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Commémoration du 5 mai 1992 : 26 ans après, à Furiani, l’impossible oubli !


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 6 Mai 2018 à 11:50 | Modifié le Dimanche 6 Mai 2018 - 11:50


C’est un 5 mai, à jamais gravé dans la mémoire de toute une île. 26 ans après, c’est toujours le même rituel. Les rescapés, les familles des victimes, des élus, des journalistes et des anonymes commémorent en silence, avec la même émotion recueillie, l’effondrement, le 5 mai 1992, de la tribune Nord du stade Armand-Cesari de Furiani quelques minutes avant le match opposant le Sporting club de Bastia à l’Olympique de Marseille pour la demi-finale de la Coupe de France de football. Cette tragédie, qui a fait 18 victimes et 2357 blessés et plongé la Corse dans le deuil et la douleur, a été reconnue catastrophe nationale par l’Etat. Aucun match de foot n’est joué ce samedi en France. Cette année, la cérémonie s’est déroulée en la présence de la ministre des sports, Laura Flessel, et des représentants de collectifs européens.


Commémoration du 5 mai 1992 : 26 ans après, à Furiani, l’impossible oubli !
Le 5 mai 1992, le temps s’est arrêté à Furiani. Pour Antoine, Guy, Marie Pierre, André, Alexandra, Jean-Baptiste, Santa, Dominique, Cédric, Lucien, Christian, Chérie, Michel, Marie-Laure, Patrick, Pierre-Jean… 18 noms sur une stèle commémorative, érigée au pied du stade Armand Cesari. La promesse de fête pour un match qui promettait d’être mythique et qui n’aura jamais lieu, s’effondre dans le fracas assourdissant des gradins où s’entassent journalistes et supporters, et plonge une île entière dans la tragédie, la douleur et le deuil. Pour les familles des victimes, leurs proches, pour les 2357 blessés, meurtris à vie dans leur chair et dans leur âme, pour les rescapés… l’oubli est impossible.
 
Le temps de l’émotion
26 ans après, le 5 mai 2018, le temps s’arrête, de nouveau, comme chaque année, au pied du stade, devant la stèle, pour la traditionnelle cérémonie de commémoration toujours aussi sobre, digne et recueillie. Elle a rassemblé, à 16 heures, autour du Collectif des victimes du 5 mai 1992 et en présence notamment de la ministre des sports, Laura Flessel, et du président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, près de 400 personnes. Dans le silence figé du souvenir, l’émotion est toujours intacte sur les visages graves, le traumatisme toujours vivace, la douleur toujours à fleur de peau. Après le rituel dépôt de gerbes de fleurs et la bénédiction religieuse, l’assistance a observé cinq minutes d’un silence de plomb avant que ne s’élève le Dio vi Salvi Regina.

Un temps important
Ce temps suspendu est crucial pour le Collectif des victimes du 5 mai 1992 et sa présidente, Josepha Guidicelli. « Pour le 26ème anniversaire de la catastrophe de Furiani, toujours autant d’émotion, toujours autant de monde autour de la stèle, c’est important ! Toujours aussi beaucoup de jeunes, c’est très important pour le Collectif que les jeunes générations se souviennent de cette catastrophe. Tout comme la présence de la ministre des sports. C’est important pour nous que l’Etat soit représenté parce que la catastrophe de Furiani est une catastrophe nationale, la plus grande catastrophe du sport français. Pour nous, la présence des instances du football et de l’Etat est primordiale. Il faut qu’ils soient présents chaque année avec nous devant la stèle pour commémorer les victimes de cette tragédie ».
C’est aussi un temps très particulier, précise, un autre membre du Collectif, Didier Grassi, adjoint à la mairie de Bastia. « Comme tous les ans, c’est un moment de forte émotion. C’est un moment très particulier pour moi personnellement, mais il l’est aussi pour beaucoup de monde, pour les gens qui ont vécu cette tragédie, il y a 26 ans. Ce qui est réconfortant, c’est qu’au-delà de cette tragédie et de ceux qui l’ont vécu, se pressent, maintenant tous les ans, des plus jeunes, dont certains n’étaient même pas nés en 1992. Ils sont sensibilisés à ce qui s’est passé. C’est quelque chose qui fait chaud au cœur ».
 
Le temps de mémoire
26 ans après, le 5 mai est également un temps suspendu pour le foot français qui a déserté officiellement les stades en hommage à ce qui reste la plus grande catastrophe de son histoire. Ce samedi, aucun match ne s’est joué sur les pelouses hexagonales. L’hommage est général sur les réseaux sociaux. Un devoir de mémoire, de dignité, de respect que la Corse, à travers le Collectif des victimes, a mis des années à arracher à l’Etat et aux instances nationales du football. « Depuis plusieurs années, le Collectif a réussi à avancer. Aujourd’hui, lorsqu’un 5 mai tombe un samedi, aucune rencontre de football n’est programmée. Nous demandons une sacralisation totale de cette date-là parce que nous voulons faire du 5 mai une journée de rassemblement et d’échanges avec des colloques qui seront créés pour parler de thèmes autour du sport. C’est important ! », ajoute Josepha Guidicelli. Le Collectif a transmis à Laura Flessel sa demande de sacralisation de la date du 5 mai pour qu’elle devienne, en France, une journée sans match de football. Mais devant la stèle, la ministre a simplement déclaré : « Je suis venue me recueillir et rendre hommage aux victimes. Il y avait une forte volonté de ma part d’être ici, c’est mon rôle en tant que ministre des sports, en tant que représentante de l’Etat et en tant qu’insulaire. C’est un devoir de mémoire ».
 

Le temps de la résilience
Ce temps arrêté de la mémoire et de l’hommage doit, 26 ans après, devenir un temps de résilience, espère le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni. « On se rend compte que 26 ans après, l’émotion est intacte, la douleur malheureusement toujours aussi vive, particulièrement chez celles et ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair de cette catastrophe et chez les familles durement éprouvées. Nous, qui n’avons été que des victimes collatérales, nous tenons à être présents pour dire, comme chaque année, notre soutien et notre solidarité, à simplement exprimer, à travers notre présence, que la mémoire est encore à vif. Nous tenons à accompagner ces femmes et ces hommes sur un chemin qui est, depuis 26 ans, celui du deuil et de la douleur et dont nous espérons qu’il deviendra progressivement celui de la résilience et de l’apaisement ». Mais le chemin semble encore long et difficile. « Nous sommes, ici, parce que nous avons le souvenir triste et respectueux de toutes ces souffrances, de tous ces gens qui sont tombés et qui ne se sont jamais relevés, de tous ces gens qui ont été meurtris dans leur chair, de tous ceux qui ont été meurtris dans leur âme. Dans la grande famille du Sporting et au-delà dans la société corse, c’est un souvenir qui perdure parce qu’il est trop douloureux », avoue le député bastiais, Michel Castellani.

Un temps partagé
Pour les élus insulaires qui ont pris l’habitude de venir en nombre chaque année à Furiani, ce 5 mai est, avant tout, un temps partagé. Le président de l’Exécutif était accompagné d’une partie de son Conseil, entourant l’un de ses membres, Lauda Guidicelli, sœur de Josepha et membre du Collectif. « Nous sommes présents naturellement pour honorer la mémoire des victimes et de leur famille, pour redire l’affectation, l’amitié et le soutien du Conseil exécutif et de la majorité territoriale à celles et ceux qui ont été meurtris dans leur chair et dans leur âme. La présence de nombreux membres de notre majorité témoigne qu’en dépit des années et des décennies, demeure fortement l’idée d’un souvenir, d’une solidarité, et surtout d’une appropriation. Ce drame est notre drame à tous. Cette commémoration, comme l’a rappelé Josepha Guidicelli, relève d’un temps partagé, de cicatrices mémorielles que tous, nous voulons nous employer à refermer. Je crois qu’il est important qu’au-delà les horizons politiques, nous soyons tous unis dans la même idée que jamais plus, nous devons connaître pareil drame, et qu’en même temps, nous devons jeter les bases d’une société meilleure qui intègre l’activité sportive, et singulièrement le football, non au sens des drames vécus, mais de la fête autour des plus jeunes et de l’ensemble du peuple », commente Jean Christophe Angelini, conseiller exécutif et président de l’ADEC.
 
Un travail de deuil
26 ans après, certains se souviennent. « C’est toujours un moment de grande émotion parce que tout le monde se rappelle où il était lorsqu’il a appris la nouvelle. Les images qui défilaient à la télévision, ce sont des souvenirs terribles que tous les Corses ont gardé profondément inscrits dans leur mémoire. Il est inutile de parler de devoir de mémoire tant chaque Corse a ses images en tête et cette catastrophe gravée dans son esprit et dans son cœur. Ce n’est pas un devoir d’être ici, c’est naturel d’y être ensemble pour continuer le travail de deuil collectif de tout un peuple », affirme Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse.
D’autres, supporters inconditionnels du sporting, étaient au stade le 5 mai 1992. « Cet hommage est un moment important. Je ressens toujours la même émotion qu’à l’époque. Je ne suis pas tombé avec les gradins, mais j’étais quelques mètres devant. Ce sont des souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire. Nous avons le droit et le devoir de recueillement, mais ça reste un moment très difficile, une tragédie pour la Corse et pour les Corses. Le sport, ce n’est pas ça ! ça doit être une fête. A Furiani, la fête a été gâchée, comme c’est arrivé dans d’autres pays. Le 5 mai doit être un jour de recueillement pour tous les drames du sport », témoigne Hyacinthe Vanni, vice-président de l’Assemblée de Corse.

Le temps des leçons
Pour que la fête ne soit plus jamais gâchée, le Collectif du 5 mai a décidé de joindre au devoir de mémoire, un devoir de responsabilité. 26 ans après, il est temps, affirme, en écho, Gilles Simeoni de tirer les leçons du drame. « Le colloque, organisé à l’occasion de cet anniversaire, et la présence de représentants d’autres associations mémorielles, comme celles des catastrophes du Torino et du Heysel, montrent que le football en particulier et le sport en général peuvent, en même temps, porter des valeurs extraordinaires et conduire à des situations dramatiques, quand ils sont pris dans une logique de recherche de rentabilité extrême ou d’exacerbation de certains sentiments de chauvinisme, voire de refus de l’autre. Des catastrophes comme celles de Furiani ou du Heysel, a surgi la volonté de tirer des leçons et de construire ensemble des systèmes pour éviter tous types de dérives, pour s’assurer qu’il n’y ait plus jamais ça ! ».

Le temps de changer
Cette volonté, la présidente du Comité Heysel, Juliana Bobnari, qui a participé à la cérémonie, invitée par le Collectif, n’y croit pas : « C’est la première fois que je viens à Furiani. C’est une émotion très forte de voir tous ces parents en larmes, ces familles qui sont là pour ne pas oublier. C’est très important de se souvenir. 39 victimes sont décédées le 29 mai 1985 au stade du Heysel. Nous ne devons jamais oublier ce qui s’est passé et faire en sorte que personne n’oublie parce que si petit à petit s’annule la mémoire, nous ne serons plus nous. Sans la mémoire, nous ne serons plus rien ! On dit toujours « Plus jamais ça ! », mais ça arrive toujours ! Il est difficile de faire comprendre aux gens à quel point certains comportements sont dangereux. On va au stade pour se divertir, une ou deux personnes font les imbéciles, et arrive le drame. Ça arrivera encore et toujours parce qu’ils n’apprennent jamais ! ».
 
N.M.




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