reparler dans un prochain épisode de « Aiacciu, lochi di mimoria » à paraître un jour prochain…
E cusi sia !
J. F. 





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