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Corse Bois Energie, épinglé par la Chambre régionale des comptes, juge les recommandations peu réalistes


Nicole Mari le Mercredi 9 Février 2022 à 22:13

La Chambre régionale des comptes de Corse (CRC) vient de publier son rapport d’observations définitives sur la Société d’économie Mixte (SEM) Corse Bois Energie, pointant notamment un manque de rentabilité, une gestion insuffisante et des prix trop élevés. La société, qui a une double activité de production du combustible biomasse et d’exploitation du réseau de chaleur biomasse de Corte, a déjà pris en compte certaines recommandations, mais juge d’autres peu réalistes. Comme l’explique, à Corse Net Infos, son Directeur général, Joseph Alfonsi, qui répond aux critiques et trace de nouvelles perspectives de développement dans le cadre de la transition énergétique.



La production de biomasse sur le site d'Aghione. Photo Corse Bois Energie.
La production de biomasse sur le site d'Aghione. Photo Corse Bois Energie.
Dans son rapport définitif portant sur la période 2012-2020 qui vient d’être rendue public, la Chambre régionale des comptes de Corse (CRC) a la dent dure contre la SEM Corse Bois Energie. Elle rappelle, d’abord, que la SEM a été créée en 1988 par la Collectivité de Corse associée à la société Engie Cofely avec pour objectif la structuration de la filière du bois et l’ouverture de débouchés à la production de bois énergie (biomasse) en Corse. L’activité principale de la SEM consiste en l’exploitation du service public de chaleur qui lui est délégué par le syndicat mixte chauffage urbain de Corte. La société a, ainsi, la charge des équipements de chaufferie et du réseau de distribution de chaleur implantés sur la commune de Corte. Elle développe également la production et la livraison de plaquettes de bois, combustible des chaudières biomasses installées en Corse. Ceci posé, la CRC pointe un certain nombre de carences qu’elle résume lapidairement dans sa synthèse : « Le prix de la chaleur vendue aux abonnés est supérieur de l’ordre de 70 % au prix moyen relevé pour les installations comparables. Les coûts de l’activité commerciale de production et distribution de bois combustible ne sont pas identifiés de manière exhaustive. Le résultat déficitaire de l’activité pèse sur la rentabilité globale de la société, dans un contexte où l’équilibre des comptes provient des recapitalisations successives opérées par les actionnaires. Les procédures administratives, comptables et financières ne sont pas appliquées avec rigueur. Malgré les progrès réalisés depuis 2016, le pilotage de la société demeure insuffisant.  La SEM Corse Bois Énergie doit non seulement satisfaire à l’ensemble des obligations légales qui s’imposent aux sociétés anonymes de droit commercial, pour leur administration ; elle doit également répondre à ses engagements en sa qualité de délégataire du service public de chaleur de la commune de Corte ». Si Corse Bois Energie, par la voix de son directeur général, Joseph Alfonsi, partage les grandes lignes du rapport, il le juge inutilement polémique et pas vraiment en phase avec la réalité.

Joseph Alfonsi : « Des recommandations sont pertinentes, d’autres ne sont pas absolument pas réalisables »

Joseph Alfonsi, Directeur général de Corse Bois Energie.
Joseph Alfonsi, Directeur général de Corse Bois Energie.
- Les conclusions du rapport de la Chambre régionale des comptes sont un peu raides. Comment réagissez-vous ?
- Je n’envisage pas tout à fait les choses comme cela. C’est le métier de la Chambre régionale des comptes de pointer les insuffisances, les carences ou ce qui est susceptible d’être corrigé. Généralement, on ne retient que ça. Ce rapport n’est pas si négatif puisque nous en partageons les grandes lignes. Nous avons, sur un certain nombre de points, des convergences, des points de vue qui se rejoignent. Certaines recommandations sont intéressantes ou pertinentes sur le principe et nous nous attachons à les mettre en œuvre, d’autres peuvent être pertinentes sur le principe, mais ne sont pas réalistes. Quand on les confronte à la réalité de l’entreprise, elles ne sont absolument pas réalisables. Et si sur le fond, ce rapport est d’une bonne tonalité, j’estime, cependant, que certaines formulations sont un peu polémiques avec des titres un peu accrocheurs qui ne correspondent pas tout à fait à la réalité.
 
- Avez-vous rencontré les auditeurs de la Chambre régionale ?
- Nous les avons rencontrés avec la présidente Nadine Nivaggioni quand ils nous ont remis leur rapport provisoire. C’était le moment où je prenais mes fonctions de Directeur général, fin 2020. Ce diagnostic m’a beaucoup aidé à y voir clair. Il faut garder en tête que Corse Bois Energie est une structure qui a plus de 34 ans d’existence et qui a eu beaucoup de difficultés dans le passé. Elle a été recapitalisée à plusieurs reprises parce que son modèle était insuffisant et qu’il est toujours trop juste pour des activités très gourmandes en capital. Il est très important de rappeler aussi que c’est une société de droit privé, ce n’est pas une antenne de la Collectivité de Corse (CDC), un office ou une agence. Elle a pour actionnaires : la CDC à un peu plus de 50 %, et le groupe Ferrandi. Notre seule ressource est notre chiffre d’affaires, nous n’avons pas de subvention d’exploitation.
 
- Quelle est exactement l’activité de la société ?
- Nous exerçons deux métiers : d’un côté, nous sommes producteurs de combustible biomasse, nous fabriquons la plaquette forestière qui alimente toutes les chaudières biomasse de l’île. De l’autre, et c’est notre métier principal, nous exploitons le réseau de chaleur biomasse urbain de la ville de Corte. Dans le cadre de ces deux métiers, nous sommes l’acteur principal de la filière Bois Energie en Corse. Nous sommes même un acteur majeur du développement des énergies renouvelable et de la transition énergétique en Corse. En produisant du combustible biomasse et en exploitant le réseau de chaleur, Corse Bois Energie produit de l’énergie calorifique locale propre qui tend vers la neutralité carbone. Nous sommes dans une démarche d’éco-responsabilité parce que nous travaillons en circuit court. En allant chercher du bois de massif, nous contribuons à l’entretien et à la régénération de nos forêts, et à la prévention des incendies. Certes, il nous faudrait plus de moyens. Des sociétés comme Air Corsica ou Corsica Linea, qui assurent également des missions d’intérêt général dans le cadre de la continuité territoriale, bénéficient d’importantes subventions en exploitation. Ce n’est pas notre cas. Cela conditionne beaucoup de problématiques auxquelles nous sommes confrontés.
 
- Lesquelles ?
- La première problématique, c’est l’absence de rentabilité structurelle. Notre modèle économique est précaire, fragile, pas réellement rentable. C’est la raison pour laquelle nous travaillons en amont sur le fond pour restructurer et donner un avenir à cette structure dans un contexte désormais porteur. Il y a 30 ans, en créant le réseau de chaleur biomasse cortenais alors qu’il y en avait peu sur le continent, des gens ont été avant-gardistes, visionnaires. Pendant 30 ans, la structure a bénéficié de très peu de moyens, les recapitalisations sont bien le signe qu’elle n’a pas eu les moyens de fonctionner. On la recapitalisait pour la sauver. Nous souhaitons aujourd’hui la redynamiser dans un contexte où les énergies renouvelables sont une thématique incontournable. La PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) dévoile de nombreux projets biomasse sur les 10 prochaines années, que ce soit des chaudières biomasse en remplacement des anciennes chaudières fioul et gaz, ou des réseaux de chaleur. Par exemple, la ville de Bastia travaille sur son réseau de chaleur, notamment biomasse dans les Quartiers Sud. Cette perspective nous fait envisager l’avenir avec beaucoup plus de sérénité, à condition que l’on dispose des moyens pour développer cette structure. C’est le travail que nous menons auprès de nos actionnaires.

- Le rapport dit que « Le prix de la chaleur vendue aux abonnés est supérieur de 70 % au prix moyen relevé pour les installations comparables ». Comment justifier ce prix ?
- C’est une réalité ! Cela n’a rien à voir avec la gestion ou le passé de Corse Bois Energie. L’essentiel du surcoût provient de l’approvisionnement en bois qui est 70 % plus cher en Corse que sur le continent. L’usager cortenais paye plus cher son énergie calorifique biomasse, on le déplore, mais c’est, par exemple, la même chose pour le gaz à Bastia. Il paye néanmoins bien moins cher que s’il devait passer par les énergies fossiles, fioul, gaz ou électricité. Et il participe à la transition énergétique. Les gens oublient qu’à Corte, depuis 30 ans, le réseau de chaleur est un réseau vertueux en matière environnementale. La tarification figure dans le contrat de Délégation de service public (DSP) que nous avons signé avec notre autorité délégante, à savoir le SMUC – le Syndicat mixte urbain de Corte, constitué de la ville de Corte et de la Collectivité de Corse. Elle découle de formules de calcul mises en place à l’époque par Engie sur la base de ce qui se faisait sur le continent, et repose sur des indices nationaux que nous nous procurons tous les mois auprès d'organismes officiels. Ce n'est pas du tout une facturation au doigt mouillé !
 
- Pourquoi le bois est-il 70% plus cher en Corse ?
- La première raison est qu’il n’y a pas de filière Bois d’œuvre en Corse. Le bois d’œuvre sert à la construction. Les négociants de bois l’importent quasiment à 100 %. C’est une hérésie pour une île dont on peut dire qu’elle est l’une des plus boisées d’Europe ! Tout le bois d’oeuvre, qui ne peut pas être utilisé pour faire des meubles ou des charpentes, c’est du bois Energie. Lorsqu’il y a du bois d’œuvre, il y a, donc, mécaniquement, du bois Energie bon marché parce qu’il est facilement mobilisable. Ce n’est pas le cas en Corse. La deuxième raison, c’est qu’il n’y a pas en Corse d’unités de scieries industrielles, comme dans le Jura ou les Vosges. Les scieries produisent des connexes, c’est-à-dire des chutes de bois qui sont très importantes pour le bois Energie parce que c’est du bois propre, sec, très peu coûteux, qu’il est sur place et, donc, valorisable très facilement. Nous manquons de tous ces connexes qui permettent de s’approvisionner en bois Energie à peu de frais. La troisième raison, et la principale, c’est que la Corse est une montagne dans la mer. Le bois se trouve sur des massifs très hauts et très accidentés, dont l’accès est difficile, il faut ouvrir des pistes. Le bûcheronnage et le débardage se font dans des conditions difficiles et sont extrêmement coûteux. Ils sont pratiquement deux fois plus coûteux que dans les Landes ou le débardage est très facile. Toutes ces raisons expliquent pourquoi l’approvisionnement en matière première est beaucoup plus cher en Corse, et c’est ce coût qui impact le prix de la chaleur sur Corte. On ne peut malheureusement pas faire autrement, c’est une réalité, le secteur biomasse est plus coûteux ici qu’ailleurs. 

La chaufferie de Corte.
La chaufferie de Corte.
- Le rapport estime que « Malgré les progrès réalisés depuis 2016, le pilotage de la société demeure insuffisant ». Que répondez-vous ?
- Il ne m’appartient pas de porter un jugement sur l’action de mes prédécesseurs. Néanmoins, je pense qu’avant 2015, la gestion concrète de cette société était insuffisante. Il n’y avait pas de directeur général. Corse bois énergie est une société de droit privé et doit fonctionner comme telle, alors qu’elle a sans doute été gérée comme un service administratif. Le temps de l’administration et du public n’est pas le temps de l’entreprise. Depuis 2015, les choses ont commencé à changer. Le rapport de la CRC nous permet d’apporter des correctifs dans la gestion. Nous avons d’ores et déjà mis en place un certain nombre de mesures qui répondent aux recommandations, certaines sont déjà appliquées depuis le début de l’année 2021, d’autres sont en cours. Par exemple sur les heures supplémentaires, nous avons fait un travail particulier de réorganisation. Sur un certain nombre de points administratifs, les choses sont gérées de manière beaucoup plus rigoureuse. Et puis, il y a un certain nombre de recommandations qui, comme je vous le disais, ne sont pas applicables.
 
- Quelles sont les recommandations peu réalistes selon vous ?
- La CRC nous dit qu’au lieu d’avoir deux sites, c’est-à-dire un site d’exploitation sur Aghione où est produit la plaquette forestière, et l’exploitation du réseau de chaleur sur Corte, il serait bien que tout soit regroupé au même endroit à Corte. En théorie, ce serait très bien, sauf que la chaufferie à Corte est coincée entre la voie ferrée et la route ! On n’a pas le foncier nécessaire. Il faut au moins 3 hectares pour stocker les grumes, les billons, broyer, stocker la plaquette forestière, la mettre à l’abri… Sur le principe, on est d’accord, mais en réalité, ce n’est pas réalisable. En plus, les gens, qui travaillent sur le site d’Aghione, habitent tous en plaine d’Aléria. Deuxième exemple : la CRC nous dit Corse Bois Énergie a deux métiers, le forestier et le thermique, mais une seule comptabilité puisque c’est une seule et même entreprise. Il faudrait, nous dit-elle, créer une structure ad hoc qui ne soit dédiée qu'à l’exploitation du réseau de chaleur, ce qui permettrait à l'autorité délégante d’avoir une meilleure visibilité de l’activité. Nous adhérons tout à fait à ce point de vue, nous travaillons d’ailleurs sur cette piste, sauf qu’on est dans le cadre d’une DSP qui court jusqu’en 2035 et qu’on ne peut pas changer en cours de route.
 
- La CRC conclut aussi que la société a été trop longtemps livrée à elle-même et qu’on ne lui a pas suffisamment offert de débouchés. Partagez-vous cet avis ?
- C’est un peu vrai ! La structure a été créée dans une logique de développement du secteur biomasse, mais, globalement pendant 20 ans, il ne s’est pas passé grand-chose. Sans projets biomasse, cette structure ne peut pas se développer. Aujourd’hui, cela change. Nous avons des perspectives, un avenir plus souriant, nous travaillons avec nos actionnaires pour donner à cette structure les moyens de son fonctionnement. Ce n’est pas si simple ! Ce n’est pas juste de l’argent pour de l’argent ! Nous travaillons sur des plans de financement des équipements d’engins, des équipements de la chaufferie de Corte avec l’ADEME et l’AUE. Nous essayons de nous inscrire dans les dispositifs de financement des différents plans de relance - France Relance et le programme européen REACT-EU. Nous travaillons également à une restructuration de la société en tenant compte de ce que nous a dit la CRC. L’idée est vraiment d’assurer une transition avec un chiffre d’affaires qui devrait normalement augmenter dans les 10 prochaines années, puisque nous aurons des débouchés commerciaux plus importants, notamment de nouveaux clients que nous approvisionnerons en combustibles et l’extension du réseau chaleur de Corte. Une piste plus lointaine serait de se positionner sur la gestion du réseau de chaleur de Bastia. Il y a des perspectives, il faut simplement qu’avec nos partenaires, nous trouvions les modalités les plus adaptées au développement de cette structure pour lui donner, dans l’avenir, une rentabilité plus en phase avec les enjeux des énergies renouvelables et de la transition énergétique.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.














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